Victoire des conservateurs en Autriche : Sebastian Kurz "représente la ligne dure à l'intérieur" de son parti

Jérôme Segal, historien, a commenté sur franceinfo dimanche la victoire du conservateur Sebastian Kurz aux élections législatives autrichiennes : "Il a choisi de reprendre ces thèmes de l'extrême droite pour mener sa campagne" et il est "plus que probable" qu'il s'allie avec pour gouverner.

Sebastian Kurz entouré des médias, le 15 octobre 2017 à Vienne, en Autriche. 
Sebastian Kurz entouré des médias, le 15 octobre 2017 à Vienne, en Autriche.  (VLADIMIR SIMICEK / AFP)
avatar
franceinfoRadio France

Mis à jour le
publié le

Le jeune leader conservateur Sebastian Kurz, 31 ans, a remporté dimanche 15 octobre les élections législatives autrichiennes, selon les premières projections. Il signe un probable retour de la droite à la chancellerie, peut-être au prix d'une alliance avec l'extrême droite. Sebastian Kurz "a déjà fait ses preuves, il a obtenu ses galons, presque de chef d'État, notamment à la tribune de l'Onu", a analysé, sur franceinfo, Jérôme Segal, historien, maître de conférences à l'université Paris-Sorbonne.

franceinfo : Sebastian Kurz, quel type de chancelier peut-il être en Autriche ?

Jérôme Segal : Sebastian Kurz a la trentaine, il est depuis cinq ans dans le gouvernement, à 27 ans ministre des Affaires étrangères. Il a déjà fait ses preuves, il a obtenu ses galons, presque de chef d'État, notamment à la tribune de l'Onu à New York. Il est respecté des autres ministres des Affaires étrangères, de nombreux chefs d'État. Il est vraiment le produit de l'appareil du parti, même s'il a voulu lui donner un nouveau look, de jeunisme, il représente quand même la ligne dure à l'intérieur de ce parti. Les barons bien connus, notamment en Basse-Autriche, lui ont cédé la place. Il est devenu le seul maître à bord. Il a avec lui, toute une équipe avec des représentants de la société civile, notamment l'ancien chef de la police à Vienne qui a rejoint Sebastian Kurz. 

Le retour de l'extrême droite au pouvoir est plus que probable avec Sebastian Kurz, ce dernier avait déjà annoncé qu'il était prêt à s'allier avec l'extrême droite pour une majorité plus que confortable au Parlement.

Jérôme Segal, historien

à franceinfo

Comment expliquer cet ancrage de l'extrême droite en Autriche et sa progression ?

Il faudrait remonter à 1986, le moment où Jörg Haider prend les rênes du parti, le Parti de la liberté, le parti d'extrême droite. C'est ce parti qui est arrivé avec presque 27 % des voix aux élections d'octobre 1999 et après quatre mois d'intenses négociations, le parti était arrivé au gouvernement. C'était le gouvernement de Wolfgang Schüssel qui a duré de 2000 à 2006. On se souvient des mesures qui ont été prises par l'Europe contre l'Autriche à ce moment-là. Mais aujourd'hui, 17 ans plus tard, la situation a bien changé.

La question des migrants, le sentiment d'insécurité au sein de la population, ont-ils fait exploser la grande coalition avec les sociaux-démocrates ?

Oui, tout à fait. Au départ, l'Autriche était assez bienveillante, elle a plutôt vu sous un bon œil l'arrivée des demandeurs d'asile, c'était l'été 2015, l'hiver 2015, 2016. Et puis, il y a eu Cologne la nuit du 31décembre 2015 avec des phénomènes similaires qu'on a connus à Vienne, à Salzbourg, à Innsbruck : des cas de viols, d'agressions. À partir de ce moment-là, l'extrême droite s'est vraiment profilée comme étant le parti qui allait sauver les femmes autrichiennes des violeurs venus d'Afrique, du Moyen-Orient. Sebastian Kurz a choisi de reprendre ces thèmes de l'extrême droite pour mener sa campagne et apparemment la suite lui a donné raison parce qu'il est aujourd'hui le grand vainqueur.

En Autriche, cette extrême droite est-elle plutôt eurosceptique ?

C'est un petit peu plus compliqué. Le FPÖ a une tradition eurosceptique, opposée au Parlement européen. Ils étaient au départ pour que l'Autriche quitte l'Union européenne, l'Autriche qui n'est que depuis les années 80 dans l'Europe. Mais aujourd'hui, ils ont un peu mis de l'eau dans leur vin. Ils ne demandent plus à ce que l'Autriche comme la Grande-Bretagne sorte de l'Union européenne mais que l'Autriche soit maîtresse de ses frontières que l'on puisse à nouveau éviter l'arrivée de migrants qui ne seraient pas contrôlés à l'entrée.