Guerre en Ukraine : quelles sont les alternatives au gaz et au pétrole russes pour les Européens ?

En cas de rupture des livraisons russes, ou d'embargo à l'échelle européenne, des solutions existent mais elles risquent d'être coûteuses et contraignantes.

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Le gazoduc Nord Stream 1, qui alimente depuis 2011 l'Allemagne en gaz naturel depuis la Russie, via la mer Baltique, photographié le 27 avril 2022. (STEFAN SAUER / DPA)

"Nous devons nous préparer à une suspension des approvisionnements". La commissaire européenne à l'Energie, Kadri Simson, a prévenu, mardi 3 mai. Au 69e jour de l'occupation de l'Ukraine par l'armée russe, l'Union européenne refuse de payer ses achats de gaz à la Russie en roubles, comme l'exige Mouscou. En représailles, l'UE, qui compte en outre adopter un sixième train de sanctions contre le régime de Vladimir Poutine, s'attend à un arrêt pur et simple des livraisons de gaz naturel – comme cela a déjà eu lieu le 27 avril en Pologne et en Bulgarie.

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Concernant le pétrole russe, l'heure n'est pas encore à la coupure, mais les Vingt-Sept réfléchissent à un embargo sur les importations, qui forcerait les distributeurs à aller s'approvisionner ailleurs. Mais où ? Franceinfo passe en revue les options qui s'offrent aux pays d'Europe, en matière de gaz naturel et de produits pétroliers.

D'autres pays producteurs de gaz peuvent augmenter leurs livraisons 

Pour continuer à alimenter les foyers et les industries d'Europe en gaz naturel, "les Européens disposent heureusement d'autres pipelines", souligne Patrice Geoffron, professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine, interrogé par franceinfo. Car si le gaz russe a représenté, en 2021, environ 45% des importations européennes, selon la Commission européenne (lien en anglais), la Norvège (23%) ou l'Algérie (12%) fournissent des volumes non négligeables aux pays de l'UE. Et ces pays sont capables de remplacer "en partie" la Russie, assure le spécialiste de l'énergie.

"Ces producteurs ont une ligne directe avec leurs clients en Europe, précise Patrice Geoffron. La Norvège est en train de finaliser un nouveau gazoduc vers la Pologne. L'Algérie livre la France grâce à un tuyau qui transite par l'Italie." Les volumes que ces pays peuvent livrer restent cependant bien en deçà de ce que la Russie fournit actuellement. "Mises bout à bout, ces rallonges atteignent 10 milliards de mètres cubes", évalue l'expert. Bien loin donc des 155 milliards de mètres cubes que la Russie a livrés à l'Europe en 2021, sur les 400 milliards consommés par les Européens cette année-là, d'après la Commission européenne.

"On va s'en sortir, de cette dépendance", veut cependant croire Thierry Breton, commissaire européen chargé du marché intérieur. Au micro de France Inter, le 30 avril, il assurait par ailleurs que l'UE disposait d'"une batterie de solutions sur l'année", y compris la prolongation de certaines centrales nucléaires pour soulager les centrales à gaz. "Sans ça, il y aurait un vrai problème à court terme, c'est-à-dire pour l'hiver prochain", prévient Patrice Geoffron, qui s'attend à des ralentissements dans l'industrie, grande consommatrice de gaz. "On risque de devoir rationner, du jamais-vu depuis les chocs pétroliers des années 1970."

L'Europe peut importer du gaz naturel liquéfié venu de pays plus lointains

Pour éviter un tel scénario, le Vieux Continent se tourne déjà vers l'Amérique, les pays du Golfe et l'Océanie, éminents producteurs de gaz naturel liquéfié (GNL)  qui peut être livré par voie maritime et par camions. Fin mars, le président américain Joe Biden a promis à la Commission européenne (document en anglais) que les Etats-Unis livreraient à l'Europe pas moins de 15 milliards de mètres cubes de GNL en prévision de l'hiver prochain. D'importantes livraisons pourraient aussi avoir lieu depuis le Qatar et l'Australie, premier et second pays exportateurs de ce précieux liquide.

Cette alternative sérieuse au gaz acheminé par les gazoducs russes risque toutefois d'avoir un coût très élevé. "La demande de GNL a récemment explosé, en Asie notamment, où l'on cherche activement à remplacer le charbon", rappelle Patrice Geoffron. Loin d'être le seul intéressé, le bloc européen devra nécessairement mettre la main à la poche pour sécuriser ses importations. "On est certains de payer le GNL plus cher qu'en temps de paix, note le spécialiste, et puis ce gaz n'est pas toujours libre, de nombreux contrats existent déjà et il faut alors avoir la capacité de surenchérir."

Dernière option sur la table : le biogaz, aussi connu sous sa forme épurée, le biométhane. Une source d'énergie produite en Europe, mais qui ne représente pour l'instant qu'une infime fraction du mix énergétique de l'UE, inférieure à 1% de l'énergie produite, selon le spécialiste du secteur. La guerre en Ukraine pourrait toutefois donner un coup d'accélérateur au projet européen "RePowerEU" (en anglais), qui a pour ambition de produire 35 milliards de mètres cubes de biométhane d'ici 2030. Des annonces de la Commission européenne à ce sujet sont attendues pour la fin du mois de mai.

Une grosse incertitude concernant le pétrole russe

La Russie exporte deux tiers de son pétrole vers l'Union européenne. En 2021, elle a fourni 30% du brut et 15% des produits pétroliers achetés par l'UE et la facture s'est élevée à 80 milliards de dollars, a chiffré le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell. Mais tous les pays de l'Union ne sont pas concernés de la même manière, et les Vingt-sept restent pour l'heure divisés sur les sanctions à adopter.

Les pays les plus dépendants, comme la Slovaquie ou la Hongrie, paieraient en effet le prix fort d'un embargo et réclament à grands cris qu'il soit progressif. "Si l'UE est prête à accorder des exemptions à ces deux pays, il est fort à parier que les Vingt-Sept se mettront d'accord d'ici la fin de la semaine sur un embargo graduel sur le pétrole", analysait mardi au micro de franceinfo Olivier Dorgans, avocat spécialiste des sanctions économiques.

Charge ensuite aux pays moins dépendants de s'approvisionner ailleurs en pétrole brut et produits raffinés. La Norvège, le Kazakhstan et les Etats-Unis, qui représentaient chacun 8% des importations européennes en 2021 selon la Commission, fournissent ainsi presque autant de pétrole aux pays de l'UE que la Russie. Mais leur demander de livrer davantage "a toutes les chances de causer une hausse mondiale des prix", prévient Patrice Geoffron. En Europe, l'énergie fossile risque donc bientôt de rimer avec flambée des prix, rationnements, "voire les deux", alerte le spécialiste.

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