Guerre en Ukraine : pourquoi l'accueil des déserteurs russes divise les pays de l'UE

Alors que des milliers de citoyens russes fuient leur pays pour échapper aux combats en Ukraine, les Vingt-Sept se déchirent sur la question de leur éventuel accueil.

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Un panneau publicitaire fait la promotion de l'armée russe pour partir combattre en Ukraine, à Saint-Petersbourg, le 20 septembre 2022. (OLGA MALTSEVA / AFP)

Après les Ukrainiens, ce sont les Russes qui fuient la guerre. Depuis la décision de Vladimir Poutine de décréter la mobilisation partielle de 300 000 réservistes pour rejoindre le front, des milliers de citoyens russes font le choix de quitter leur pays. 

Mais alors que ces déserteurs se massent aux frontières de la Russie, les Etats membres de l'Union européenne se déchirent sur la question épineuse de leur accueil. Faut-il accepter de les recevoir sur le sol européen ? Si oui, s'agit-il de leur accorder un statut de réfugié ou un visa humanitaire ?

Une réunion de crise rassemblant les ambassadeurs des pays de l'UE est organisée lundi 26 septembre à Bruxelles pour essayer de trouver un terrain d'entente. Mais la tâche s'annonce difficile.

Des pays du nord sont contre

Pour l'heure, la République tchèque, l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie refusent d'accueillir des ressortissants russes sur leur territoire. Le ministre des Affaires étrangères tchèque, Jan Lipavsky, a annoncé jeudi qu'il n'accorderait pas de visa humanitaire aux Russes ayant fui le pays. Les trois pays baltes ont de leur côté décidé de fermer leurs frontières.

"De nombreux Russes qui fuient la Russie à cause de la mobilisation étaient d'accord pour tuer des Ukrainiens, ils n'ont pas protesté à l'époque. Ce n'est pas juste de considérer qu'ils sont des objecteurs de conscience", a tranché Edgars Rinkevics, le ministre letton des Affaires étrangères, sur Twitter. "Il y a d'importants risques de sécurité à les admettre et il existe de nombreux autres pays hors de l'UE où ils peuvent aller."

La Finlande voisine, qui partage 1 340 km de frontières avec la Russie, souhaite également réduire "significativement" l'afflux de citoyens russes sur son territoire. Elle a décidé de fermer ses frontières vendredi, soit deux jours après l'annonce de Vladimir Poutine, alors que le nombre de Russes se rendant sur le sol finlandais avait doublé en une semaine. La Finlande craint notamment que l'ouverture de la frontière ne permette à des agents de Vladimir Poutine de pénétrer directement dans l'Union européenne.

L'Allemagne et la France sont pour

En Allemagne, les parlementaires écologistes et libéraux, qui participent à la coalition au pouvoir, militent activement pour l'accueil sur le territoire national de citoyens russes. Le gouvernement du chancelier social-démocrate Olaf Scholz s'est dit favorable à cette idée. "Celui qui s'oppose courageusement à Poutine et se met ainsi en grand danger peut demander l'asile politique en Allemagne", a en effet assuré la ministre de l'Intérieur, Nancy Faeser, tout en précisant que l'accueil sera réalisé au cas par cas pour ne pas mettre à mal, dans le même temps, le système de sanctions décidées par l'UE contre le Kremlin

La France semble plutôt se ranger derrière la position allemande, même si aucune annonce ferme n'a été faite. Vendredi, depuis l'assemblée générale de l'ONU, la ministre des Affaires étrangères Catherine Colonna a estimé qu'il fallait "répondre au désir d'une grande partie de la population russe d'exprimer ses opinions et parfois de quitter la Russie pour venir sur le reste du continent". Dans un courrier envoyé à la Première ministre Elisabeth Borne, les sénateurs écologistes plaident pour l'accueil en France d'"opposants" et de "déserteurs" russes.

L'exécutif européen y est ouvert

En marge de l'assemblée générale des Nations unies à New-York, le président du Conseil européen, Charles Michel, a également pris la parole. Dans une interview à Politico, l'ancien chef du gouvernement belge martèle que l'UE devrait faire preuve "d'ouverture à ceux qui ne veulent pas être instrumentalisés par le Kremlin". Avant d'ajouter : "Si en Russie des gens sont en danger à cause de leurs opinions politiques, parce qu'ils ne suivent pas cette décision folle du Kremlin de déclencher cette guerre en Ukraine, nous devons en tenir compte."

Le patron du Conseil européen a aussi assuré qu'il était ouvert à une consultation avec ses collègues de l'UE afin de trouver une solution pour l'accueil des dissidents russes en Europe. "Je suis d'accord sur l'idée que nous devrions très rapidement coopérer et nous coordonner", a-t-il lancé, alors que des groupes de travail pour tenter de trouver une position commune devaient être lancés par la Commission européenne dès le samedi 24 septembre, d'après Le Monde.

Vers un statut humanitaire ?

La réunion des ambassadeurs organisée lundi sera décisive. En cas d'entente sur l'accueil des déserteurs russes, l'Union européenne pourrait revenir sur sa décision, début septembre, de suspendre un accord de facilitation des visas avec la Russie. Plusieurs pays, dont la Finlande, s'étaient en effet opposés à ce que des citoyens russes visitent et passent leurs vacances en Europe tant que la Russie ne mettait pas fin à la guerre en Ukraine. Ils avaient alors obtenu gain de cause. 

Avec l'afflux de milliers de citoyens russes aux frontières européennes, la donne change totalement et l'UE va devoir faire vite. Parmi les principales options sur la table, les Vingt-Sept pourraient par exemple choisir d'accorder le statut humanitaire à certains citoyens russes, plutôt que celui de réfugié politique. Toutefois, explique Politico, l'UE ne devrait pas activer la directive spéciale sur la protection temporaire qui avait été mise en place en mars pour les Ukrainiens fuyant la guerre, leur donnant le droit de vivre et de travailler dans l'UE pendant une période déterminée. 

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