Cartes Russie : quelle est la situation sur les routes de l'exil, où se pressent des milliers de citoyens pour échapper à la mobilisation ?

Plusieurs files d'attente de voitures se sont formées aux frontières de pays limitrophes comme le Kazakhstan ou la Georgie. Au niveau des voies aériennes, les vols en partance de Moscou vers des pays proches sont presque tous complets. 

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Après la mobilisation décrétée par Vladimir Poutine, des milliers de citoyens russes ont pris le chemin de l'exil dans des pays les acceptant sans visa. (ASTRID AMADIEU / FRANCEINFO)

Ils sont partis dans la précipitation, rattrapés par une guerre que leur gouvernement refusait jusqu'alors de nommer ainsi. Deux jours après l'annonce d'une mobilisation partielle par Vladimir Poutine, de nombreux Russes cherchent à fuir le pays. Près de 300 000 réservistes sont concernés. Ceux qui ont décidé de partir empruntent notamment des voies terrestres, pour rallier certains pays limitrophes comme la Géorgie ou la Finlande. D'autres pays, comme l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont fermé leurs frontières, lundi 19 septembre, à la plupart des citoyens russes, y compris ceux munis d'un visa pour l'espace Schengen. Autre voie possible : les airs, en tentant de rejoindre par avion des pays proches. Franceinfo fait le point sur la situation aux frontières des principaux axes de passage.

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Vers la Géorgie

Depuis le mois de février, environ 50 000 Russes étaient déjà arrivés en Géorgie, selon le décompte des autorités locales. Une file d'attente s'est à nouveau formée, mercredi, à l'unique poste-frontière entre les deux pays. Des vidéos envoyées par des témoins sur place à L'Echo du Caucase, média russophone financé par le Congrès américain, montrent des voitures alignées à perte de vue à Verkhnii Lars, du côté russe de la frontière.

"La dernière fois, nous avions traversé la frontière en une heure environ, et cette fois cela nous a pris environ douze heures", racontait jeudi soir un Russe rencontré par la BBC (lien en anglais) à la sortie du poste-frontière, côté géorgien. Le média britannique estime à 6 kilomètres la longueur de la file de véhicules cherchant à quitter la Russie. La Géorgie est l'issue la plus proche depuis les grandes villes de Rostov-sur-le-Don (1,1 million d'habitants) et Krasnodar (950 000 habitants). L'afflux à la frontière russo-géorgienne a ravivé le débat entre le parti au pouvoir en Géorgie et l'opposition, qui réclame des restrictions à l'entrée des Russes. Aucun décompte du nombre d'arrivants depuis mercredi n'a été communiqué par Tbilissi. 

Vers la Mongolie

Plus à l'est, la Mongolie partage avec la Russie une frontière de plus de 3 000 km, vers laquelle se sont tournés certains habitants de Sibérie. La chaîne locale russe Arigus TV rapporte sur Telegram qu'une file d'attente était apparue au poste-frontière de Kyakhta, en Bouriatie. Elle évoque, vidéo à l'appui, la présence d'une centaine de véhicules. 

L'AFP a interrogé une personne passée en Mongolie depuis la Russie, qui dit avoir attendu "pendant 12 heures" pour franchir la frontière.

Vers le Kazakhstan

Au Kazakhstan, qui compte un peu plus de 6 500 kilomètres de frontière avec la partie sud-ouest de la Russie, des files de voitures se sont vraisemblablement formées jeudi 22 septembre, au lendemain des annonces de Vladimir Poutine. ZTB Qazaqstan, un média local en ligne, relaie une vidéo montrant la queue "au poste-frontière de Bugristoe, dans la région de Kostanai".

Vendredi 23 septembre, à 16 heures, le calque de circulation en temps réel disponible sur Google Maps faisait état d'un certain engorgement près de ce poste-frontière.

Capture d'écran par franceinfo de la frontière entre le Kazakhstan et la Russie au poste-frontière de Bugristoe. (CAPTURE ECRAN / FRANCEINFO)

Ce même jour, le président par intérim du comité du service des migrations du ministère de l'intérieur Aslan Atalykov, relayé par plusieurs médias en ligne kazakh (vidéo en russe), a annoncé que 4,3 millions de personnes étrangères étaient entrées dans le pays depuis le début de l'année, dont 1,6 million de Russes, avec une hausse des arrivées ces derniers jours. 

Vers la Finlande

A l'ouest, à la frontière avec la Finlande, la situation est plus nuancée. Selon le service des gardes-frontières finlandais, qui s'exprime via un compte Twitter officiel, les arrivées de citoyens russes "continuent d'augmenter" mais n'explosent pas, contrairement à ce que semblent montrer des vidéos de files d'attente à la frontière qui circulent en nombre sur les réseaux sociaux. Des vidéos en réalité "sorties de leur contexte et filmées en amont" des annonces du gouvernement russe, selon les autorités finlandaises.

Jeudi 22 septembre, "6 470 citoyens russes sont entrés en Finlande par la frontière terrestre russo-finlandaise. 3 227 sont sortis. Ce chiffre correspond au trafic que l'on peut observer les week-ends", a tenu à préciser Matti Pitkäniitty, chef de l'unité internationale des gardes-frontières finlandais. Toutefois, le gouvernement finlandais a décidé vendredi en fin de journée de limiter "significativement" l'entrée des citoyens russes sur son sol, après avoir déjà divisé par dix le nombre de visas de tourisme accordés. 

Par les airs, vers la Turquie, l'Arménie, la Serbie…

Les réservations de vols en partance de Moscou vers des pays proches géographiquement de la Russie ont explosé à la suite de l'annonce de mobilisation par Vladimir Poutine. Parmi les destinations que les citoyens russes tentent de rallier le plus vite possible : la Turquie, l'Arménie, ou encore la Serbie… soit des pays qui ne demandent pas de visas à ceux qui souhaitent atterrir sur leur sol en provenance de Moscou. Quelque 400 000 Russes auraient déjà fui vers la Turquie depuis le début de la guerre.

Vendredi 23 septembre, les vols en provenance de Moscou vers Belgrade (Serbie) et vers Antalya (Turquie) affichaient presque tous complet sur le site de la compagnie Air Serbia. 

Capture d'écran du site Air Serbia sur la page dédiée aux vols Moscou-Belgrade, le 23 septembre 2022.  (CAPTURE ECRAN / FRANCEINFO)

Capture d'écran du site Air Serbia sur la page dédiée aux vols Moscou-Antalya, le 23 septembre 2022.  (CAPTURE ECRAN / FRANCEINFO)

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