Guerre en Ukraine : la Russie multiplie les attaques en Mer Noire

Depuis plusieurs jours, la Russie a renforcé ses frappes sur des cibles ukrainiennes en mer Noire. Cette escalade, qui découle du retrait de Moscou de l'accord céréalier, fait peser des risques sur les navires marchands de la zone.
Article rédigé par Valérie Crova
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Un tir de missile russe depuis un bateau naviguant en mer Noire, le 21 juillet 2023. (HANDOUT / AFP PHOTO / RUSSIAN DEFENCE MINISTRY / HANDOUT)

La mer Noire est plus que jamais un enjeu majeur de la guerre en Ukraine, après la fin de l'accord céréalier dont la Russie s'est retirée le lundi 17 juillet. Pour la quatrième nuit consécutive, entre le jeudi 20 et le vendredi 21 juillet, l'armée russe a encore mené une série de frappes sur des terminaux céréaliers, dans la région d'Odessa (sud-ouest de l'Ukraine). Le ministère russe de la Défense affirme que des navires de sa flotte ont envoyé des missiles de croisière antinavires et détruit "un bateau-cible" dans la zone d'entraînement au combat, au nord-ouest de la mer Noire.

>> Accord sur l'exportation des céréales : le retrait de Moscou est-il vraiment une surprise?

Moscou multiplie les attaques avec des missiles de croisière et des drones en particulier sur le port d'Odessa, principale porte de sortie pour les bateaux ukrainiens qui transportent du grain. Ces frappes ont déjà détruit plus de 60 000 tonnes de céréales, et dans la nuit du 20 au 21 juillet, "l'ennemi a réduit en cendres 100 tonnes de pois cultivés et 20 tonnes d'orge", a déclaré le gouverneur local, Oleg Kiper, qui précise que ce sont "des silos à grain d'une entreprise agricole de la région" qui ont été touchés. Moscou répond que ses frappes ne visent que des sites militaires.

Le retrait russe de l'accord fait craindre une crise alimentaire mondiale

Ces frappes sont présentées par Moscou comme des mesures de représailles après l'attaque du pont de Crimée survenue le 17 juillet et attribuée à l'Ukraine. Le Kremlin, qui s'est retiré de l'accord céréalier dans la foulée, a dénoncé par ailleurs des entraves au commerce de ses propres engrais et produits agricoles. Conclu l'an dernier, cet accord a permis à l'Ukraine d'exporter en un an 33 millions de tonnes de céréales dans 45 pays d'Europe, d'Asie et d'Afrique grâce à des couloirs maritimes protégés. Le retrait russe fait craindre aujourd'hui une crise alimentaire d'ampleur mais surtout une menace importante sur la sécurité dans cette région. 

Le communiqué du Kremlin publié le 20 juillet est pour le moins explicite.

"Tous les navires se rendant vers l'Ukraine via la mer Noire seront considérés comme de potentiels bateaux militaires [comprenez des cibles] et les pays dont ils battent le pavillon comme des parties prenantes au conflit".

Le Kremlin, le 20 juillet

Communiqué

Plusieurs bateaux battant pavillon du Liberia, de Belize ou du Panama sont actuellement bloqués dans les ports ukrainiens. De son coté, Kiev a fait savoir que les bateaux se dirigeant vers les ports contrôlés par Moscou (notamment celui de Sébastopol, en Crimée) seraient considérés comme de potentiels transporteurs de matériels militaires avec tous les risques associés.

Les États-Unis s'alarment : la Maison Blanche affirme que la Russie envisagerait d'attaquer des navires marchands ( civils donc) en mer Noire pour ensuite accuser l'Ukraine d'en être responsable. C'est bel et bien ce qui pourrait arriver : soit un navire ou un bateau civil passe sur une mine, soit il est pris à partie par la marine russe avec, dans les deux cas, un risque d'embrasement. Tous les ingrédients sont réunis pour que la situation s'enflamme au moindre incident. Rappelons enfin que l'OTAN dispose de bases dans cette région sensible notamment en Roumanie, en Bulgarie et en Turquie.

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