En France, le réchauffement climatique s'annonce pire que prévu, préviennent des chercheurs de Météo France et du CNRS

Ces scientifiques ont utilisé une nouvelle méthode pour réévaluer le réchauffement climatique du pays d'ici la fin du siècle. Les résultats sont inquiétants.

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Un feu de forêt à Gignac (Hérault), le 26 juillet 2022. (SYLVAIN THOMAS / AFP)

Ils ne s'attendaient pas à ce résultat. En utilisant une nouvelle méthode pour évaluer le réchauffement climatique, des scientifiques de Météo France et du CNRS ont calculé qu'il pourrait conduire à une hausse de la température moyenne en France hexagonale de 3,8°C en 2100. "Par rapport aux précédentes estimations, cela représente une révision à la hausse jusqu'à 50%", explique Aurélien Ribes, auteur principal de l'étude. Avant de résumer : "Les observations récentes suggèrent que la France s'est réchauffée et va continuer à se réchauffer davantage, et plus vite que ce qu'on pensait jusqu'à maintenant".

Leurs travaux, publiés le 4 octobre dans la revue Earth System Dynamics (en anglais), sont une déclinaison, à l'échelle de la France, de la nouvelle approche utilisée par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) dans son dernier rapport de 2021. Cette méthode consiste à utiliser les observations – des relevés de température effectués ces dernières années – pour "diminuer l'incertitude des prévisions futures", explique Christophe Cassou, climatologue et co-auteur du Giec, qui n'a pas participé à l'étude. Grâce à cette méthode, les scientifiques ont pu confirmer le réchauffement déjà observé dans l'Hexagone (+1,7°C), qui est supérieur à la moyenne mondiale (+1,1°C). Ils ont aussi pu obtenir des prévisions plus précises et plus fiables pour l'avenir.

Des étés bien plus chauds que 2022

Le chiffre de 3,8°C, mis en avant par les auteurs de l'étude, correspond à un scénario d'émissions "intermédiaire". C'est-à-dire un monde où les émissions de gaz à effet de serre générées par les activités humaines, via la combustion d'énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) et la déforestation, ont baissé. Mais pas suffisamment pour respecter l'accord de Paris : +2,7°C au lieu des objectifs de 1,5°C et 2°C.

"C'est le scénario tendanciel vers lequel on se dirige avec les politiques actuellement sur la table", analyse Christophe Cassou. Avant de mettre en garde : "Cela suppose de ne pas revenir dessus, ce qui n'est pas du tout gagné. On voit très bien que c'est un peu fragile dans le contexte actuel de tensions sur l'énergie." Si les émissions de gaz à effet de serre continuent d'augmenter, la température moyenne de la France pourrait s'élever de 5,6°C, voire 6,7°C dans un scénario catastrophe désormais jugé peu plausible.

Il est difficile de se représenter ce que ces 3,8°C de hausse des températures signifient. C'est une augmentation moyenne, qui sera plus marquée en été (+5,1°C) qu'en hiver (+3,2°C). A titre de comparaison, l'été 2022, particulièrement caniculaire, était 4°C plus chaud que la normale, souligne Aurélien Ribes.

"Chaque tonne de CO2 compte"

En 2100, il fera donc en moyenne plus chaud pendant la saison estivale que cette année. Et "un été un peu chaud dans le futur sera très nettement au-dessus de ce que nous avons connu, sans parler d'un été extrême", relève Aurélien Ribes, en mentionnant la possibilité d'étés à +7°C. Cette augmentation de la température se traduira également par une augmentation de l'intensité des événements extrêmes (canicule, sécheresse...). "Avec la variabilité interne du climat, qui oscille entre +1°C et -1°C, ce seuil sera atteint avant 2100", prévient Christophe Cassou, en insistant sur la nécessité d'adapter nos sociétés à ce futur brûlant.

Ces résultats inquiétants rappellent la nécessité de baisser rapidement nos émissions de gaz à effet de serre pour limiter les dégâts. "Le réchauffement climatique est proportionnel aux émissions cumulées de gaz à effet de serre, c'est valable à l'échelle du monde, comme de la France. Chaque tonne de CO2 compte", rappelle Aurélien Ribes. En France, ces émissions – principalement générées par les transports (31%), l'agriculture (19%) et l'industrie (19%) – sont à la baisse ces dernières années, mais à un rythme largement insuffisant, comme l'a rappelé en juin le Haut Conseil pour le climat.

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