On vous explique pourquoi la Corée du Nord met fin à ses essais nucléaires

Le régime de Kim Jong-un affirme être parvenu à ses objectifs et dit vouloir se concentrer sur son développement économique. Décryptage.

Kim Jong-un, à Pyongyang (Corée du Nord), lors d\'une cérémonie militaire le 9 février 2018.
Kim Jong-un, à Pyongyang (Corée du Nord), lors d'une cérémonie militaire le 9 février 2018. (KCNA KCNA / REUTERS)

Une décision historique. La Corée du Nord a annoncé, samedi 21 avril, via son agence de presse officielle KCNA, mettre fin à ses essais nucléaires et à ses tests de missiles balistiques intercontinentaux. "La nation toute entière va pouvoir se concentrer sur le développement de l'économique socialiste", affirme Kim Jong-un, le leader nord-coréen.

Cette annonce peut surprendre, alors que les tensions avec la communauté internationale s'étaient encore un peu plus exacerbées à la fin de l'année 2017, au moment où Pyongyang avait affirmé avoir rempli son objectif de devenir une "force nucléaire". Mais depuis, les relations diplomatiques, notamment avec Washington et Séoul, se réchauffent de manière spectaculaire.

Pourquoi Kim Jong-un a-t-il pris cette décision ?

"La Corée du Nord va cesser ses essais nucléaires et les lancements de missiles balistiques intercontinentaux", a assuré le dictateur Kim Jong-un, cité par l'agence officielle KCNA. Le régime a également annoncé la fermeture de son site d'essais nucléaires, qui a "rempli sa mission", selon les propos du leader nord-coréen.

Cette annonce est "logique", estime Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste des deux Corées. "Même si de grands doutes subsistent sur la capacité opérationnelle de son arsenal nucléaire, la Corée du Nord a accompli son objectif annoncé", poursuit-il. Fin novembre, Pyongyang avait effectué un nouveau test de missile intercontinental, un tir qui, selon des analystes, aurait potentiellement pu atteindre le sol américain.

L'arrêt des essais nucléaires est "d'abord une annonce politique", estime Antoine Bondaz. En prenant cette décision, Kim Jong-un peut se targuer d'être en capacité de pouvoir protéger militairement le peuple nord-coréen avec son arsenal nucléaire, qualifié "d'épée chérie" par le régime. "Kim Jong-un présente cet arrêt et ce gel comme une victoire du pays", commente également Dorian Malovic, chef du service Asie au quotidien La Croix.

C'est cette garantie nucléaire qui permet à Kim Jong-un de dérouler toute la démarche de rapprochement, de réconciliation qui se fait depuis le mois de janvier, vers une réconciliation avec Washington.Dorian Malovicsur franceinfo

La Corée du Nord s'adresse ensuite "directement aux Américains", poursuit Antoine Bondaz : "Dans leur annonce, ils précisent qu'ils arrêtent les tests de missiles intermédiaires et intercontinentaux, ceux qui peuvent atteindre l'île américaine de Guam et le continent américain." 

Il s'agit d'une décision gagnant-gagnant : d'un côté les Nord-Coréens affirment être capables de frapper les Etats-Unis ; de l'autre, les Etats-Unis savent que techniquement, ce n'est pas encore au point, et que l'arrêt des tests ne leur permettra pas d'atteindre cet objectif.Antoine Bondazà franceinfo

Peut-on croire la Corée du Nord ?

Par le passé, la Corée du Nord a déjà rompu des accords d'arrêts des essais nucléaires passé avec les Etats-Unis. Après la mort de son père en 2011, Kim Jong-un avait par exemple signé un moratoire sur les essais nucléaires avec l'administration de Barack Obama, en échange d'aide alimentaire, rappelle Le Figaro. Un accord suspendu par le lancement d'une fusée en avril 2012.

Cette fois-ci, la Corée du Nord n'a "aucun intérêt politique à reprendre les essais", estime le chercheur de la Fondation pour la recherche stratégique.

Kim Jong-un a déjà annoncé qu'il avait atteint son objectif. Ce serait étonnant qu'il poursuive les tests puisque qu'on se demanderait alors pourquoi il a dit que c'était terminé.Antoine Bondazà franceinfo

"On ne peut pas nier le fait que c'est une annonce assez spectaculaire, que c'est très important, analyse aussi Dorian Malovic. Ça vient renforcer cette idée que Kim Jong-un, le jeune leader, est de bonne foi. C'est ça qu'il veut aussi essayer de montrer."

Qu'espère le régime nord-coréen ?

Le régime nord-coréen assure vouloir à présent se tourner vers le développement économique du pays. "Ceci est la nouvelle ligne politique stratégique du Parti", a déclaré Kim Jung-un, cité par KCNA. Pour y parvenir, la Corée du Nord veut éviter de nouvelles sanctions. "S'ils ne font pas de nouveaux tests, prédit Antoine Bondaz, il sera difficile pour la communauté internationale de renforcer les sanctions, puisque la Chine et la Russie bloqueront les résolutions en l'absence de provocation nord-coréenne. C'est peut-être une garantie que cherchait Kim Jong-un en se rendant à Pékin récemment."

La logique, c'est d'arriver à un allègement des sanctions.Dorian Malovicsur franceinfo

Une baisse de l'intensité des exercices militaires américains dans la mer du Japon est aussi envisageable, selon Antoine Bondaz. Ce qui permettrait à la Corée du Nord "de réallouer une partie de ses ressources nationales au développement économique et non au développement de ses capacités nucléaires et plus largement militaires".

Pyongyang cherche également à améliorer ses relations avec ses voisins, pour potentiellement se faire accepter comme une puissance nucléaire. "L'objectif de la Corée du Nord est de gagner du temps, poursuit Antoine Bondaz. Elle va atténuer sa rhétorique belliciste, normaliser son attitude, se présenter comme responsable , tout en cherchant à conserver son arsenal nucléaire."