Ce que l'on sait de Benoît Quennedey, ce haut fonctionnaire du Sénat soupçonné d'espionnage au profit de la Corée du Nord

Benoît Quennedey a été interpellé dimanche soir et placé en garde à vue dans les locaux de la Direction générale de la sécurité intérieure.

Capture d\'écran de la vidéo d\'une interview de Benoît Quennedey, sur le plateau de la chaîne RT France, au sujet de la Corée du Nord. La séquence a été diffusée le 31 mai 2018 sur YouTube. 
Capture d'écran de la vidéo d'une interview de Benoît Quennedey, sur le plateau de la chaîne RT France, au sujet de la Corée du Nord. La séquence a été diffusée le 31 mai 2018 sur YouTube.  (RT FRANCE / YOUTUBE)

L'affaire pourrait inspirer les scénaristes du Bureau des légendes. Un haut fonctionnaire du Sénat, Benoît Quennedey, a été arrêté par les services de renseignement pour des soupçons d'espionnage au profit de la Corée du Nord.

Interpellé dimanche 25 novembre, il a été mis en examen jeudi pour "trahison par livraison d'informations à une puissance étrangère", "recueil en vue de livraison d'informations à une puissance étrangère" et "intelligence avec une puissance étrangère", a appris franceinfo de source judiciaire. Qui est ce cadre du Sénat ? Que lui reproche-t-on ? Voici ce que l'on sait de cette affaire. 

Qui est Benoît Quennedey ? 

Cet énarque de 42 ans est, selon le site du Sénat, un des administrateurs de la Direction de l'architecture, du patrimoine et des jardins de la chambre haute du Parlement, en charge de la division administrative et financière. Il a également été secrétaire national du Parti radical de gauche (PRG), dont il a été membre jusqu'en 2017. "Il passait pour un farfelu. Il avait ce truc sur la Corée du Nord, comme d’autres ont le yoga pour hobby", explique au Monde un autre ancien du parti.

D'après le journal, il rejoint l'Association de l'amitié franco-coréenne, il y a 13 ans, puis devient président de cette petite organisation qui, à en croire son site internet, soutient "une réunification indépendante et pacifique de la Corée". Il s'agirait en réalité d'un "petit groupe de fascinés (...) surtout favorable aux positions du Nord et qui exige une inflexion de la ligne de Paris face à Pyongyang", détaille Le Monde

Cette passion pour la Corée du Nord lui viendrait de sa scolarité à Sciences Po, dans les années 1990, en plein contexte d'effondrement du bloc communiste. Benoît Quennedey est fasciné par la stabilité de la dynastie Kim, qui gouverne la Corée du Nord depuis 1948. "Il est séduit par la capacité du pays à résister. Il lit tout dans le contexte des pressions américaines", confie un de ses amis au Monde

Quelles sont ses relations avec la Corée du Nord ? 

Plus qu'un passionné, Benoît Quennedey a défendu publiquement la Corée du Nord. Et ce, à maintes reprises. Il a notamment consacré plusieurs travaux sur le régime des Kim et a multiplié les déplacements dans l'ensemble de la péninsule coréenne depuis 2005, selon le site des éditions Delga, qui ont publié son ouvrage La Corée du Nord, cette inconnue. Dans une interview repérée par "Quotidien", il affirme s'être rendu sept fois en Corée du Nord et salue plusieurs aspects du régime : "Il n'y a pas de chômage et pas de papiers par terre."

En 2013, il a également signé un essai sur l'économie du régime de Pyongyang intitulé L'Economie de la Corée du Nord en 2012. Naissance d'un nouveau dragon asiatique ? (Ed. Les Indes Savantes). A la fin janvier 2017, dans une vidéo sur YouTube, il a pris parti pour la Corée du Nord face à la Corée du Sud, "un régime conservateur et anticommuniste". Il est régulièrement invité par la chaîne RT (l'antenne française du groupe russe Russia Today) pour parler du régime nord-coréen.  

En octobre, au moment de la visite en France du président sud-coréen, Moon Jae-in, il écrit un e-mail au sénateur LREM André Gattolin pour critiquer la position de la France vis-à-vis de la Corée du Nord. "Il était plus que borderline et connu comme le loup blanc, il utilisait clairement le Sénat pour faire de l’influence pour un régime dictatorial. Un haut fonctionnaire, dans ses fonctions, n’a pas à exprimer ses opinions comme ça", raconte l'élu auprès du Monde

Benoît Quennedey est-il un lobbyiste pro-Pyongyang ? "Benoît a un grand intérêt culturel pour le pays, pas du tout politique si ce n’est qu’il milite pour le rapprochement des deux Corées, défend son père, interrogé par Le Parisien. Il est dans une démarche empathique. Il veut seulement que les Français voient avec une autre paire de lunettes ce qu’est ce peuple confucianiste et accueillant !"

Que lui reproche-t-on ?  

Selon les informations de France 2, Benoît Quennedey est dans le viseur des services de renseignement depuis un an. L'enquête a été judiciarisée au printemps, avec la nomination d’une juge d’instruction. Il est soupçonné de faire du lobbying auprès d'élus en faveur du régime nord-coréen et de transmettre à Pyongyang des informations en tout genre liées aux actualités du Sénat. S'il ne s'agit pas de secrets d'Etat, les services de renseignement et la juge ont tout de même décidé de l'interpeller et de mener des perquisitions à son domicile, à son bureau au palais du Luxembourg et dans la maison de ses parents à Dijon (Côte-d'Or). 

Il a été mis en examen à l'issue de ses quatre jours de garde à vue et a été placé sous contrôle judiciaire, conformément aux réquisitions du parquet. Il a notamment interdiction de quitter le territoire, d'entrer en contact avec les autres acteurs du dossier et d'exercer sa profession.