Aylan Kurdi : ce que l'on sait du parcours de la famille

La photo de ce petit Syrien de trois ans mort sur une plage turque est devenue le symbole de la tragédie des migrants. On en sait maintenant davantage sur le parcours et l'histoire de cette famille, originaire de Kobané. Ce n'était pas la première fois qu'ils tentaient de rejoindre la Grèce. Le père de famille est retourné à Kobané vendredi, où il a enterré sa femme et ses deux fils.

(Abdullah Kurdi, le père d'Aylan, à la morgue de Mugla en Turquie jeudi © REUTERS/Murad Sezer)

Le parcours de cette famille est terriblement ordinaire, il est le même que celui de dizaines de milliers de familles qui tentent de rallier l'Europe en traversant la Méditerranée. Cette tentative de la famille Kurdi aura coûté la mort à Aylan, 3 ans, à son frère de 5 ans et à sa mère. La photo du petit corps d'Aylan, refoulé sur une plage turque, bouleverse le monde entier et pourrait pousser les responsables politiques à accélérer les prises de décision.

A LIRE AUSSI

►►► "La douleur que j'ai ressenti en voyant Aylan, j'ai voulu la transmettre"

►►► Ces photos qui ont marqué l'Histoire

►►► Le web se mobilise pour les réfugiés

Fuir Kobané, ville syrienne pulvérisée par Daech

L'histoire de cette famille se précise. Les Kurdi sont originaires de Kobané, en Syrie, cette ville totalement détruite, comme pulvérisée par Daech. 

► Voir ici les images de nos reporters en janvier dernier à Kobané.

Un frère en Allemagne, une soeur au Canada

L'objectif d'Abdullah, le père d'Aylan, c'était de faire comme son frère qui lui a réussi à rejoindre l'Allemagne. Il était également inspiré par une soeur, installée au Canada. Fatima Kurdi, c'est son nom, avait d'ailleurs tenté en vain de faire venir une partie de sa famille à Vancouver, de faire venir en fait le frère dorénavant installé en Allemagne.

Le mari de cette soeur, Rocco Logozzo, a raconté à France Info : "Cette année, on a demandé au Canada qu'il accueille un des frères, mais la demande a été rejetée parce qu'il fallait présenter des documents impossibles à retrouver en temps de guerre. Et comme cette demande a été rejetée, ce frère a décidé de rejoindre l'Europe par la mer, il vit maintenant en Allemagne. Récemment, Abdullah a donc essayé de l'imiter, et la tragédie a eu lieu ".

"Abdullah a donc essayé de l'imiter, et la tragédie a eu lieu" - L'oncle d'Aylan qui vit au Canada
--'--
--'--

Rejoindre l'Europe, puis le Canada

Le bout du voyage pour la famille Kurdi, c'était donc le Canada, pour retrouver l'oncle et la tante du petit Aylan. Il fallait d'abord rejoindre l'Europe. C'est ainsi que les Kurdi ont voulu atteindre la Grèce, en passant par l'un des plus courts passages maritimes entre la Turquie et l'Europe, entre la ville côtière turque de Bodrum et l'île grecque de Kos.

La famille avait déjà essayé une première fois, avant cette seconde tentative dramatique dans la nuit de mardi à mercredi. Mais la première fois, leur bateau avait été intercepté par les garde-côtes. 

La famille inhumée à Kobané

Le père d'Aylan a souhaité retourner à Kobané pour enterrer sa femme et ses deux enfants. Il est arrivé dans la matinée vendredi sur place, et les trois membres de sa famille ont été enterrés. "C'est là qu'il vivait avec toute sa famille, c'est donc là-bas qu'il veut les enterrer et rester à leurs côtés ", indiquait vendredi matin l'oncle d'Aylan sur France Info.

En pleurs, Abdullah Kurdi a assisté à l'enfouissement des corps au cours d'une "cérémonie des martyrs" dans la ville à forte majorté kurde située à la frontière turque. Il a dit espérer que la mort de ses proches encouragerait les pays arabes à venir en aide aux réfugiés syriens. "Je veux que les gouvernements arabes, pas les pays européens, voient (ce qu'il est arrivé) à mes enfants et en leur nom, qu'ils apportent leur aide ", a-t-il dit dans une vidéo diffusée sur le site internet d'une radio locale.

Ce vendredi matin, le père de famille s'exprimait dans le New York Times : "Ce que je veux vraiment c'est que le trafic des passeurs s'arrête, et que l'on trouve une solution pour ces gens qui paient de leur sang, juste pour quitter leur pays ".