La pollution de l'air à Pékin est-elle si dangereuse que cela ?

Un an après "l'airpocalypse" de janvier 2013, francetv info s'est rendu à Pékin. Sur place, les médecins se montrent préoccupés par le problème, mais refusent toute paranoïa.

Un enfant est soigné à l\'hôpital des enfants de Pékin, le 16 janvier 2013.
Un enfant est soigné à l'hôpital des enfants de Pékin, le 16 janvier 2013. (LI WEN / XINHUA / AFP)
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La France enregistre, vendredi 14 mars, un nouveau pic de pollution aux particules fines. Le seuil d'alerte maximal aux particules a été dépassé dans plus d'une trentaine de départements couvrant une large partie du Nord et de l'Est du pays. Le niveau de pollution à Paris a même dépassé celui de Pékin, pourtant habituée à ces épisodes. Comment la capitale chinoise fait-elle face ? Quelles solutions les Pékinois mettent-ils en place ?

 

C'est la question qui taraude Chinois et expatriés à Pékin. Quelles sont les conséquences pour la santé de la forte pollution qui frappe, chaque hiver, la capitale chinoise ? "Bien sûr que je m'inquiète, témoigne Guanzi, 28 ans, en distribuant des publicités dans le quartier d'affaires de Guomao un jour de smog, ce brouillard de particules fines qui peut recouvrir la ville durant plusieurs heures. Je pense qu'on attrape facilement une maladie quand on travaille sous cette pollution." Laquelle ? Il n'en sait pas plus.

"Chacun a sa petite théorie sur les dangers de la pollution", raconte Arnaud Favry, 26 ans, cadre d'une société lyonnaise implantée à Pékin. Par exemple, "certains disent qu'avant 35 ans, ce n'est pas grave, parce que tes poumons se régénèrent." En revanche, l'ennemi le plus dangereux est mieux identifié : les particules PM2.5, au diamètre inférieur à 2,5 microns. Produites en grande partie par l'industrie et la voiture, elles sont suffisamment fines pour pénétrer dans le sang et dans les régions alvéolaires des poumons. Elles provoquent des maladies respiratoires et cardiovasculaires, et sont classées cancérigènes certains par l'Organisation mondiale de la santé.

Des particules qui augmentent la mortalité

Médecin généraliste au Beijing United Family Hospital, Richard Saint Cyr détaille régulièrement sur son blog My Health Beijing (en anglais) les dangers de ces petites particules. "Ce que cela provoque est plutôt clair : l'Organisation mondiale de la santé dit qu'il n'existe pas de niveau sûr de particules PM2.5. (...) De nombreuses études montrent que la pollution augmente la mortalité, les maladies cardiaques et respiratoires, les cancers", développe le chroniqueur santé de la version chinoise du New York Times.

Le docteur Richard Saint Cyr, le 22 janvier 2014 au Beijing United Family Hospital de Pékin (Chine).
Le docteur Richard Saint Cyr, le 22 janvier 2014 au Beijing United Family Hospital de Pékin (Chine). (THOMAS BAIETTO / FRANCETV INFO)

Selon l'étude Global Burden of Disease 2010 (en anglais), la pollution de l'air est responsable de 1,2 million de morts prématurées en Chine cette année-là. Une autre étude (en anglais), menée par des chercheurs américains et chinois, a calculé qu'au nord de la rivière Huai, où le chauffage au charbon est subventionné par l'Etat, l'espérance de vie est inférieure de 5,5 années par rapport au sud du pays. Enfin, concernant les risques chez l'enfant, l'expérience référence (en anglais) sur le sujet est menée depuis 1992 à Los Angeles, où l'air est en moyenne trois fois moins pollué qu'à Pékin. Elle montre que la pollution affecte définitivement et significativement le développement des poumons chez l'enfant.

"Depuis 1913, dans le nord de la Chine, la qualité de l'air est un problème de plus en plus inquiétant", abonde Zhi Xiuyi, pneumologue à l'hôpital Xuanwu et directeur du comité national du cancer du poumon. "Quand il y a un pic de pollution au-delà de 500 µg/m³ de PM2.5, il y a une augmentation d'environ 10% des patients atteints de bronchite ou d'infections respiratoires, surtout des enfants" dans son hôpital, constate-t-il. Surtout, "si la situation ne change pas dans les dix ans, le nombre de cancers du poumon va augmenter", prédit-il.

Masques et filtres à air comme proctection

Pour se prémunir, les deux praticiens recommandent de limiter autant que possible l'exposition aux particules fines. D'abord en se protégeant à domicile. "Les filtres à air marchent très bien, observe Richard Saint Cyr, qui a testé sur son blog les différents modèles et marques. "Si vous pouvez vous le permettre financièrement, je pense qu'acheter un filtre à air est la première chose à faire à Pékin, particulièrement pour la chambre de votre enfant."

Le docteur Zhi Xiuyi, le 14 janvier 2014, à l\'hôpital Xuanwu de Pékin (Chine).
Le docteur Zhi Xiuyi, le 14 janvier 2014, à l'hôpital Xuanwu de Pékin (Chine). (THOMAS BAIETTO / FRANCETV INFO)

Il est ensuite recommandé de surveiller de près l'indice de qualité de l'air extérieur. "Quand l'indice dépasse 200 µg/m³, il ne faut pas sortir, conseille Zhi Xiuyi. Si vous devez sortir, il faut porter un masque". Ces derniers réduisent significativement l'exposition aux particules fines s'ils sont de bonne qualité. Les masques certifiés N95, utilisés en Europe ou aux Etats-Unis sur les chantiers de construction, filtrent ainsi 95% des particules. En revanche, les simples masques de coton que l'on voit régulièrement dans les rues de Pékin ne servent à rien.

Un facteur de risque pas si important que cela

Mais les deux médecins refusent toute paranoïa. Ils soulignent que les études sur la Chine ne sont que des modélisations qui permettent d'établir une association, pas un lien de causalité directe. Ils rappellent qu'individuellement, la pollution est loin d'être le premier facteur de risque à Pékin, et ils contestent que celle-ci ait causé le cancer du poumon d'une fillette de 8 ans, un cas spectaculaire abondamment relayé dans les médias.

"Je n'ai vu aucun cas similaire dans toute ma carrière. S'il y a une augmentation du cancer du poumon en Chine ces 30 dernières années, c'est d'abord à cause de la cigarette", explique Zhi Xiuyi. La pollution n'est que la deuxième cause. "Le médecin de la fillette s'est rétracté. Il a dit qu'il n'était pas certain du lien avec la pollution, rappelle Richard Saint Cyr. Parce que bien sûr, vous ne pouvez pas être certain. N'importe quel cancer provoqué par la cigarette met 20 ans à se développer. Cela ne commence pas immédiatement."

Ce type de masque, en coton, que porte cette cycliste à Pékin en janvier 2014, ne protège absolument pas des particules fines PM2.5.
Ce type de masque, en coton, que porte cette cycliste à Pékin en janvier 2014, ne protège absolument pas des particules fines PM2.5. (THOMAS BAIETTO / FRANCETV INFO)

"Fumer est de loin beaucoup beaucoup plus dangereux que l'air de n'importe quelle ville du monde", poursuit Richard Saint Cyr. Sur son blog, en 2011, il a croisé deux études pour calculer l'équivalent en cigarettes de la pollution dans la capitale chinoise. "C'est seulement un sixième de cigarette par jour. N'importe quel fumeur devrait se soucier beaucoup plus de la cigarette que de la pollution", explique-t-il. Toujours selon ses calculs, fumer une seule cigarette par jour reste plus dangereux que de se promener à Pékin un jour d'"airpocalypse", lorsque le taux de particules fines avoisine les 500 µg/m³.

"Nous devons y faire attention, mais je pense qu'en Chine, nous nous laissons trop distraire par la pollution de l'air, résume le médecin américain. Il faut toujours respecter les principes de base pour être en bonne santé : ne pas fumer, ne pas être en surpoids, faire de l'exercice...". Et de conclure : "Il y a plus d'un milliard de personnes ici. Et tout le monde n'est pas malade, loin de là."