Débats télé, réseaux sociaux : la présidentielle en Afghanistan est plus moderne que vous ne le pensez

Les Afghans votent samedi 5 avril pour ce qui sera la première transition démocratique dans le pays depuis la chute des talibans.

De gauche à droite, Qayum Karzai (qui s\'est retiré depuis), Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah, le 8 février 2014 pendant l\'un des nombreux débats télévisés qui ont rythmé la campagne en Afghanistan.
De gauche à droite, Qayum Karzai (qui s'est retiré depuis), Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah, le 8 février 2014 pendant l'un des nombreux débats télévisés qui ont rythmé la campagne en Afghanistan. (WAKIL KOHSAR / AFP)

C'est un scrutin historique qui attend les Afghans samedi 5 avril. Hamid Karzai, président depuis treize ans, est forcé par la Constitution de quitter son poste. Pour la première fois depuis la chute des talibans, il devrait y avoir une transition démocratique à la tête du pays. La dernière élection, en 2009, n'avait pas été une franche réussite : une participation de 30%, des violences et un président réélu par abandon de son challenger, qui dénonçait des fraudes.

Des incertitudes pèsent cette année aussi sur l'élection car les talibans restent menaçants, mais la campagne a été bien plus animée. Sur les huit candidats en lice, trois ont une vraie chance de l'emporter : Ashraf Ghani, ancien ministre des Finances diplômé de l'université américaine de Columbia ; Zalmai Rassoul, ex-ministre des Affaires étrangères et proche de Karzai ; et Abdullah Abdullah, arrivé deuxième à l'élection de 2009. Et entre ces trois candidats, cela s'est davantage joué sur l'image que sur le fond.

Débats "à l'américaine"

Les débats télévisés ont été la grande nouveauté de cette campagne. Entre le 4 février et le 1er avril, les candidats se sont rencontrés à cinq reprises pour parler économie, sécurité intérieure et politique étrangère, en direct et en public, dans des décors "à l'américaine".

Un succès populaire, ce qui pourrait bien donner un vrai avantage à Ghani. Il était le seul candidat présent au dernier débat, Rassoul et Abdullah ayant annulé à la dernière minute. Pendant une heure, l'économiste a disserté sur son sujet de prédilection, se permettant une pique à l'encontre de ses rivaux, que rapporte Le Figaro dans son édition du 4 avril : "Peut-être qu'ils n'avaient rien à dire sur l'économie du pays." Le candidat le plus "occidental" de l'élection s'est aussi invité sur CNN pour booster son image aux Etats-Unis. Un talent de communicant qui lui vaut sans surprise d'être le candidat le plus "liké" sur Facebook.

L'eunuque, le séducteur et le chrétien

Car l'autre nouveauté de cette campagne afghane, c'est internet, et particulièrement les réseaux sociaux. Le site web d'Al Jazeera est revenu sur la sale campagne de rumeurs, là encore "à l'américaine", menée sur Twitter pour discréditer les différents candidats. Et qui tourne essentiellement autour de leur vie sentimentale et sexuelle. Une tradition afghane, explique Al Jazeera, mais qui a pris une autre dimension avec internet.

Des blagues dépeignent ainsi Rassoul, un célibataire de 71 ans, en eunuque. L'élégant Abdullah Abdullah est quant à lui accusé d'être un séducteur sans scrupules. Un article du Nouvel Observateur raconte comment il a épousé une diplomate française, sans le dire à son épouse et à sa famille, avant de la répudier. Enfin, les rumeurs fusent sur la femme d'Ashraf Ghani, Rula, une Libanaise qui l'aurait convaincu de se convertir au christianisme. Le candidat est même photoshoppé sur des photos où il apparaît en compagnie d'un évêque et d'un cardinal. Pas si loin des rumeurs qui faisaient de Barack Obama un musulman.

Reste à savoir si ce sera suffisant pour faire pencher la balance le jour du scrutin. Sur 30 millions d'Afghans, 1,7 million utilisent les réseaux sociaux et 2,4 millions ont accès à Internet. C'est plus de la moitié du nombre de votants en 2009.