MH370 : quelles sont les prochaines étapes des recherches ?

"Il existe de très fortes présomptions pour que le flaperon appartienne bien au vol MH370" de Malaysia Airlines, a indiqué la justice française mercredi. Les analyses se poursuivent et donnent un nouvel élan aux recherches.

A La Réunion, des policiers inspectent des débris métalliques trouvés sur une plage de Saint-Denis, le 2 août 2015.
A La Réunion, des policiers inspectent des débris métalliques trouvés sur une plage de Saint-Denis, le 2 août 2015. (RICHARD BOUHET / AFP)

Le fragment d'avion trouvé sur une plage de l'île de La Réunion est le premier véritable espoir dans l'enquête sur le Boeing 777 de Malaysia Airlines, qui a disparu en mars 2014 peu après son décollage de Kuala Lumpur (Malaisie), avec 239 personnes à bord. Mais les experts sont encore loin de pouvoir reconstituer le scénario du vol mystérieux.

Mercredi 5 août, le procureur de la République adjoint de Paris, Serge Mackowiak, a confirmé qu'il existait de "très fortes présomptions" pour que le débris d'aile découvert à La Réunion provienne bien du vol MH370 de Malaysia Airlines. Quelles sont les prochaines étapes de l'enquête, et des recherches dans l'océan Indien ? Francetv info fait le point.

Confirmer l'origine du débris

Si le Premier ministre malaisien affirme que le débris provient bien du Boeing 777 de Malaysia Airlines, la justice française se montre plus prudente en parlant de "fortes présomptions". Ces présomptions, a précisé le procureur de la République "seront à confirmer par des analyses complémentaires qui débuteront dès [jeudi] matin dans le laboratoire de la Direction générale de l'armement technique aéronautique". Les résultats de ces analyses sont attendus "dans les meilleurs délais", mais le calendrier n'a pas été précisé. 

L'étape la plus importante de l'expertise, explique Le Figaro"consiste à passer au crible le morceau d'aile en recensant les pressions et déformations qu'il a pu subir, à l'aide d'un microscope à balayage électronique, qui peut grossir jusqu'à 100 000 fois la surface observée". Le but de l'opération sera de trouver sur le débris des micro-fissures, des traces d'abrasion ou des torsions qui pourraient donner de précieuses informations sur ce qui est arrivé à l'appareil. Et tenter de savoir si l'avion a explosé en plein vol, ou s'est désintégré en entrant dans la mer. "On pourra connaître l'angle du choc et la vitesse de l'appareil au moment du crash", assure au Figaro Xavier Tytelman, spécialiste français de la sécurité aérienne. 

Chercher d'autres débris et l'épave de l'avion

Il s'agit maintenant de trouver d'autres débris et, pourquoi pas, la carlingue du Boeing. D'après certains chercheurs, l'espèce et l'âge des crustacés accrochés au flaperon peuvent permettre de déterminer combien de temps la pièce d'avion retrouvée a séjourné dans l'eau, la température de cette eau, et par où le débris a cheminé. Ce qui livrerait des indices sur une zone où relancer les recherches. 

La possibilité de localiser et retrouver des débris en surface diminue rapidement au cours des premières semaines suivant un accident. Certains débris moins perméables flottent plus longtemps, mais se dispersent de plus en plus. Et avec le temps, tous les débris flottant sont imbibés d'eau et coulent, selon les experts australiens chargés des recherches.

Les autorités australiennes, qui dirigent les recherches dans l'océan Indien, ont annoncé, jeudi 6 août, qu'elles les poursuivaient dans la zone prévue. "Deux navires sont toujours sur zone dans l'océan Indien avec un sonar remorqué et ils fouilleront la mer méticuleusement dans la zone précisée", a annoncé Martin Dolan, le commissaire en chef du Bureau australien de la sécurité des transports, interrogé par la radio australienne ABC NewsRadio. "Nous espérons investir plus dans les recherches avec l'amélioration des conditions météo." Les autorités australiennes prévoient de scruter près de 120 000 km2 de fonds marins.

Tenter de mettre la main sur les boîtes noires

C'est le plus difficile, mais "seules les boîtes noires nous permettront de savoir ce qui s'est passé",  assure Jean-Paul Troadec, ancien directeur du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) français. L'une enregistre les conversations et sons à l'intérieur du cockpit, l'autre les paramètres techniques du vol. 

Mais est-il encore possible de retrouver les boîtes noires d'un avion disparu en mars 2014 ? Gérard Feldzer, ancien pilote et ex-directeur du musée de l’Air et de l’Espace, se montre sceptique, estimant qu'il n’y a plus aucun espoir de repêcher ces boîtes "prisonnières du fuselage" et ne disposant pas d’un système de flottaison malgré des demandes répétées depuis le crash du Rio-Paris. Conçus pour résister au feu comme aux pressions abyssales, les enregistreurs de vol sont encastrés dans trois épaisseurs de métal censées assurer leur intégrité. Mais en dépit d’un poids de quelques kilos seulement, l'ensemble  "est très lourd et ça coule", résume Jean-Paul Troadec. Ces boîtes noires sont reliées à une balise qui émet un signal mais pendant quelques semaines seulement. 

Néanmoins, il faut rappeler que les boîtes noires du Rio-Paris avaient été retrouvées en mai 2011, près de deux ans après l’accident.