Scientifiques, politiques, associations... Jair Bolsonaro épinglé de toutes parts à cause des incendies en Amazonie

Le président brésilien concentre les critiques, au plan national et international, sur sa gestion du dossier amazonien depuis son arrivée au pouvoir.

Jair Bolsonaro participe à une cérémonie des services de renseignement brésiliens, le 11 juillet 2019, à Brasilia (Brésil).
Jair Bolsonaro participe à une cérémonie des services de renseignement brésiliens, le 11 juillet 2019, à Brasilia (Brésil). (ADRIANO MACHADO / REUTERS)

Le président du Brésil, Jair Bolsonaro, est visé par de nombreuses critiques face aux incendies qui sévissent dans l'Amazonie, la plus vaste forêt tropicale au monde, dont 60% de la surface se trouve en territoire brésilien. Des manifestations doivent avoir lieu à travers le monde, vendredi 23 août, pour dénoncer la "politique environnementale épouvantable" de ce président ouvertement climatosceptique. Le dossier sera aussi sur la table du G7, ce week-end. Voici d'où proviennent ces critiques.

Sur le front diplomatique

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a été l'un des premiers à tirer la sonnette d'alarme. "Profondément préoccupé" par la situation, il a écrit qu'"en pleine crise climatique mondiale, nous ne pouvons accepter davantage de dégâts sur une source majeure d'oxygène et de biodiversité".

En France, Emmanuel Macron a sonné la charge jeudi soir, relayant par ailleurs une photo hors contexte car bien antérieure à cet été  : "Notre maison brûle. Littéralement. L'Amazonie, le poumon de notre planète qui produit 20% de notre oxygène, est en feu. C'est une crise internationale. Membres du G7, rendez-vous dans deux jours pour parler de cette urgence." 

Vendredi, le chef de l'Etat a accentué la pression sur son homologue, annonçant que la France s'opposait au traité de libre échange UE-Mercosur. "Compte tenu de l'attitude du Brésil ces dernières semaines, le président de la République ne peut que constater que le président Bolsonaro lui a menti lors du sommet (du G20, ndlr) d'Osaka", a déclaré l'Elysée. "Dans ces conditions, la France s'oppose à l'accord Mercosur en l'état", a indiqué la présidence française.

Interrogée quelques heures auparavant sur les propos de Jair Bolsonaro reprochant la "mentalité colonialiste" du président français, la secrétaire d'Etat à la Transition énergétique, Brune Poirson, a dit se "consoler" en se disant que "peut-être un jour, ces responsables politiques-là auront à répondre de leur inconséquence et de leurs actes irresponsables devant un tribunal".

France 2

Dans un tweet posté vendredi après-midi, Annick Girardin, ministre de l'Outre-Mer, a également répondu à Jair Bolsonaro, l'incitant à "agir" et rappelant que "la plus grande frontière terrestre de la France se partage avec le Brésil"

Sur le front associatif

Dans une tribune, 118 ONG se sont élevées contre "l'irresponsabilité" du président brésilien, qui a accusé les associations d'être responsables des feux. "Bolsonaro n'a pas besoin des ONG pour cramer l'image du Brésil dans le monde entier", lit-on dans ce texte (en portugais), qui dénonce un président "qui manipule l'opinion publique contre le travail réalisé par la société civile, avec des allégations irresponsables et inconséquentes".

A l'échelle internationale, des ONG écologistes ont appelé à faire pression sur Brasilia. "La communauté internationale doit participer à ce rôle de contrôle du gouvernement Bolsonaro, prendre des mesures et soutenir la société civile de ce pays qui est en état d'urgence aujourd'hui", a lancé CCFD-Terre Solidaire, jeudi, sur franceinfo.

Sur le front scientifique

Des chercheurs remettent en cause l'argument du gouvernement du président brésilien, qui soutient que cette augmentation du nombre d'incendies est due à la sécheresse, habituelle en cette période de l'année. Parmi eux, Paulo Moutinho, de l'Institut de recherche environnementale sur l'Amazonie, affirme que "la déforestation explique la majorité des incendies". "En 2019, nous n'avons pas eu une sécheresse aussi sévère que lors des années précédentes, or il y a une hausse substantielle des incendies", souligne-t-il.

Le 16 août, après avoir été limogé de la direction de l'organisme qui surveille la déforestation au Brésil, le physicien et ingénieur Ricardo Galvao avait déjà appelé les scientifiques à se "manifester avec force". "Les scientifiques ne peuvent pas rester silencieux, a-t-il lancé. Nous ne pouvons pas baisser la garde !"

Sur les réseaux sociaux

Les appels pour l'Amazonie se sont également élevés sur les réseaux sociaux, où le mot-clé #PrayforAmazonas (Prions pour l'Amazonie) était la première tendance mondiale mercredi après-midi sur Twitter. Reprenant ce hashtag, le footballeur Cristiano Ronaldo a souligné qu'"il est de notre responsabilité d'aider à sauver notre planète". Sur Instagram, la chanteuse américaine Madonna a, elle, directement interpellé le chef de l'Etat brésilien : "Président Bolsonaro s'il vous plaît modifiez votre politique. Nous devons nous REVEILLER." Comme de nombreux internautes (dont Emmanuel Macron), elle a diffusé une photo trompeuse, car antérieure aux incendies du moment.

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The Fires Are Raging and The Amazonia continues to burn.........This is a devastation to Brazil—to the indigenous people who live there and the-plant and animal species that make this the most important bio-diverse Forest!!! President Bolsonaro please change your policies and help not only your country but the entire planet. No economic development is more important than protecting this land. we need to WAKE -UP!! The future of the rainforest affects the future of the world! #prayforamazonia #amazonrainforest #brazil #wakeup

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Par ailleurs, une pétition a été lancée mercredi à l'initiative d'un avocat brésilien. Le texte, signé par près de 2,5 millions de personnes en moins de 48 heures, demande "à toutes les autorités au Brésil de se mobiliser", mais également "d'ouvrir une enquête afin de déterminer les causes de l'augmentation des incendies dans cette région et de demander des comptes aux coupables".

Dans la rue

Des manifestations sont prévues pour l'Amazonie, vendredi, à Sao Paulo et à Rio. D'autres rassemblements sont organisés à travers le monde, devant les ambassades et consulats du Brésil, à l'initiative de Fridays for Future, mouvement de la jeune Suédoise Greta Thunberg, égérie de la lutte contre le réchauffement climatique.

"Notre maison est littéralement en train de brûler et les poumons de notre planète de se transformer en cendres, selon Fridays for Future. Depuis l'arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro, les feux de forêt se sont multipliés, alimentés par la sécheresse mais aussi par la politique environnementale épouvantable du gouvernement brésilien, qui ne voit l'Amazonie que comme une vache à lait."