Reportage "J'ai le sentiment qu'il y a une trahison" : au Sénégal, le président Macky Sall lâché par plusieurs de ses soutiens

Le report de la présidentielle provoque des remous au Sénégal, notamment parmi les soutiens du président Macky Sall. Plusieurs ont démissionné du gouvernement, quand d'autres évoquent même un "complot".
Article rédigé par France Info - William de Lesseux
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Le président du Sénégal, Macky Sall, le 3 août 2023 à Dakar. (SEYLLOU / AFP)

Tensions au Sénégal après le report de la présidentielle, prévue fin février, au 15 décembre. Un report voté lundi, sans les députés d'opposition, exclus de l'hémicycle par la gendarmerie. La présence policière est renforcée aux abords des lieux stratégiques de Dakar, la capitale, bien qu'il n’y a pas eu de nouvelles manifestations ni de débordements. Reste que la décision du président Macky Sall continue de faire beaucoup réagir et d’indigner l’opposition, qui peine à trouver une stratégie.

L’union dans le camp présidentiel est également mise à mal. Certains soutiens lâchent le président et le font savoir. Il y a ceux qui font défection au sein de l’exécutif sénégalais, avec deux démissions de proches du chef de l’État. Après le secrétaire général du gouvernement, la ministre d’État Awa Marie Coll Seck choisit de quitter ses fonctions. "Je pense qu'en adéquation avec ses convictions personnelles, ses valeurs et son éthique, elle a un peu de difficulté à accepter les dernières décisions du chef de l'État", réagit son conseiller en communication, Boubacar Sow.

"Peut-être que d'autres démissions suivront"

Mamoudou Ibra Kane est un soutien d’Amadou Ba, le candidat de la majorité, désigné pour succéder à Macky Sall. "J'ai le sentiment qu'il y a une trahison, un complot, qui est ourdi par certains cercles du pouvoir", martèle-t-il, sévère. Son candidat ne s’est pas exprimé sur le report du scrutin, Amadou Ba est même encore Premier ministre. "Peut-être que d'autres démissions suivront, ajoute Mamoudou Ibra Kane, mais celle qui est la plus attendue, c'est celle du président de la République, parce qu'il n'aura plus de légitimité." 

"Qu'il revienne à la raison ! Il ne faut pas que le peuple sénégalais lâche également l'affaire."

Mamoudou Ibra Kane, soutien du Premier ministre

à franceinfo

Au JT de la télévision nationale, pas question d’évoquer ces désaccords, mais une émission spéciale avec un ministre appelé pour défendre le report du scrutin, Ismaïla Madior Fall. "Le président de la République n'est pas à l'origine de ce report, il n'en est pas l'auteur, l'initiateur ou l'inspirateur, insiste-t-il. Il y a un ensemble d'ingrédients susceptibles de discréditer le procès électoral qui fait qu'on aurait pu aboutir à une situation où le verdict issu des urnes soit un verdict contesté. On sait qu'un contentieux au procès électoral est un facteur conflictogène. Cela peut avoir des dérapages et aboutir à une crise qui peut affecter la stabilité politique du Sénégal."

Il reste au président Macky Sall une dernière étape, la promulgation de cette loi qui prolongera son mandat d’une année, malgré les doutes et les appels dans sa propre majorité.

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