Reportage "Macky Sall, le dictateur !", scandent les manifestants sénégalais après l'annonce du report sine die de l'élection présidentielle

Une vague de colère se propage depuis dimanche soir au Sénégal. Les principaux candidats d'opposition appellent à protester contre cette annonce considérée comme une nouvelle tentative du président de se maintenir au pouvoir. L’été dernier, il avait déjà tenté de négocier un troisième mandat.
Article rédigé par France Info
Radio France
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Un manifestant défie les forces de l'ordre, le 4 février à Dakar (Sénégal). (SEYLLOU / AFP)

Le point de rendez-vous de la manifestation, sur un grand axe qui relie plusieurs banlieues à Dakar, a rapidement été noyé sous les gaz lacrymogènes dimanche 4 février au soir. La population s'est dispersée dans les rues où des centaines de petits groupes ont dressé des barricades, incendié des poubelles et des pneus avec, partout, le même slogan : "Macky Sall, le dictateur !"

Ce report des élections sine die, au moment où la campagne électorale devait commencer, est vécu ici comme une provocation. "Il nous avait promis qu’il allait faire deux mandats de cinq ans, il a menti et il veut qu’on reste tranquilles", s’insurge un manifestant. "Macky Sall doit partir, lance un autre très en colère. Nous allons nous battre jusqu’au bout".

"Il a fait un coup d’État constitutionnel."

Un manifestant sénégalais

à franceinfo

"J’ai voté pour lui et soit il nous tue, soit il nous emprisonne, regrette un troisième qui l'assure : On reste ici. Il y aura une élection le 25 février !".

"Je me sens piétinée par ce régime"

Ce sont surtout des jeunes qui descendent dans la rue, des militants, des représentants de la société civile, des habitants de Dakar et parmi eux, beaucoup de femmes. "Je me sens piétinée par ce régime qui arrache ce que j’ai de plus cher, ma voix, explique cette manifestante. Pouvoir m’exprimer et choisir librement le président de ce pays, c’est ça qui m’a fait sortir, poursuit-elle. Il y a le risque de mourir mais je n’ai pas peur de la mort. Et nous vaincrons. Les élections, on va les tenir, on va élire le président de ce pays naturellement, on aura le changement que nous espérons".

Face aux forces de l’ordre, les manifestants s’éparpillent dans les rues. L'opposante et ancienne Première ministre Aminata Touré a été arrêtée, une chaîne de télévision est suspendue. Thierno Alassane Sall, député et candidat de l’opposition, s’arrête dans une rue noire de fumée et s’adresse à la France. "Nous ne pouvons pas accepter que la constitution du Sénégal soit violée. Ceux qui ont condamné ce qui s’est passé au Mali et au Burkina doivent aussi condamner ce qui se passe au Sénégal", appelle-t-il. "Il y a beaucoup de responsabilité de la France. On ne voulait pas des Français. Partez ! Laissez-nous !", hurle un homme.

"Il faut qu’on se batte pour notre liberté"

"On vit dans la précarité, on vit dans l’extrême pauvreté. Il faut qu’on se batte pour notre liberté. Tous les présidents sont aux commandés par les Occidentaux. On veut prendre notre indépendance définitive", explique calmement un autre homme. Ce discours, des militants qui parlent d’impérialisme économique, de mainmise de la France sur l’Afrique, c’est celui d’Ousmane Sonko. Le principal opposant dans cette élection n’a pas été autorisé à se présenter, il est en prison. Son parti a été dissout, mais son remplaçant, également incarcéré, fait campagne depuis sa cellule et mobilise massivement les jeunes.

Lundi matin, les députés se réunissent en séance plénière, pour examiner cette proposition de loi qui pourrait, selon les élus de la majorité, repousser les élections au 25 août. Une date où le pays est plongé en plein hivernage. Autrement dit, au milieu de la saison des pluies, avec des écoles inondées, des routes inaccessibles, des difficultés pour trouver des bureaux de vote. L’opposition craint que ces difficultés techniques conduisent à prolonger le mandat de Macky Sall jusqu’à la fin de l’année. Plusieurs recours doivent être déposés dans les jours qui viennent. Le code électoral sénégalais précise qu’un décret de modification d’une élection présidentielle doit être publié au moins 80 jours avant le scrutin. Les manifestants ont rendez-vous devant le bâtiment.

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