Un gouvernement de 66 ministres pour diriger la RDC

Les nouveaux ministres du président Félix Tshisekedi sont en majorité des fidèles de son prédécesseur Joseph Kabila dont la coalition tient l'Assemblée nationale et les assemblées provinciales. 

Le président de la RDC, Felix Tshisekedi, et son prédécesseur Joseph Kabila se tiennent mutuellement le bras lors de la cérémonie d\'investiture du premier le 24 janvier 2019 à Kinshasa, la capitale congolaise.  
Le président de la RDC, Felix Tshisekedi, et son prédécesseur Joseph Kabila se tiennent mutuellement le bras lors de la cérémonie d'investiture du premier le 24 janvier 2019 à Kinshasa, la capitale congolaise.   (TONY KARUMBA / AFP)

La République démocratique du Congo (RDC) a enfin un gouvernement. Il est composé de 66 membres dont la liste a été dévoilée le 26 août 2019, huit mois après l'élection du président Félix Tshisekedi. L'actuel dirigeant congolais a succédé à Joseph Kabila au terme de la première transition pacifique qu'a connue le pays.  

"Je crois que cela valait la peine d'attendre. Là, nous avons un gouvernement qui réalise la vision du chef de l'Etat, c'est la direction du changement. Donc, le changement commence maintenant ! Mettons-nous au travail !", a déclaré à la presse le Premier ministre Sylvestre Ilunga Illunkamba, après une dernière nuit d'attente au siège de la présidence.

Les discussions entre les deux camps ont "pris du temps", car il fallait "vider tout ce qui pouvait entraver le fonctionnement du gouvernement", a poursuivi Sylvestre Ilunga Illunkamba, qui est lui-même un économiste membre du Front commun pour le Congo (FCC), la coalition de Joseph Kabila.

Les négociations ont duré sept mois entre les forces politiques du nouveau chef de l'Etat, investi le 24 janvier, et celles de Joseph Kabila, qui a gardé une vaste majorité au Parlement. Environ deux tiers des postes ont été attribués aux alliés de l'ancien président Joseph Kabila, dont plusieurs portefeuilles clé, conformément à l'accord conclu entre les deux parties. Selon l'accord de coalition, le nouveau gouvernement devait compter 42 membres issus des rangs du FCC et 23 autres de Cap pour le changement (Cach) du président Tshisekedi. Soit un total de 65 membres, auquel se rajoute un ministère délégué aux Personnes vivant avec handicap et autres personnes vulnérables. 

Un allié du président à l'Intérieur et un pro-Kabila à la Défense

Le gouvernement comprend ainsi cinq vice-Premier ministres, dont deux sont aussi issus du FCC de Joseph Kabila : Célestin Tunda (Justice) et Elysée Munembwe (Plan), l'unique femme à ce poste.

Gilbert Kankonde, issu du parti d'opposition d'UDPS, est l'un des vice-Premier ministres proches du président Tshisekedi. Il est en charge de l'Intérieur. Un cadeau empoisonné en cas d'interdiction ou de répression des futures manifestations en RDC, où l'élection de Félix Tshisekedi est toujours contestée par l'opposition radicale autour de Martin Fayulu.

Aimé Ngoy Mukena, à la Défense, José Sele Yalaghuli (collaborateur de l'ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo), aux Finances, et Willy Kitobo Samsoni, aux Mines, sont aussi des proches de l'ancien président Kabila.  

Une session parlementaire extraordinaire pour investir les nouveaux ministres

La liste gouvernementale surprend parfois même les fins connaisseurs de la vie politique, et pour cause: "Ceux qui n'ont jamais été ministres représentent 76,97% de l'équipe", s'est félicité le Premier ministre, pour qui il s'agit de "la plus grande innovation".

Les 26 provinces de la RDC "ont toutes été servies" au sein du gouvernement, a par ailleurs indiqué le Premier ministre. 

Le gouvernement comprend "83% d'hommes et 17% de femmes. Ce pourcentage est encore faible, mais il faut le pondérer par l'importance des portefeuilles qui ont été attribués aux femmes", a détaillé Sylvestre Ilunga Illunkamba. Outre la vice-Première ministre, le gouvernement compte notamment Marie Tumba Nzeza, membre de l'UDPS de Félix Tshisekedi, qui a été désignée cheffe de la diplomatie congolaise et les ministres d'Etat Béatrice Lomeya (Genre) et Nene Nkulu (Emploi).

Deux ministres ont déjà des dossiers chauds sur la table: à la Santé, le docteur Eteni Longondo, membre de l'UDPS de Félix Tshisekedi, doit gérer avec le chef de l'Etat l'épidémie d'Ebola qui a fait près de 2000 morts en un an dans l'est du pays.  Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, est attendu sur place le 31 août.

A l'Enseignement primaire, Willy Bakonga, issu du PPRD de Joseph Kabila, doit mettre en œuvre la gratuité de l'enseignement primaire dans les écoles publiques dès la rentrée du 2 septembre 2019. Coût de la mesure : 2,6 milliards de dollars, près de la moitié de l'actuel budget de l'Etat.

Le nouveau gouvernement confirme la mainmise, attendue, de l'ancien président Joseph Kabila sur la politique congolaise dont la coalition est déjà majoritaire à l'Assemblée nationale et dans les assemblées provinciales.  

L'Assemblée est réunie jusqu'au 7 septembre en session extraordinaire pour investir ce nouveau gouvernement de 66 membres (5 vice-Premiers ministres, 10 ministres d’Etat, 31 ministres, 3 ministres délégués et 17 vice-ministres), un effectif impressionnant pour ce riche Etat minier d'Afrique centrale qui compte environ 80 millions d'habitants. Mais le président ghanéen Nana Akufo-Addo avait fait mieux en 2017 en nommant alors 110 ministres pour une population de près de 30 millions d'âmes...