Tourisme dans les zones à risque : "L’appréciation du risque est subtile, complexe et varie dans le temps"

Avec son entreprise Voyageurs du monde, Jean-François Rial explique suivre "à 95% les consignes du Quai d’Orsay". Si ce n'est pas le cas, le PDG du groupe français spécialiste du voyage sur mesure individuel informe ses clients et leur laisse prendre la décision.

Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du monde, le 2 mai 2019 sur franceinfo.
Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du monde, le 2 mai 2019 sur franceinfo. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

Les deux ex-otages français sont rentrés en France, samedi 11 mai, après leur libération dans la nuit de jeudi à vendredi au Sahel. Ils avaient été enlevés au Bénin le 1er mai, alors qu'ils visitaient un parc dont une partie était classée zone orange et rouge

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Etant PDG du groupe français spécialiste du voyage sur mesure individuel Voyageurs du monde, Jean-François Rial a répondu aux questions de franceinfo, dimanche, sur fond de polémique.

Peut-on encore aujourd’hui proposer des voyages dans des zones à risques ou proches de zones à risques ?

Jean-François Rial : Cela dépend de la situation. Quand vous êtes en zone rouge, il faut évidemment totalement déprogrammer. Quand vous êtes en zone orange, il faut globalement déprogrammer, sauf exception. Il y a par exemple des zones considérées comme orange par le Quai d’Orsay, qui sont considérées comme totalement "safe" [sûre] par le ministère des Affaires étrangères britannique. En réalité, c’est très compliqué. L'appréciation du risque est subtile, complexe, et varie dans le temps. Dans cette affaire, le parc en question au Bénin était globalement jaune au moment où les touristes se sont promenés, mais il y avait quand même une partie de ce parc qui était orange déjà à l’époque, et une toute petite partie du parc était rouge. Donc on critique beaucoup Jean-Yves Le Drian, il a peut-être un peu exagéré, mais il n’a pas complètement tort, parce que tout cela est subtil est complexe.

Votre groupe propose en ce moment, sur le site Terres d’aventure, trois offres au Bénin, une au Soudan. Allez-vous les maintenir ?

Oui. Moi, je reviens du Soudan. Ça dépend où vous allez. Si vous allez dans le Darfour, c’est un très gros problème. Mais je viens d’aller dans le nord, dans les sites des pyramides, qui est orange selon le Quai d’Orsay, mais qui est complètement vert selon les Britanniques. Nous considérons que le risque est nul. On suit à 95% les consignes du Quai d’Orsay. Et quand on ne les suit pas, sur des zones orange, on informe les clients et ce sont eux qui prennent la décision.

Qui sont les clients qui sont intéressés par ce type de voyage ?

Globalement les Français n’ont pas du tout envie d’aller dans les zones orange ou rouges. Ils vont dans des zones jaunes ou vertes. On a environ 50 000 clients par an, on se pose la question sur cinq dossiers chaque année. La plupart des clients qui vont en zone orange, ce sont des clients qui souhaitent y aller. Ce ne sont pas des casse-cou, ce sont des gens qui ont envie d’explorer des zones dans lesquelles ils ont des attaches particulières, ou qui sont très intéressés par l’archéologie égyptienne, pour le Soudan par exemple. Ce sont des gens tout à fait raisonnables. Le fantasme des clients qui veulent aller au Yémen au milieu des bombes, ou en Syrie au moment où il y avait la guerre civile, ça n’existe pas.

Faut-il que les avis du Quai d’Orsay soient plus contraignants et interdisent certaines zones ?

Non, on fait au Quai d’Orsay des procès sur des sujets qui sont absolument impossibles à régler. Tout cela est très subjectif. Par exemple, si vous êtes à la frontière de la couleur jaune et de la couleur orange, cela veut dire qu’à un mètre près, vous êtes en zone dangereuse, et un mètre plus loin, vous n’êtes plus en zone dangereuse ? Ça n’a pas de sens. Quand il y a eu des attentats en Allemagne, le Quai d’Orsay ne déconseillait pas l’Allemagne. On ne va pas reprocher au Quai d’Orsay de ne pas avoir prévu qu’il y aurait des attentats en Allemagne ? Dans le cas du Bénin, on fait un procès au Quai d’Orsay car il n’avait pas écrit que tout le parc en question était déconseillé, mais il y avait quand même une carte sur laquelle une petite partie du parc était problématique. C’est subjectif. Le Quai d’Orsay n’est pas infaillible, il n’a pas la science infuse. Nous sommes dans un monde où la liberté de circuler existe et chacun décide en fonction de sa sensibilité.