Deux soldats français tués au Mali : pour la France, "il est tout aussi difficile de partir que de rester", explique un spécialiste de l'Afrique subsaharienne

Le politologue Michel Galy révèle que s'il y a effectivement un mouvement anti-Français en Afrique de l'Ouest, aucune force "de substitution" n'a envie de s'impliquer qu'elle soit européenne ou africaine. Résultat, la présence française au Mali risque de s'éterniser encore au moins "15 ans", selon certains.

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Des soldats français de l'opération Barkhane au Mali, le 9 novembre 2019 (photo d'illustration). (MICHELE CATTANI / AFP)

Michel Galy, politologue et spécialiste de l'Afrique subsaharienne a estimé dimanche 6 septembre sur franceinfo que la France est dans une situation "d'ensablement" au Mali. Selon lui, "il est tout aussi difficile de partir que de rester". Deux militaires français de l'opération Barkhane sont morts "après la destruction de leur véhicule blindé par un engin explosif improvisé", selon l'Élysée. 45 soldats français au total sont morts au combat depuis 2013 dans cette zone de l'Afrique subsaharienne

franceinfo : Une branche d'Al-Qaïda a revendiqué l'attaque contre les militaires français. Est-ce important de savoir que c'est Al-Qaïda ou le groupe État islamique qui est à l'origine de cette attaque ?

Michel Galy : Jusqu'à récemment, j'aurais dit non puisqu'il y avait des passerelles, en quelque sorte. Les combattants jihadistes pouvaient passer d'un groupe à l'autre, mais il y a trois mois, on a vu des affrontements entre les groupes sur le terrain et il y a effectivement des surenchères de revendications et d'attaques entre les deux tendances.

La zone du nord-est du Mali où s'est déroulée l'attaque est-elle une zone stratégique ?

Certainement. Tessalit est à la frontière de l'Algérie qui d'ailleurs ne voit pas forcément d'un bon œil le déploiement de forces militaires françaises à sa frontière. Il y a 5 100 hommes de la force Barkhane sur 5 pays et notamment au Mali. C'est une zone où, effectivement, les groupes passent de l'Algérie au Mali et c'est une zone frontalière qui est difficile à contrôler pour l'État malien et même pour les forces internationales.

Est-ce que le coup d'État qui a eu lieu le 18 août au Mali rend la situation politique encore plus confuse et dangereuse ?

Non, c'est vraiment indépendant. D'ailleurs, on n'a pas assisté à une recrudescence des attaques jihadistes depuis le coup d'État, le putsch est en quelque sorte, des militaires maliens contre Ibrahim Boubacar Keïta. On dirait qu'il y a une période d'attente et peut être même de négociations tous azimuts puisque les Français, la force Barkhane, les soldats onusiens de la Minusma ont été quand même surpris de ce changement de régime. Et les jihadistes sont sans doute en train de se demander comment va évoluer la situation politique au Mali, voire peut être pour certains, continuer les négociations qui existaient déjà auparavant.

Est-ce que la mort des deux militaires français repose la question de la présence française dans cette partie du monde ?

C'est une situation d'isolement, voire d'ensablement, où il est tout aussi difficile de partir que de rester. Les militaires hauts gradés disent discrètement que si on reste, on est là pour 15 ans au minimum. Il y a un mouvement nationaliste dans toute l'Afrique de l'Ouest, plus ou moins contre la présence française. Donc c'est difficile de rester. Et les forces de substitution, par exemple les armées européennes n'ont aucune envie de s'impliquer, de même que les contingents de la Cédéao, la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest. C'est un peu par défaut que la présence française va s'éterniser.

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