Côte d'Ivoire : quand la vie politique tient à un bulletin de santé

Les spéculations vont bon train suite aux décès, coup sur coup, de deux hôtes de la primature, Amadou Gon Coulibaly et Hamed Bakayoko. 

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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Amadou Gon Coulibaly (à gauche), alors Premier ministre, tient la main d'Hamed Bakayoko (à droite), alors ministre de l'Intérieur et candidat à la municipalité d'Abobo, un quartier d'Abidjan (la capitale économique de la Côte d'Ivoire), lors du démarrage de la campagne pour les élections régionales et municipales le 29 septembre 2018. (ISSOUF SANOGO / AFP)

"C'est où l'endroit le plus dangereux en ce moment à Babi (Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire, NDLR) ? La primature !" Ce trait d'humour noir circule sur les réseaux sociaux depuis la mort de celui qui occupait à la fois le poste de Premier ministre et de ministre de la Défense, Hamed Bakayoko, à l'âge de 56 ans. Le président Alassane Ouattara a annoncé le 10 mars 2021 son décès des suites d'un cancer en Allemagne, où il avait été transféré après son évacuation sanitaire vers la France le 18 février. 

Deux morts à la primature 

L'opinion publique ivoirienne est quelque peu abasourdie par la mort, en moins d'un an et dans des conditions similaires, de deux personnalités politiques de haut rang nommées à la primature. L'ancien Premier ministre ivoirien Amadou Gon Coulibaly, à qui Hamed Bakayoko avait succédé, s'est éteint le 8 juillet 2020 à 61 ans, une semaine après avoir regagné son pays. Il avait séjourné deux mois en France où il avait été soigné pour des problèmes cardiaques. Amadou Gon Coulibaly était mort dans la clinique où il avait été transporté à la suite d'un malaise, durant le premier conseil des ministres auquel il assistait depuis son retour. 

Si le sort de ces disparus interpelle, en dehors de leur personnalité et de leur carrière, c'est entre autres parce qu'ils occupent un poste clé dans l'échiquier politique ivoirien, surtout en l'absence de vice-président. C'est le cas aujourd'hui en Côte d'Ivoire. Le scrutin présidentiel du 31 octobre 2020 était censé permettre de désigner un président et un vice-président. Mais pour l'heure, les Ivoiriens doivent se contenter uniquement du premier.  Selon la Constitution ivoirienne, "en cas de décès, de démission ou d'empêchement absolu du vice-président de la République, alors que survient la vacance de la présidence de la République, les fonctions de président de la République sont exercées par le Premier ministre"

Certains internautes conseillent déjà au nouveau locataire de la primature, Patrick Achi nommé le 8 mars, de démissionner de ses fonctions compte tenu du funeste sort de ses prédécesseurs. L'état de santé du nouveau Premier ministre, qui a rendu hommage à Hamed Bakayoko, à l'instar de l'ensemble de la classe politique ivoirienne, fait aussi l'objet de beaucoup de spéculations. 

Le flou autour de la santé de hauts responsables

Spéculations qui concernent également plusieurs dignitaires du régime qui ont eu des soucis de santé ces derniers mois, même si peu d'informations transpirent. Le président de l'Assemblée nationale, Amadou Soumahoro, est rentré de Turquie en février dernier après y avoir reçu des soins. Il avait même dû démentir des rumeurs annonçant sa mort quelques jours plus tôt. 

Son collègue du Sénat, Jeannot Ahoussou-Kouadio, s'est rendu en Allemagne  en juillet 2020 où il a été diagnostiqué positif au Covid-19. En décembre, la séance de clôture de la session ordinaire de la chambre haute du Parlement était présidée par sa première vice-présidente, Sarra Fadiga Sako. Jeannot Ahoussou-Kouadio, sur la santé duquel aucune information officielle n'est disponible depuis le 11 juillet, s'exprime néanmoins régulièrement via les réseaux sociaux sur la situation politique de son pays. Il a d'ailleurs récemment salué la mémoire d'Hamed Bakayoko. Quant au Conseil économique et social ivoirien, il n'a plus de président depuis la disparition de Charles Koffi Diby le 7 décembre 2019. 

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