Quatre clés pour comprendre comment le terrorisme frappe le Burkina Faso

Les attaques du 4 juin 2021 ont fait plus de 160 victimes civiles. 

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Des soldats tchadiens lors d'une opération avec le G5-Sahel et les forces françaises de l'opération Barkhane à Tin-Akoff, une commune dans l'extrême nord du Burkina Faso, en avril 2021. (FRED MARIE / HANS LUCAS)

Le Burkina Faso, pays pauvre du Sahel, vient de subir l'attaque la plus meurtrière depuis qu'il est la cible des violences jihadistes depuis 2015. Bilan : plus de 160 morts civiles, selon des sources locales, et des milliers de déplacés.

Que s'est-il passé ?

Vendredi 4 juin vers 2h du matin, plusieurs hommes armés circulant à moto s’attaquent à plus d’un village dans la région du Sahel, à l’extrême nord du Burkina Faso. Les assaillants s’en prennent d’abord à une caserne des Volontaires pour la défense de la patrie, milices d'auto-défense, puis ils exécutent sans distinction, hommes, femmes et enfants.

Cette incursion qui a duré plusieurs heures a fait au moins 160 morts. La majorité des victimes ont été recensées dans un site d’orpaillage qui jouxte le village de Solhan, dans la province de Yagha. De nombreuses habitations ont été incendiées et plus de 7 000 familles ont dû fuir leurs villages sur des routes souvent parsemées de mines artisanales. 

La carte du Burkina Faso avec au nord-est le village de Solhan, l'une des cibles des attaques terroristes du 4 juin 2021. (PAZ PIZARRO, CLÉA PÉCULIER / AFP)

Qui a mené ces attaques ?

Cette expédition meurtrière n’a pas été revendiquée. Le Groupe de Soutien à l'Islam et aux musulmans (GSIM lié à Al Qaïda) a nié toute implication dans ces attaques. Elles ont eu lieu dans une zone particulièrement dangereuse à la frontière avec le Mali et le Niger où sévissent plusieurs groupes armés rivaux liés à Al-Qaïda ou à l’organisation Etat islamique.

A priori, les groupes rivaux n’ont pas les mêmes méthodes opérationnelles. Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) vise plus particulièrement les représentants de l'autorité tandis que le groupe Etat Islamique dans le Grand Sahara cible les civils. Ils ont en tout cas une capacité de nuisance commune et sèment la terreur au Burkina Faso. Depuis six ans, les violences jihadistes, qui se sont intensifiées en 2019, ont fait plus de 1 400 morts et plus d'un million de déplacés.

Dans quel contexte ?

Le nord du Burkina Faso, comme une large partie du Mali et l'ouest du Niger, est une vaste région rurale peu habitée. Souvent enclavées, avec peu d'accès à l'éducation et aux services publics de base, les populations, dont de nombreux nomades pastoraux, sont parmi les plus pauvres du monde. Un terreau fertile à l’implantation de groupes radicaux. La zone est également connue pour ses nombreuses mines d'or artisanales qui constituent une source de financement importante pour les groupes armés. Selon une étude de l’Observatoire économique et social du Burkina (OES), citée par RFI, les terroristes ont récolté depuis 2016 plus de 140 millions de dollars dans des attaques contre les mines et l’exploitation artisanale de l’or.

Qui protège les civils ?

Comme au Mali ou au Niger voisins, l’armée du Burkina Faso est peu formée et peu équipée. Elle est retranchée dans des camps souvent installés dans la proche périphérie des centres urbains. Totalement dépassée depuis 2015, elle n'arrive pas à faire face. Pour pallier cette faiblesse, Ouagadougou a mis en place fin 2019 des supplétifs civils comme les Volontaires pour la défense de la patrie, mais l’essor de ce groupe paramilitaire a entraîné des représailles contre les civils, premières victimes du conflit sahélien. Le pouvoir actuel promet une réorganisation pour apporter "une réponse appropriée à la situation", sans toutefois dire comment.

Par ailleurs, des militaires étrangers – français de l'opération Barkhane et tchadiens de la force régionale du G5-Sahel (Mauritanie, Tchad, Burkina, Mali et Niger)  opèrent également dans le nord du Burkina Faso où ont lieu des opérations conjointes. Cette présence a permis de limiter les opérations jihadistes sans pour autant neutraliser les terroristes disséminés dans une région grande comme l’Europe.

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