Algérie : "un million de personnes dans la rue et aucune image à la télévision"

Les marches de protestation du 22 février contre la candidature de l’actuel président Abdelaziz Bouteflika à un 5e mandat n’ont pas été couvertes par la télévision publique, ni par les télés privées. Des journalistes du service public dénoncent le silence imposé par les autorités.

Une manifestante contre la candidature du président algérien pour un cinquième mandat, le 22 février 2019 à Alger 
Une manifestante contre la candidature du président algérien pour un cinquième mandat, le 22 février 2019 à Alger  (RYAD KRAMDI / AFP)

Combien y avait-il de manifestants dans toutes les villes d’Algérie vendredi 22 février pour protester contre le 5e mandat du président algérien, actuellement à Genève pour des "contrôles médicaux de routine" ? Très difficile de le dire. Sur les vidéos postées sur les réseaux sociaux, on en voit des dizaines de milliers, mais les autorités n’ont avancé aucun chiffre officiel. Idem du côté des manifestants. Les marches étaient spontanées, sans organisateurs. Selon Akram Kharief, fondateur du site Menadefense, spécialisé dans la défense et le renseignement qui cite de sources policières, ils étaient entre 800 000 et un million dans la rue.

Aucune image à la télévision, tant sur la chaîne publique, que sur les télévisions privées, ironiquement surnommées off-shore, de droit étranger, mais installées en Algérie. Elles sont tolérées, mais dépendent du bon vouloir du régime pour leur autorisation de diffusion. Ce qui expliquerait leur frilosité à aller contre le discours officiel et donc retransmettre les manifestations contre Abdelaziz Bouteflika.

"Nous sommes le service public et non des journalistes étatiques"

Samedi 23, une rédactrice en chef de la radio nationale, Meriem Abdou, a annoncé sur les réseaux sociaux qu'elle démissionnait de ses fonctions pour protester contre cette absence de couverture. Réaction immédiate de sa hiérarchie : son émission L'histoire en marche est supprimée. 

Après la démission de Meriem Abdou, la fronde s'est désormais propagée parmi les journalistes du service public. Des journalistes de la radio nationale algérienne ont dénoncé dimanche 24, dans une lettre à leur directeur, le silence imposé par leur hiérarchie sur les récentes manifestations en Algérie, dénonçant le "traitement exceptionnel" réservé au camp du président Abdelaziz Bouteflika.

"Nous sommes le service public et non des journalistes étatiques. La radio algérienne appartient à tous les Algériens (...) Notre devoir est de tous les informer. La décision de la hiérarchie de passer sous silence les grandes manifestations nationales de ce 22 février 2019 n'est que l'illustre enfer de l'exercice au quotidien de notre métier", ont-ils écrit dans leur lettre adressée au directeur général de la radio nationale, Chabane Lounakel.