Élections en Algérie : "À travers toutes ces manœuvres, le pouvoir continue d'essayer de gagner du temps"

Alors que l'actuel président algérien Adelaziz Bouteflika vise un 5e mandat qu'il s'est finalement engagé à ne pas terminer, Benjamin Stora, professeur d’histoire du Maghreb, y voit une manoeuvre du pouvoir pour gagner du temps.

 Des centaines de personnes ont manifeste place de la Republique a Paris, contre un cinquième mandat du president Algerien Abdelaziz Bouteflika.
 Des centaines de personnes ont manifeste place de la Republique a Paris, contre un cinquième mandat du president Algerien Abdelaziz Bouteflika. (?TATIF/WOSTOK PRESS / MAXPPP)

Des manifestations ont eu lieu encore dimanche contre la candidature du président algérien Abdelaziz Bouteflika, à la présidentielle du 18 avril. Il vise un cinquième mandat qu'il s'est finalement engagé à ne pas terminer. Le président propose de lancer une consultation nationale et de se retirer après une présidentielle anticipée. "À travers toutes ces manœuvres le pouvoir continue à essayer de gagner du temps", a estimé lundi sur franceinfo Benjamin Stora, professeur d’histoire du Maghreb, président du musée de l’Immigration.

franceinfo : Qui prend vraiment les décisions aujourd'hui ?

Benjamin Stora : C'est très difficile de percer les secrets de ce clan qui entoure le président algérien Abdelaziz Bouteflika, mais il est vraisemblable que ce n'est pas lui qui prend ce type de décision. Dans la déclaration lue hier soir à la télévision, il y a une question que tous les Algériens se posent, c'est : "Pourquoi ce chemin est si compliqué". Une conférence nationale, un référendum pour une Constitution, puis une élection anticipée alors qu'il suffirait que l'élection se tienne, mais peut-être sans Abdelaziz Bouteflika, c'est-à-dire avec d'autres candidats.

Abdelaziz Bouteflika est-il incapable de parler devant une caméra et à son peuple ?

Cela fait longtemps qu'Abdelaziz Bouteflika ne parle quasiment plus, depuis son accident de 2013, son AVC, et ceux qui participent aux réunions, au meeting, aux manifestations pour soutenir sa candidature le font très souvent devant une photographie.

Le clan d'Abdelaziz Bouteflika est-il prêt à tout pour rester au pouvoir ?

C'est ce que constate une très grande majorité d'Algériens. Il y a là toute une série de manœuvres, mais il n'y a pas la volonté simple, directe, de dire que ce président âgé de 82 ans n'est pas en mesure de gouverner. On voit à travers toutes ces hésitations, manœuvres, que ce pouvoir continue à essayer de gagner du temps.

Le fait qu'Abdelaziz Bouteflika n'aille pas au bout de son mandat n'a pas calmé les manifestants. Pourquoi ?

Le mouvement est profond, extrêmement important, il est parti de la jeunesse et s'est étendu à l'ensemble des catégories sociales de la société et à l'ensemble des villes du pays, ce qui est très rare en Algérie. Cela me fait penser à une révolution de velours, des manifestations pacifiques qui ne veulent pas d'affrontements.

En France, les Algériens se sont aussi mobilisés. Quel poids cela peut-il avoir ?

C'est important parce qu'il y a une très grande diaspora algérienne en France, établie là depuis des années. Il faut compter entre un et deux millions d'Algériens qui sont franco-algériens ou algériens vivant en France depuis plusieurs années. La France agit, comme cela a toujours le cas, comme une caisse de résonnance par rapport à ce qu'il se passe à l'intérieur du pays. Donc les mouvements et les manifestations de la diaspora algérienne sont toujours observés avec beaucoup d'attention en Algérie. Emmanuel Macron sera obligé de parler sur cette question-là, même s'il a observé une grande prudence par rapport au fait que toute intervention serait jugée comme une forme d'ingérence. Mais-là, tôt ou tard, il faudra s'exprimer.