Témoignages "Je culpabilise de plus en plus de prendre l'avion" : ces Français racontent pourquoi ils préfèrent le train pour partir en vacances

Alors que les épisodes de canicule se succèdent depuis le début de l'été, rendant encore plus concret les effets du réchauffement climatique, les voyageurs que nous avons rencontrés ont décidé de réduire l'empreinte-carbone de leurs vacances.

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Radio France
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Photo d'illustration de voyageurs dans une gare allemande. (DANIEL BOCKWOLDT / DPA)

Depuis que son frère a emménagé à Berlin, il y a trois ans, Yann Moszynski avait pris l'habitude de lui rendre visite en avion. À 29 ans, cet habitant des Yvelines dit faire partie d'une génération "qui a bien profité des vols low cost". Mais cet été, il a décidé de prendre le train : "Avec la canicule, les rapports du GIEC qui sortent les uns après les autres et le fait que le dérèglement climatique est indéniable, c'est un fait, je culpabilise de plus en plus de prendre l'avion". Jusqu'ici, il avait était découragé par "des retours plutôt négatifs qui disaient que c'était long, compliqué, pas fiable et cher." 

Un bilan carbone divisé par 25

Tout au contraire, Yann tire de cette première expérience un bilan positif. Des wagons confortables avec "un wifi stable", pas de limite de bagages comme dans les avions. Et puis "il n'y a pas tout le stress et l'attente pour la sécurité" de l'aéroport, souligne-t-il. Il retient aussi l'arrivée "directement en centre-ville" de Berlin, de quoi relativiser les huit heures de trajet en train (avec correspondance à Francfort), sachant que les deux capitales peuvent être reliées en moins de deux heures par avion. En réservant trois semaines à l'avance, le trentenaire a obtenu un aller simple pour 130 euros. Un tarif que certains jugeront sans doute dissuasif même si, "de mémoire, précise-t-il, l'avion était un peu plus cher, aux alentours de 180 euros".

Si l'on se penche sur son bilan carbone, les chiffres sont éloquents : un vol Paris -Berlin émet 111 kg d'équivalent CO2 par personne, contre seulement 4,5 kg pour la même distance en TGV, selon le comparateur de l'Agence de la transition écologique (Ademe). Yann a donc divisé par 25 ses émissions de gaz carbonique. En moyenne, explique l'Ademe, le train pollue huit fois moins que la voiture et 14 fois moins que l’avion. Alors que le transport représente un quart des gaz à effet de serre émis par l'Union européenne et que l'objectif des 27 est la neutralité carbone d'ici 2050, le développement du ferroviaire apparaît ainsi comme un levier incontournable. 

Ils racontent pourquoi ils préfèrent le train pour partir en vacances : le reportage de Valentine Joubin
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Quinze jours de vacances, deux jours de trajet

Florence Baron en a bien conscience : elle n'a pris l'avion qu'une seule fois ces dix dernières années. Par convictions écologiques, elle choisit des destinations de vacances accessibles en train, en France et en Europe. Cet été, la trentenaire se rend à Copenhague, au Danemark, avec des amis. Ils seront neuf au total au départ de Paris : "C'est un peu l'expédition, sourit-elle. À peu près 15 heures de trajet avec plusieurs correspondances. Il faut traverser toute l'Allemagne et donc ça prend une journée de trajet aller, une journée de trajet retour."

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Deux jours de transport sur deux semaines de vacances et 250 euros de billets par personne... Un investissement non négligeable, même si tous étaient convaincus par la démarche dès la naissance de ce voyage : "Ça voulait dire qu'on allait se mettre d'accord sur le fait qu'on mettait plus dans les transports qu'un trajet qu'on aurait pu faire en avion. Disons que ça fait partie des vacances. C'est une autre façon de voyager", résume Florence. 

"Les tarifs sont de moins en moins avantageux pour l'avion", tempère Cloé Chevron, co-autrice du rapport du Réseau Action Climat pour la relance du ferroviaire en France et experte pour le cabinet Egis conseils. Bien que le kérosène ne soit toujours pas taxé - malgré la volonté de certains pays européens -  le coût de ce carburant augmente et "les trajets en avion vont coûter de plus en plus cher, affirme-t-elle. Et je crois, que les compagnies ferroviaires ont compris qu'il fallait limiter, de leur côté, les prix des billets."

Des sites de réservation pas "optimisés"

Reste que rien ne semble fait pour faciliter les réservations des voyageurs européens. "Le site de la SNCF, je crois qu'il n'est pas encore tout à fait optimisé pour des voyages internationaux", euphémise Yann Moszynski, qui vante les mérites du site Trainline. Certaines compagnies sont "plus à l'écoute que d'autres", avance, pour sa part, Coraline Brabander. Pour voyager avec son fils de 9 ans et leurs deux vélos entre Berlin et Budapest, la Lyonnaise a bénéficié de l'assistance téléphonique de la Deutsche Bahn, société publique ferroviaire allemande : "Il y a une personne qui parle français et qui est vraiment très attentionnée. J'ai passé plusieurs heures au téléphone avec lui pour trouver les bons trajets qui permettent de mettre les vélos dans le train sans les démonter".

Cinquante ans après la création du pass interrail, il n'y a toujours pas à proprement parlé de politique de tarfication européenne, ni de plateforme de réservation unique. Les infrastructures sont là mais l'offre reste fragmentée, explique Cloé Chevron : "Les marchés ferroviaires français et européens ne sont pas très bien interconnectés."

"Aujourd'hui on est sur des marchés très domestiques avec quelques exceptions de lignes internationales mais on n'a pas finalement de réseau européen de voyages ferroviaires".

Cloé Chevron, experte du marché ferroviaire

à franceinfo

Les adeptes du rail, et en particulier du wagon-lit, ont quand même eu de quoi se réjouir ces derniers mois : l'ouverture du train de nuit Paris-Vienne le 13 décembre dernier avec trois trajets (de 14 heures) par semaine dans chaque sens et l'annonce, le 24 mars, du lancement par la SNCF et la Deutsche Bahn d'un TGV direct entre Paris et Berlin (7 heures de trajet) en décembre 2023. Une nouvelle compagnie baptisée Midnight Trains, promet de son côté des "hôtels sur rail" à partir de 2023 en relançant notamment la ligne Paris-Venise abandonnée par la compagnie italienne Trenitalia.

"Des coups marketing, juge Cloé Chevron. Derrière, il n'y a aucune rentabilité", faute d'une demande suffisante. Pour que ces lignes deviennent rentables, poursuit l'experte, il va falloir convaincre les habitués de l'aérien de passer au ferroviaire : "Je pense qu'il faut vraiment passer des messages sur des ratios d'empreinte écologique train versus avion." Cloé Chevron estime même que les autorités et les médias devraient faire l'éloge de la lenteur : "Il faut que les gens arrêtent de vouloir relier un point A à un point B en deux heures, c'est tout."

"Une fois qu'on aura convaincu les personnes que, dans quinze jours de voyage, il faut deux jours de transport, alors, ils pourront prendre le train." 

Cloé Chevron, experte du transport ferroviaire

à franceinfo

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Mais en dehors de l'image d'épinal du célèbre transsibérien ou du mythique Orient-Express, les longs voyages en train font-ils encore rêver les vacanciers ? "C'est vrai que dans l'imaginaire commun, c'est quelque chose qui est moins sexy que de s'envoler au dessus de la mer, avance Yann Moszynski.On va voir tous nos copains poster des stories à l'aéroport, dans l'avion, par le hublot. Et c'est vrai qu'on voit peu de gens mettre en avant le voyage en train", reconnaît-il. 

Et c'est précisément ce qui l'a poussé à partager son expérience sur les réseaux sociaux : "Je pense que plus on peut être nombreux à faire ça, plus on peut espérer changer les comportements." Une démarche initiée dès 2019 par Gwenaëlle Michels et Victor Gérard, créateurs du site voyagerentrain. Le couple distille conseils pratiques, anecdotes et photos collectés au grès de leurs itinéraires ferrés accompagnés de leurs deux filles. Le réseau ferroviaire français est le deuxième réseau d’Europe en longueur, avec 27 594 kilomètres, selon un recensement de 2018. Il est précédé par l’Allemagne avec 38 416 kilomètres et la Pologne (19 235 kilomètres).

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