Stockage dans les sols, recyclage des eaux usées, création d'espaces verts… Quelles sont les pistes pour économiser l'eau à long terme ?

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Le lac de Montbel (Ariège) en pleine période de sécheresse, le 2 août 2022.  (FREDERIC SCHEIBER / HANS LUCAS / AFP)

De nombreux départements sont actuellement confrontés à des restrictions d'eau pour faire face à la sécheresse. A plus long terme, d'autres solutions sont envisageables, explique l'hydrogéologue Marie Pettenati.

"Plus d'une centaine de communes en France" sont privées d'eau potable et approvisionnées par des camions, a fait savoir vendredi 5 août le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu. L'Hexagone a connu son mois de juillet le plus sec "depuis juillet 1959" selon le ministre. Elisabeth Borne a activé une cellule interministérielle de crise pour coordonner les moyens de l'Etat face à la "sécheresse exceptionnelle" que traverse la France.

Si des mesures de restriction sont déjà imposées au niveau des collectivités territoriales pour lutter contre les risques de pénurie, quelles sont les pistes envisagées à long terme pour économiser les ressources en eau ? Marie Pettenati, hydrogéologue au bureau de recherche géologique et minière (BRGM) répond à Franceinfo.

Quelles sont les différentes pistes pour mieux gérer les ressources en eau à l'avenir ou économiser plus intelligemment l'eau sur le long terme ?

Marie Pettenati : De nombreuses mesures de sobriété ont déjà été instaurées pour mieux économiser l'eau. Chez le consommateur, de nombreuses campagnes de sensibilisation ont déjà été faites pour appeler à la vigilance.

Dans le milieu industriel, certaines entreprises pensent à optimiser leurs chaînes de production en donnant une seconde vie à l'eau qu'ils ont déjà utilisée. C'est une initiative qu'il serait intéressant d'exploiter. Dans le milieu agricole, des mesures comme la micro-irrigation vont permettre d'éviter les fuites sur les réseaux d'eau potable. L'agroécologie développée ces dernières années entraîne également des réflexions sur une adaptation des pratiques et notamment une meilleure conservation des sols qui puisse permettre que l'eau soit mieux retenue.

"Il faut accélérer l'implémentation de ces techniques d'innovation et travailler à la formation des personnels sur le terrain."

Marie Pettenati, hydrogéologue au BRGM

à franceinfo

Autre technique : la réutilisation des eaux usées, qui permet d'avoir une ressource de substitution à l'eau potable quand celle-ci vient à manquer. Cette solution est déjà beaucoup utilisée à l'étranger, comme en Namibie, qui produit une partie de son eau potable directement à partir d'eaux usées depuis une cinquantaine d'années.

En France, la réutilisation des eaux usées se fait encore de manière très localisée. En ce sens, à Clermont-Ferrand, un groupement d'agriculteurs utilise l'eau traitée par la station d'épuration de la ville depuis plusieurs années. Mais on compte ce type d'initiative sur les doigts de la main. Avant cet épisode de sécheresse, nous ne ressentions pas un besoin aussi prégnant d'y avoir recours. Aujourd'hui, il faudrait accélérer son usage. Depuis 2010, un arrêté encadre sa mise en place pour l'irrigation des cultures ou des espaces verts. Les réglementations existent, les outils aussi. Il ne reste plus qu'à mobiliser des structures pour mettre en œuvre cette réutilisation.

Comment pourrait-on mieux exploiter les sols pour économiser l'eau ?

M.P : Les eaux souterraines sont déjà largement utilisées. Au total, 62% de l'eau potable en France est prélevée dans les eaux souterraines (selon une étude du BRGM). Aujourd'hui, l'enjeu, c'est de ne pas relâcher l'attention à leur sujet et d'optimiser leur utilisation et leur gestion en les connaissant encore mieux. Il faut pouvoir mieux anticiper les futurs niveaux – potentiellement bas – de ces nappes phréatiques en travaillant à leur recharge.

Il faudrait également penser plus en profondeur le stockage de l'eau dans les sols, qui permettrait de retenir des quantités de ressources et d'en disposer pour un usage futur. En d'autres termes, cela reviendrait à stocker des volumes d'eau très importants à des moments où on en a le plus (en hiver, par exemple, lors de périodes de fortes précipitations) pour les réutiliser de manière différée, lorsqu'on en a le plus besoin.

Ce stockage permet un écoulement, voire une évaporation de l'eau moins rapide qu'en surface. Il peut d'abord être effectué à partir des eaux pluviales. C'est déjà le cas de la métropole de Lyon, qui les réinfiltre directement dans ses eaux souterraines, à proximité du Rhône, pour que ces eaux puissent ensuite réintégrer les eaux du fleuve. Ce stockage peut aussi se faire à partir des eaux usées. C'est le cas en Californie.

"L'eau souterraine est une ressource invisible. Nous avons du mal à comprendre comment la préserver mais elle est essentielle."

Marie Pettenati, hydrogéologue au BRGM

à franceinfo

A plus long terme, il est également possible de penser à perméabiliser les sols, notamment en zones urbaines, en multipliant les espaces verts et les zones humides. Il s'agit donc par exemple, dans les villes, de penser les nouveaux quartiers en prenant en compte la composante de l'eau.

Pourquoi les retenues d'eau, défendues par les agriculteurs, ne sont pas une bonne solution pour lutter contre les pénuries ?

M.P : Les retenues d'eau sont problématiques parce qu'elles entraînent des pertes non négligeables. Face à des températures très élevées, cette eau contenue dans des bassines, à l'air libre, est soumise à évaporation. Elle peut aussi être exposée à des risques de contamination.

>>Dans les Deux-Sèvres, face à la sécheresse, stocker de l'eau dans des "méga-bassines" ne coule pas de source

Les bassines mobilisent un volume d'eau important à un endroit très localisé, ce qui peut avoir des conséquences sur les niveaux des cours d'eau. Il faut comprendre l'urgence des agriculteurs et le besoin de mettre en place des solutions dans l'immédiat. Mais il faut surtout pouvoir leur proposer de nouvelles solutions durables.

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