Vague de chaleur : pourquoi la journée de lundi risque d'être l'une des plus chaudes jamais enregistrées en France

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France Télévisions
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Une femme s'hydrate dans les rues de Cours (Rhône), le 16 juillet 2022, alors que la France traverse un épisode de chaleur. (ADRIEN FILLON / HANS LUCAS)

Quinze départements de l'ouest de la France ont été placés en vigilance rouge, dimanche et 51 autres en orange. Certains records de températures risque d'être battus en début de semaine.

La France affronte sa 45e vague de chaleur depuis 1947. Et c'est peut-être l'une des pires. La journée du lundi 18 juillet risque, en effet, d'être l'une des plus chaudes jamais enregistrées à l'échelle du pays, d'après les prévisions de Météo France qui a placé, dimanche, 15 départements en vigilance rouge, et 51 autres en orange.

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La moyenne des températures mesurées dans 30 stations de l'Hexagone ne devrait pas menacer le record de 29,4°C enregistré le 25 juillet 2019. Mais elle sera "très certainement dans le top 10" de ce classement aujourd'hui trusté par les canicules d'août 2003 et de juillet 2019, explique Olivier Proust, météorologue à Météo France, à franceinfo. Les 40 °C seront en tout cas souvent "approchés, atteints ou dépassés" lors de ce point culminant de l'épisode caniculaire.

Un "couvercle" anticyclonique à l'œuvre

Les canicules sont produites par des situations météorologiques qui peuvent avoir différents facteurs. En l'occurrence, les récentes prévisions reposent tout d'abord sur la mise en place progressive d'un dôme de chaleur, durant toute cette semaine passée. Ce phénomène est dû aux hautes pressions observées entre le Maroc, la France et le Royaume-Uni. En conséquence, "l'air plonge dans l'atmosphère par un mouvement descendant", explique Olivier Proust, "et subit une surchauffe en gagnant le sol".

Cette chaleur est en quelque sorte "coincée" sous une chape anticyclonique et s'installe donc dans la durée. La particularité de ce phénomène est de provoquer "des vagues durables, étendues et statiques" : la température évolue peu d'un jour à l'autre et de vastes régions sont concernées. "Vous faites mijoter en fermant le couvercle", illustre Olivier Proust. Les températures, ainsi, ont "doucement grimpé" depuis le début de la semaine, un peu partout sur le territoire, au point d'atteindre des niveaux exceptionnels dans le Sud, "où l'on a encore battu des records" samedi.

Une "bouffée" d'air chaud à venir

Voici pour pour la première composante. Ensuite, une "dépression d'altitude, actuellement située au sud-ouest du Portugal", vient encore compliquer la donne, précise Météo France. Elle va déclencher un autre mécanisme à l'origine de chaleurs extrêmes, désigné depuis peu sous le terme de "panache de chaleur", même si ce phénomène est connu et ancien. Il ne s'agit plus d'un phénomène statique mais dynamique. "C'est une bouffée d'air particulièrement chaude, conduite par un système dépressionnaire d'altitude qui campe dans une zone", explique Olivier Proust – au large de la péninsule ibérique, en l'occurrence.

"Elle induit à l'avant des courants qui transportent de l'air très chaud", à la manière d'une langue qui balaye tout sur son passage. Le Portugal fait déjà les frais de ce phénomène. Ce système, qui se rapproche du golfe de Gascogne, remonte progressivement sur la façade atlantique. La combinaison des deux phénomènes produit déjà une canicule durable dans le Sud, qui s'intensifie encore dimanche et lundi. Par ailleurs, "la bouffée de chaleur devient prépondérante vers le nord : les températures, déjà excessives, vont encore prendre 4 ou 5 °C."

"Ce phénomène de panache de chaleur ne va pas durer très longtemps", ajoute toutefois Olivier Proust. "La façade atlantique va suffoquer dimanche et lundi, jusqu'en Bretagne, avant de se décaler rapidement vers les îles britanniques, le nord de la France et l'Est." Il laissera place mardi "à une masse d'air plus tempérée, conduite par les vents d'ouest sur la façade atlantique".

"Avec le dôme de chaleur, vous laissez mijoter avec le couvercle. Avec le panache de chaleur, vous ouvrez le couvercle mais vous mettez le feu.

Olivier Proust, météorologue à Météo France

à franceinfo

Ce "panache de chaleur" va devenir prépondérant. Cela veut dire que "nous allons cuire sur tout le pays, mais pas en même temps", résume Olivier Proust. Au contraire d'une canicule reposant essentiellement sur un dôme de chaleur, comme en 2003, qui avait entraîné un épisode généralisé de quinze jours.

Des chaleurs "phénoménales" partout

En résumé, Météo France surveillera lundi une large partie de la France allant de l'Aquitaine à la Bretagne. "Avec le vent, il y aura des effets de relief, et les températures pourront être très élevées y compris au nord de la Bretagne, de l'autre côté du massif qui occupe le centre de la région", explique Olivier Proust. Le météorologue n'exclut pas des températures pouvant atteindre 40 °C. Et pourquoi pas 39 °C à Brest, alors que le record historique est aujourd'hui de 36 °C. 

La Corse-du-Sud, l'Ain, l'Allier et et le Puy-de-Dôme faisaient encore, samedi soir, figure d'îlots verts dans la carte de vigilance de Météo France. Inutile, toutefois, de s'y ruer en espérant trouver des températures plus douces en journée. "Les températures minimales y sont encore relativement respirables", précise Olivier Proust, "ce qui ne justifie pas une alerte canicule", qui repose sur de nombreux critères et relève davantage du système de prévention sanitaire.

Les termes "dôme de chaleur" et "panache de chaleur", assez nouveaux, décrivent des phénomènes qui ont toujours existé dans l'atmosphère. A ceci près, souligne Olivier Proust, qu'ils mettent désormais en jeu des "températures phénoménales".

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