Twitter, SpaceX, Tesla... Elon Musk, l'entrepreneur et innovateur qui ne se fixe aucune limite

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France Télévisions
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Le milliardaire sud-africain Elon Musk lors de la visite de l'usine Tesla à Grünheide, en Allemagne, le 17 mai 2021. (PICTURE ALLIANCE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Après avoir révolutionné l'industrie automobile et le voyage spatial, celui qui veut "construire un meilleur futur" est sur le point de s'offrir de Twitter. Portrait d'un homme qui voit loin et haut, sans se soucier des moyens pour y arriver.

"Ça coûte combien ?" On est en 2017 et sur Twitter, Elon Musk s'interroge sur le prix du réseau social, qu'il adore. Cinq ans plus tard, le milliardaire de 50 ans connaît la réponse : il a annoncé, lundi 25 avril, qu'il allait débourser 44 milliards de dollars pour en racheter 100% des parts. Après les étoiles (SpaceX), les transports (Tesla, Hyperloop), les infrastructures (The Boring Company), la science (Neurolink) ou les cryptomonnaies, l'homme à la fortune estimée à 219 milliards de dollars (208 milliards d'euros), selon Forbes, agrandit donc encore son empire. Sur "un caprice", avance l'auteur de Elon Musk : l'entrepreneur qui va changer le monde (Eyrolles, 2017), Ashlee Vance, dans Politico*. 

"Il suit généralement ses intuitions, pour le meilleur ou pour le pire. Cela fonctionne plutôt bien pour lui dans l'ensemble", dépeint son biographe, qui qualifie le milliardaire de "plus grand preneur de risques au monde". Rien ne serait donc impossible à ses yeux ? Né le 28 juin 1971 à Prétoria (Afrique du Sud), fils d'une mannequin et d'un ingénieur, petit-fils d'un aventurier, Elon Musk a vécu dans un milieu aisé, sans barrières. "Mon père disait : 'Vivez dangereusement… en faisant attention.' Il ajoutait : 'Il n'y a rien qu'un Haldeman ne puisse faire.' C'est ce que j'ai toujours cru et je l'ai probablement montré à mes enfants. Maintenant, c'est : 'Il n'y a rien qu'un Musk ne puisse faire'", écrit sa mère, Maye Musk, dans ses mémoires A Woman Makes a Plan (Penguin Life, 2019).

"Dans cinq ans, vous êtes tous morts"

Elon Musk a 18 ans quand il s'envole pour le Canada avec 2 500 dollars en poche, comme il l'a raconté dans un tweetDu Canada, il traverse la frontière et rejoint la prestigieuse université de Pennsylvanie, à Philadelphie (Etats-Unis), pour étudier l'économie et la physique, rapporte Le Monde (article payant). Mais il lorgne plutôt sur la côte ouest et la Silicon Valley, épicentre de la "tech" et de l'innovation. L'endroit idéal pour celui qui avoue à Challenges (article payant) : "Je n'aurais jamais pu créer ailleurs ce que j'ai fait ici."

En Californie, il fait fortune grâce à internet. Il fonde, en ligne, un annuaire (Zip2) et une banque (X.com) qui débouchera sur Paypal. En 2002, après le rachat du service de paiement par eBay pour 1,5 milliard de dollars, Elon Musk touche le jackpot : 180 millions de dollars. Sa fortune est faite. Il se lance alors dans la conquête spatiale avec l'ambition de tout révolutionner. Durant un salon consacré à l'espace en 2005, il déclare, plein d'assurance, aux dirigeants d'Arianespace, ILS et Sea Launch : "Dans cinq ans, vous êtes tous morts." Son entreprise Space X a alors 3 ans. "Tout le monde lui a ri au nez et aujourd'hui, plus personne ne rigole", remarque le spationaute Jean-François Clervoy, connaisseur du secteur qui a réalisé trois vols dans l'espace pour la Nasa. Même si sa prédiction ne s'est pas entièrement réalisée.

Coups de pouce salvateurs

Elon Musk a plusieurs fois failli tout perdre avant de détrôner Jeff Bezos au palmarès des hommes les plus riches au monde : les trois premiers vols de SpaceX ont explosé, Tesla n'a pas produit de voitures pendant deux ans et sa faillite a été maintes fois annoncée. "L'entrepreneuriat, c'est une énorme montagne russe, on ne peut aller tout en haut, sans être allé tout en bas", analyse Jade Le Maître, entrepreneuse dans la robotique.

Pour Tesla, dans laquelle il a investi en 2006, Elon Musk a mouillé la chemise, confiant à Business Insider* avoir parfois dormi dans son bureau. Il n'en oublie pas de dire "merci". "Daimler a investi 50 millions de dollars en mai 2009, ce qui nous a sauvés. Sans elle, cela aurait été la fin de partie", rappelle-t-il à ses actionnaires en 2016. Pour SpaceX, il a pu compter sur la Nasa, alors que le gouvernement américain voulait économiser les coûts des voyages vers la Station spatiale internationale (ISS). En décembre 2008, la Nasa alloue, sur la base d'un premier lancement réussi de SpaceX un peu plus tôt dans l'année, 1,6 milliard de dollars pour réaliser douze vols vers l'ISS.

"Je suis incroyablement redevable à la Nasa d'avoir soutenu SpaceX alors que mes fusées s'étaient crashées. Je suis le plus grand fan de la Nasa", remercie Elon Musk au congrès mondial de l'astronautique de 2016 à Guadalajara (Mexique). Chance ou véritable savoir-faire pour créer et saisir les opportunités ? "Selon moi, on n'arrive pas à son niveau sans avoir réussi à créer des liens de confiance avec les bonnes personnes qui lui permettent de concrétiser ses projets", répond Nolwenn Germain, dirigeante d'un cabinet de conseil en innovation et marketing.

"Elon Musk aime 'disrupter' le monde, il faut lui reconnaître qu'il arrive à emmener les foules avec lui, et ça tout le monde ne peut pas le faire, il sait nous faire rêver."

Nolwenn Germain, dirigeante d'un cabinet de conseil en innovation et marketing

à franceinfo

Aujourd'hui, Tesla affiche un profit record de 5,5 milliards de dollars en 2021 et Space X a signé un contrat d'exclusivité avec la Nasa, à 2,9 milliards de dollars, pour envoyer des astronautes américains sur la Lune.

"Une réalisation impossible"

Mais, le retour à la réalité peut briser quelques rêves, à l'image de cette vitre du Cybertruck de Tesla, présentée comme incassable par Elon Musk, et pourtant fracassée à cause d'une boule en acier.

Car le milliardaire a tendance à promettre très grand, très tôt. Au risque de déformer la réalité. L'Hyperloop, ce projet de transport en commun super-rapide dans un tube dépressurisé ? Le premier tronçon conçu près de Los Angeles coûterait au moins dix fois plus cher que les estimations données par Elon Musk en 2013, d'après Forbes*. Neuralink, son projet d'interface homme-machine implantée dans le cerveau ? L'entreprise n'a jamais expliqué comment le système pourrait soigner les maladies évoquées, de la dépression à l'insomnie.

"C'est quelqu'un qui peut se permettre d'avoir des caprices, même si certains se heurtent à une réalisation impossible."

Jade Le Maître, directrice générale d'une société spécialisée dans la robotique

à franceinfo

Ce n'est rien à côté de son ambition ultime : "créer une ville autosuffisante sur Mars" et "permettre à l'humanité de devenir une civilisation spatiale", expliquait-il à Time*. Un projet qui a de nombreux obstacles devant lui"Ce n'est pas insensé dans le concept, affirme Jean-François Clervoy, mais au niveau du calendrier, ça l'est totalement. Il promettait en 2017 qu'il pourrait envoyer 40 personnes sur Mars à bord de Starship en 2024. Son vaisseau en deviendra peut-être capable dans les prochaines années, mais d'autres facteurs humains prendront beaucoup plus de temps avant d'être maîtrisés."

Des promesses à haut risque

Cette grandiloquence est aussi une des raisons de son succès. "Il est pris dans un engrenage. S'il n'annonce pas un nouveau projet ou une nouvelle innovation tous les deux, trois mois, il perd en crédibilité", considère Jade Le Maître. Et si elles ne marchent pas, peu importe : "Si cela ne fonctionne pas, lui et toutes les personnes qui l'accompagnent en auront retenu des choses", explique Nolwenn Germain. Mais cela vire parfois au drame, comme pour ce conducteur de Tesla mort et ces 17 autres blessés entre 2018 et 2021, dans des accidents impliquant l'"Autopilot", le système de pilotage automatique de Tesla. L'agence américaine de la sécurité routière (NHTSA) a ouvert une enquête en août dernier.

Ce n'est pas la seule promesse d'Elon Musk qui a attiré l'attention de la justice. En 2018, il affirme dans un tweet avoir réuni les fonds nécessaires pour racheter toutes les actions de Tesla au prix de 420 dollars par action.

Les cours s'affolent et le gendarme des marchés financiers américains l'attaque en justice. Il détermine finalement qu'il a menti, rapporte Bloomberg* : il n'avait pas les fonds. Il justifiera ce tweet, qui a ébranlé Wall Street, dans une interview au New York Times*, assurant être épuisé en raison des difficultés rencontrées par Tesla. Comme Donald Trump, Elon Musk a trouvé en Twitter un terrain de jeu où les conséquences de ses actions peuvent le dépasser. 

Pour de nombreux détracteurs, les projets d'Elon Musk ne résoudront par ailleurs pas les problèmes qu'ils ciblent. Pire, ils pourraient en créer d'autres. Le premier tunnel souterrain de The Boring Company, censé réduire les bouchons, a aussi connu ses embouteillages, comme le remarque le site Mashable*. Et si le site officiel mentionne des sorties de secours, il n'explique pas comment le tunnel pourrait être libéré en cas d'accident ou d'inondation.

Celui qui affirme dans Rolling Stone* que le changement climatique est "la plus grande menace à laquelle doit faire face l'humanité sur ce siècle" n'est pas à une contradiction près : ainsi propose-t-il des solutions axées sur la colonisation spatiale et des véhicules individuels... bien loin de la sobriété recommandée par le Giec. Ses projets sont cependant cohérents avec sa définition de la liberté, à savoir "le plus grand nombre d'actions futures possibles", comme il l'écrit sur Twitter.

"Si vous ne venez pas samedi, ne revenez pas lundi"

Ce comportement individualiste se retrouve dans ses relations. Elon Musk est souvent décrit comme impulsif et changeant. Après son deuxième divorce, il demandait à son biographe : "Combien de temps par semaine faut-il consacrer à une femme ?", cite Le Monde. Ces problèmes d'empathie se manifestent aussi à travers son management. "Dans le hall de SpaceX, il y a ce poster : 'Si vous ne venez pas samedi, ne revenez pas lundi'", rapporte Jean-François Clervoy. Le bourreau de travail entend appliquer sa philosophie à tous ses employés, quitte à enfreindre leurs droits : Tesla a ainsi été condamnée pour avoir licencié un employé syndicaliste, rapporte le New York Times*. L'entreprise a aussi été visée par des plaintes pour discrimination raciale et harcèlement sexuel.

En rachetant Twitter, Elon Musk sera directement confronté à une myriade de nouvelles règles, différentes selon le pays et les magasins d'applications (App Store, Google Play Store. Saura-t-il "débloquer" le "formidable potentiel" du réseau social, comme il l'a écrit*, tout en les respectant ? "Je n'ai pas toutes les réponses, déclarait-il à Rolling Stone. J'essaie de trouver un ensemble d'actions (...) qui a plus de chances de conduire à un meilleur futur. Si vous avez des suggestions à ce sujet, s'il vous plaît, faites-m'en part." Sur une certaine plateforme, des millions de personnes ont déjà répondu à l'appel.

* Tous les liens suivis d'un astérisque pointent vers des contenus en anglais.

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