Ce que l'on sait de l'accident de chasse qui a coûté la vie à une randonneuse de 25 ans dans le Cantal

Une jeune femme a été tuée par une balle perdue, tirée lors d'une battue. Une chasseuse de 17 ans a été placée dimanche en garde à vue pour "homicide involontaire".

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Le lieu où une randonneuse a été tuée par une balle perdue à Cassaniouze (Cantal), le 19 février 2022. (MAXPPP)

Une promenade qui vire au drame. Une jeune femme de 25 ans a été tuée par une balle perdue, samedi 19 février. La victime se promenait avec son compagnon quand elle a été atteinte par le projectile tiré lors d'une battue sur le territoire d'une commune située près d'Aurillac (Cantal). Une adolescente de 17 ans, suspectée d'être l'auteure du tir mortel, a été placée en garde à vue dimanche matin. Une enquête est ouverte pour "homicide involontaire". Voici ce que l'on sait de cet accident de chasse mortel et des réactions politiques qu'il a entraînées.

La victime se promenait sur un chemin balisé

La jeune femme randonnait samedi après-midi avec son compagnon sur un sentier balisé, lorsqu'une balle perdue l'a fauchée, selon les informations de France Bleu. La victime a été atteinte "sur la partie gauche du corps", d'après le procureur d'Aurillac. Les secours ne sont pas parvenus à la réanimer, relate France Bleu. Elle est morte "sur place", a précisé le procureur, au lieu-dit La Bécarie à Cassaniouze.

Une chasseuse de 17 ans est en garde en vue

L'accident s'est produit aux alentours de 15 heures, en marge d'une battue aux sangliers organisée par l'association communale de chasse agréée de Cassaniouze, a confirmé à La Montagne son président, Jean-Pierre Boulanger. La battue avait débuté dans l'Aveyron et se poursuivait dans le Cantal voisin, a précisé le parquet.

L'auteure présumée du tir est une chasseuse de 17 ans, selon le procureur. La jeune fille, "choquée", a d'abord été "prise en charge médicalement", a ajouté le magistrat. Transportée à l'hôpital d'Aurillac, elle n'a pu dans un premier temps être entendue par les forces de l'ordre. La jeune fille a finalement été placée en garde à vue dimanche matin. Celle-ci a été prolongée dans la soirée, selon le procureur de la République d'Aurillac.

Une enquête est ouverte pour "homicide involontaire"

Une enquête a été ouverte du chef d'"homicide involontaire". L'affaire a été confiée à la brigade de recherche d'Aurillac, a rapporté le parquet. On sait déjà que la jeune chasseuse a été testée négative aux stupéfiants et à l'alcool. En France, un mineur peut, à partir de 15 ans, pratiquer la chasse en présence et sous la responsabilité d'un accompagnateur, rappelle le site Service public.

Les écologistes demandent l'interdiction de la chasse le week-end

En pleine campagne présidentielle, et alors que la chasse et ses accidents font régulièrement débat, la secrétaire d'Etat chargée de la Biodiversité, Bérangère Abba, a réagi sur Twitter samedi soir, évoquant un "drame insoutenable et inacceptable", et promis que "les décisions suivront, pour que plus jamais ça".

Plusieurs personnalités politiques, écologistes en tête, ont réclamé dimanche l'interdiction de la chasse le week-end et les vacances scolaires. "Il nous faut plus réglementer cette activité, il y a urgence", a insisté dès samedi le candidat d'Europe Ecologie-Les Verts Yannick Jadot sur Twitter, en envoyant ses "pensées" aux proches de la victime.

"Interdiction de la chasse le week-end et les vacances scolaires, a minima", a ajouté Sandrine Rousseau, finaliste de la primaire écologiste. "Encore combien de morts avant qu'on ne décide de réguler la chasse, pratique dangereuse et inhumaine ? Au minimum, interdisons la chasse le week-end et les vacances scolaires, maintenant !", a complété David Belliard, adjoint EELV de la maire de Paris et candidate socialiste à la présidentielle, Anne Hidalgo.

Côté France insoumise aussi, on estime qu'il faut interdire la chasse le week-end. "Les drames se multiplient. La forêt doit appartenir aux randonneurs, aux promeneurs. Cinq jours de la semaine suffisent pour faire de la chasse. On ne doit plus aller en forêt la trouille au ventre", a estimé l'eurodéputée Manon Aubry dimanche sur RMC.

"Un accident, c'est un accident de trop. Depuis vingt ans, tous les dix ans, le nombre de victimes a été divisé par deux. Il faut continuer : l'objectif, c'est zéro victime", a réagi de son côté Laurent Jacobelli, porte-parole du Rassemblement national, sur franceinfo"Il faut prendre les mesures en concertation avec les chasseurs", a-t-il insisté. 

Un rappel des règles est lancé auprès des chasseurs 

De son côté, le président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), Willy Schraen, après avoir présenté "à la famille de cette jeune femme et à ses proches [ses] plus sincères condoléances", a lancé un appel à "prendre la mesure du drame""Sans attendre les résultats de l'enquête, je veux vous dire que rien ne peut justifier, même de façon accidentelle, la mort d'une personne", a-t-il écrit, samedi, sur sa page Facebook.

Il a précisé que les services de la FNC avaient tout de suite commencé à contacter toutes les fédérations de chasseurs, "pour qu'il soit rappelé à chaque organisateur de battue l'ensemble des règles de sécurité propre à toute pratique de chasse". Il s'est aussi engagé à demander au président de l'Alliance des sports et loisirs de nature de réunir dès le début de la semaine prochaine l'ensemble des fédérations de nature pour rappeler les dispositifs de sécurité sur lesquels ils travaillent ensemble depuis plus de deux ans.

Les accidents de chasse mortels sont de moins en moins nombreux

Depuis vingt ans, le nombre d'accidents de chasse a baissé de manière significative en France : -41% depuis 1999, d'après l'Office français de la biodiversité. Le nombre d'accidents est passé de 232 par an à 136 sur la période. La tendance est encore plus nette pour les accidents mortels, en baisse de 71% sur vingt ans : de 39 sur la saison de chasse 1999-2000 à 11 en 2019-2020. En moyenne, 90% des victimes de ces accidents sont des chasseurs. 

La chasse en France est une exception en Europe

La France est le pays européen qui compte le plus de chasseurs, devant l'Espagne et l'Italie, avec 1,2 million de chasseurs actifs, sur quelque quatre millions possédant un permis. La France est aussi le seul pays européen permettant de pratiquer tous les jours pendant la saison, alors que le Royaume-Uni, l'Italie, les Pays-Bas ou encore le Portugal ont instauré un ou plusieurs jours de non-chasse. Une pétition réclamant l'interdiction de la chasse le mercredi et le dimanche avait recueilli plus de 120 000 signatures l'automne dernier et poussé le Sénat à créer une commission sur la sécurité.

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