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"Vous n'aurez pas ma haine" : les émouvants messages des proches des victimes des attentats

Après les attentats, plusieurs ont pris la plume pour écrire aux terroristes et rendre hommage aux disparus. 

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France Télévisions
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Devant le Bataclan, le 17 novembre 2015, quatre jours après les attentats de Paris, qui ont fait 129 morts. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Ils ont perdu une femme, une cousine, des amis... Des proches de victimes des attentats de Paris du 13 novembre ont pris la plume pour témoigner de la perte d'un ou plusieurs êtres chers et adresser un message à ceux qui ont commandité et revendiqué ces assassinats, les membres de l'Etat islamique. Francetv info a sélectionné quelques-uns de ces lettres émouvantes.

>> Regardez en direct l'hommage rendu aux victimes des attentats

Antoine Leiris rend un hommage bouleversant à sa femme

C'est après avoir revu le corps de sa femme pour la première fois depuis les attentats qu'Antoine Leiris, journaliste sur France Bleu, a écrit sur Facebook un texte bouleversant, lundi 16 novembre.

“Vous n’aurez pas ma haine” Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de...

Posté par Antoine Leiris sur lundi 16 novembre 2015
Ce mari endeuillé s'adresse directement aux meurtriers de sa femme, "des âmes mortes" à qui il refuse de faire cadeau de sa haine. "Vous l’avez bien cherché pourtant mais, répondre à la haine par la colère, ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes." Au fil des lignes, on se laisse gagner par l'émotion d'un homme follement amoureux de sa femme et qui vient de la revoir, le corps criblé de balles.
Difficile de ne pas flancher, notamment lorsqu'il révèle qu'il est désormais seul pour élever Melvil, leur fils. "Je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car, non, vous n’aurez pas sa haine non plus."

"Oui, je suis un pervers et un idolâtre", lance Simon Casteran

Ce journaliste indépendant, basé à Toulouse, intitule son message posté sur son blog "Cher Daesh". Il y dresse le portrait de sa cousine Madeleine, "que votre miséricorde a lâchement assassinée vendredi au Bataclan".

L'eussiez-vous connue, que vous l'auriez détestée immédiatement. C'était une femme libre et heureuse, pleine de cette lumière intérieure qui vous manque tant.

Simon Castéran

Les Sermons du lundi

"Horreur suprême, c'était aussi une intellectuelle, qui aimait son métier de prof de lettres en collège. Car oui, chez nous, les femmes ont non seulement le droit d'être éduquées, mais aussi d'enseigner", poursuit-il. Une femme qui aimait Paris, "la capitale des abominations et de la perversion", selon le communiqué de l'Etat islamique qui revendique les attaques.

"À ce titre, mon petit, ridicule, mesquin Daech, je te dois un aveu : moi aussi, je suis un pervers et un idolâtre. J'aime la vie, le rock, les restaus et, parfois même, regarder un match de foot, écrit encore Simon Castéran. Je suis un Croisé, comme tu dis. Un Croisé de la liberté, de l'amour et de la convivialité."

Fabrice Demarthon : "T'as tué mes copains Daech" mais "on y retournera au Bataclan"

Cet internaute est un ami de Cédric Mauduit et David Perchirin, deux victimes du Bataclan. Sur Facebook, il s'adresse lui aussi à l'Etat islamique : "Daech, tu as mis le Bataclan sous silence."

Tes pathétiques petits soldats, shootés au Captagon (...) ont remplacé nos rires et nos applaudissements par le fracas des balles et les hurlements des victimes.

Fabrice Demarthon

"Parmi elles, deux voix que je connaissais se sont tues". Fabrice Demarthon se souvient avec tendresse et humour de ses deux amis, entre David, qui "me saoulait parfois lorsqu'en soirée, il voulait m'embarquer dans une discussion sur la parentalité ou l'homosexualité, et que moi je ne voulais qu'une chose, boire et danser". Et Cédric, "un ayatollah de la chaîne hifi. Impossible d'approcher et d'espérer bouger son cul sur Britney Spears lorsqu'il était aux manettes."  "Je donnerais cher pour parler de nouveau avec David de parentalité ou d'homosexualité alors que le dancefloor m'attend. J'aimerais bien aussi pouvoir pester contre Cédric et son rock de merde comme je le faisais il y a quelques années (...). Mais voilà, t'as tué mes copains Daech", poursuit-il.

"Alors je te le dis, on y retournera au Bataclan, ajoute-t-il. On remplacera l'écho du fracas de tes balles et des hurlements de nos copains par nos rires et nos applaudissements. On boira aussi. Et ptet même qu'on baisera dans les chiottes. Salutations Daech. Nous on vit."

Tess, 8 ans : "Je suis contente que mon père ne soit pas parti"

Tess, 8 ans, se trouvait au restaurant La Belle équipe tenu par ses parents quand la fusillade a éclaté, tuant 19 personnes. Dont sa mère. Au micro d'Europe 1, la petite fille s'exprime, trois jours après les attentats : "Ma maman est partie à cause d'un projectile. Je trouve ça bizarre que j'ai huit ans et que ma mère soit partie. Je suis trop jeune." Touchante, elle ajoute : "C'est compliqué de vivre comme ça, mais au moins, je suis contente que mon père ne soit pas parti."  Suivie par un psychologue, Tess sait que l'épreuve ne fait que commencer : "Mes tantes, mes tontons et les personnes de ma familles m'ont dit 'il faut exprimer les choses de mon coeur, il faut exprimer ta tristesse'."

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