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Octuple infanticide : "Mon père ne m'a jamais touchée", lâche finalement Dominique Cottrez

Au troisième jour de son procès, l'ex-aide-soignante de 51 ans, jugée pour octuple infanticide, a avoué avoir menti. Jamais elle n'a subi de relation sexuelle de son père ni noué de relation incestueuse avec lui.

Article rédigé par
Envoyée spéciale à Douai (Nord), - Violaine Jaussent
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min.
Dominique Cottrez au premier jour de son procès devant la cour d'assises du Nord à Douai, le 25 juin 2015. (MAXPPP)

C'est la présidente de la cour d'assises du Nord qui choisit le moment. "Je voudrais qu'on parle de la relation avec votre père, commence Anne Segond. Qu'est-ce que vous pouvez dire ?" "Une fois, comme ça, j'ai eu des attouchements. Il m'a fait asseoir dans la paille. Il a commencé à enlever ma petite culotte. J'avais 8 ans..." se lance Dominique Cottrez.

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Depuis le début de son procès pour octuple infanticide – du jamais-vu en France –, l'accusée l'assure : pendant des années, elle a entretenu une relation incestueuse avec son père, mort en 2007. Et c'est pour cette raison, selon elle, qu'elle a ainsi tué huit de ses nouveau-nés. Une thèse qui a volé en éclats, lundi 29 juin, au troisième jour d'audience.

"Notre petit secret"

La quinquagénaire est debout, campée sur ses petits pieds dodus. Enveloppée dans ce grand gilet gris qu'elle porte depuis l'ouverture du procès. A la barre, Dominique Cottrez a toujours cette voix étranglée par l'émotion.

"Comment savez-vous que c'était à 8 ans ?

- [Ma sœur] Marie-France était encore là. [Mon autre sœur] Jacqueline était partie, Nicole [ma mère] aussi. (...)

- Qu'est-ce qu'il a fait ?

- Il ne s'est pas couché sur moi. Il a posé ses mains.

- Vous avez compris ce qui s'est passé ?

- Non. Je demande ce qui arrive. Il dit que c'est notre petit secret."

Dominique Cottrez parle ensuite de Biquette, un petit mouton, que son père lui aurait alors offert en cadeau, en échange d'attouchements sexuels. Puis aborde son premier viol, à l'âge de 12 ans. "Après ma communion, il s'est couché sur moi. Je sais pas vraiment s'il y a eu pénétration. Mais j'ai senti quelque chose de chaud." Oscar Lempereur, son père, continue à agir ainsi jusqu'aux 16 ans de sa fille, puis s'arrête, poursuit l'accusée. Mais, après le mariage de Dominique avec Pierre-Marie Cottrez, les viols se seraient transformés en relation incestueuse consentie. Cette fois, elle est "amoureuse" de son père, dit-elle. Elle a avec lui des rapports sexuels après son travail, en fonction "des opportunités".

"Mon père savait que j'étais enceinte"

Les mots de Dominique Cottrez s'échappent, un à un, de ses lèvres fines. Ils restent suspendus dans la chaleur lourde de la salle d'audience. Mis bout à bout, ce récit de l'inceste offre une explication évidente à l'octuple infanticide. Trop évidente. Lentement, le vernis lisse s'écaille. Et la présidente commence à gratter.

"Mon père savait que j'étais enceinte [au moment des rapports sexuels]. Je lui disais.

- Et il ne disait rien ?

- Non. Pour lui, c'était pas un problème. 

- Quand vous étiez enceinte de Virginie, il l'a su avant tout le monde ?

- Oui.

- Alors il a fait le cinéma de celui qui ne sait rien ?

- Oui."

Dominique Cottrez affirme avoir eu des "relations sexuelles complètes" avec son père pendant cinq ans après son premier accouchement, soit entre fin 1987 et début 1993. "Après, c'était des caresses." Cette fois, les affirmations diffèrent de ce qu'elle a dit pendant l'instruction.

"Six versions de tout ça et, là, on en est à une septième !"

Rodolphe Costantino, avocat de l'association Enfance et Partage, partie civile, s'engouffre dans la faille.

"Si les rapports s'arrêtent en 1993, on a sept ans sans relation sexuelle qui soit de nature à donner lieu à la naissance des enfants. Comment pouvez-vous dire : 'Je craignais d'avoir des enfants de mon père', et dire que vous n'aviez pas de relation ?

- Je disais ça pour les premiers.

- Donc, pour les premiers, vous le craignez, mais ensuite vous ne le craignez pas.

[Silence de l'accusée]

- Je n'ai pas d'autre question."

L'avocate générale Annelise Cau renchérit : "Je suis très embêtée, Madame Cottrez. On essaye d'approcher au plus près de la vérité. Six versions de tout ça et, là, on en est à une septième !"

A côté d'elle, l'avocat général Eric Vaillant. Il se lève de sa chaise, et descend de son estrade. S'installe devant un micro, et plante son regard dans celui de Dominique Cottrez. "Si votre père a fait ce que vous dites, c'est un immense salopard. Si vous avez inventé, il est en train de se retourner dans sa tombe", résume-t-il.

"Quand vous avez fini, au bout de sept mois d'instruction, par nous parler de l'inceste, je l'avoue, j'ai été soulagé. Je me suis dit : 'Ah, voilà pourquoi elle les a tués'. Mais, aujourd'hui, je me pose une question. Est-ce que vous n'avez pas inventé cette histoire d'inceste pour nous faire plaisir ? Si vous êtes enferrée dans un mensonge, ce sera compliqué d'en sortir. Si c'est vrai, il va falloir s'en convaincre tous."

"Vous jurez sur la tête de vos filles ?"

Frank Berton, l'avocat de l'accusée, lui succède. C'est à lui que revient le privilège de faire accoucher Dominique Cottrez de la vérité. Il attaque en allant dans le sens de l'accusée. "Ces gens-là ne vont pas vous croire ! Ils considèrent qu'on peut inventer un inceste !" s'exclame-t-il de sa voix rocailleuse, en regardant les jurés. L'avocat tient ses lunettes à la main. Il mâchonne le bout d'une branche de la monture de temps à autre. "Vous n'avez pas si honte de cette relation, puisque vous dites que vous auriez aimé avoir un enfant de votre père !" soulève-t-il avec un ton doucereux.

"Hé! Vous allez vous réveiller, ou pas ?" Frank Berton revient à la charge, vigoureusement, cette fois. "Vos filles sont là. Pierre-Marie leur aurait fait ça. Comment vous l'auriez pris ?" interroge l'avocat. Il touche le premier point sensible : le mari de Dominique Cottrez. Et le second : les filles de l'accusée.

"Madame, vous jurez sur la tête de vos filles que votre père vous a violée ?

- Non, je jure pas.

- Il vous a violée, ou il ne vous a pas violée ?

- Non."

Bruissements et stupeur dans la salle. Chacun encaisse le coup de théâtre, puis y va de son commentaire. La présidente suspend l'audience dans le brouhaha.

"Il ne m'a jamais touchée"

Peu après la reprise, Anne Segond redémarre l'interrogatoire, et s'adresse à Dominique Cottrez, recroquevillée sur sa chaise. L'accusée se lève, et répète, d'une petite voix : "Non, je n'ai pas été violée par mon père."  La relation incestueuse consentie a-t-elle en revanche existé ? 

"Il ne m'a jamais touchée.

- Jamais ?

- Non.

- Ni enfant ni adulte ?

- Non, je n'ai jamais eu de relation avec lui", souffle-t-elle.

Dominique Cottrez ne souhaite pas poursuivre. Elle se rassoit, et tient sa tête de sa main droite. La présidente lui demande alors pourquoi elle a inventé ces viols et cette relation avec son père. "Je... sais pas." "Réfléchissez-y. On en reparlera demain", lui dit avec douceur Anne Segond.

"Avec l'inceste, elle a vu une échappatoire"

Les avocats de Dominique Cottrez n'étaient pas dupes. Cinq ans qu'ils naviguent entre les versions contradictoires de leur cliente ! Pourquoi a-t-elle menti ? "Elle est terrorisée à l'idée qu'on la prenne pour un monstre. Avec l'inceste, elle a vu une échappatoire", estime Marie-Hélène Carlier. Devant les journalistes, l'avocate tente d'y voir un pas positif : "Il est plus facile de défendre quelqu'un qui dit la vérité. Elle s'est débarrassée du mensonge, ce qui va permettre d'aborder les débats sous un autre angle, celui de la pathologie."

Cela sera-t-il pourtant si simple ? Même le médecin psychiatre Michel Dubec, dernier expert de la journée invité à témoigner, s'y perd. Face à l'accusée, prostrée sur sa chaise, il échafaude plusieurs hypothèses pour expliquer comment une mère en vient à tuer ses nouveau-nés à huit reprises. "J'essaie de trouver une explication. Parce que, sinon, on n'a rien." Dominique Cottrez, elle, semble ailleurs. Son corps est là, mais son esprit est perdu, quelque part à l'intérieur d'elle-même.

"Cette justification arrangeait tout le monde, reconnaît Frank Berton une fois l'audience suspendue. Maintenant, on a une seule certitude : c'est une femme victime d'un traumatisme. On n'arrive pas à trouver lequel, mais on a des pistes." Il espère mettre un nom sur le mal qui ronge sa cliente avant la fin du procès, jeudi. "La peine qui va être prononcée n'aura de sens que lorsqu'on aura compris", lâche-t-il. Dominique Cottrez encourt la perpétuité.

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