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"Si vous n’avez pas de Taser, comment vous faites ?" : des policiers de terrain se disent fragilisés par l’interdiction de la clé d’étranglement

L’interdiction de la clé d’étranglement par les forces de l’ordre lors des interpellations ne semblent pas emporter l’adhésion des policiers sur le terrain, malgré la promesse du ministère de l’Intérieur de généraliser le pistolet à impulsion électrique.

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Radio France
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Des policiers de la Brigade spécialisée de terrain écoutent le Premier ministre Edouard Philippe et le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, le 9 juin 2020 à Evry (Essonne) (LUDOVIC MARIN / POOL)

 David a 40 ans. Aurélie 30 ans. Ils sont tous deux policiers en région parisienne. Compagnie de sécurisation et brigade police secours, des unités où la clé d’étranglement enseignée en école de police depuis des décennies avait son utilité pour mettre à terre et menotter en quelques secondes un individu dangereux. Aurélie l’a utilisée récemment en intervention : "J’ai dû utiliser l’étranglement pour que cette personne relâche le cou de ma collègue, explique-t-elle. Nous avons pu maitriser la situation grâce à cette technique. Si on n’a pas cette technique-là, il va falloir une alternative…"

Les personnes que nous avons devant nous ont parfois une différence de gabarit, de poids… Pour maîtriser la personne, cela peut être compliqué. 

Aurélie

à franceinfo

Depuis lundi, la clé d’étranglement fait désormais partie du passé. David et ses collègues regrettent la décision du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, mais ils obéiront au ministre. Quitte à, parfois, devoir prendre des décisions difficiles. "Il y aura peut-être moins d’interpellations, davantage de bandits en cavale, mais les policiers appliqueront la règle, assure David. Mais il faut comprendre une chose : quand vous avez affaire à quelqu’un qui est plus grand, plus costaud, plus athlétique que vous, et que le seul moyen de l’interpeller est une clé, et que vous n’avez pas de Taser, comment vous faites ?"

David soulève un point important : le taser, comme alternative au contact direct, n’équipe en effet que 15 000 policiers et gendarmes. C’est moins de 7% des effectifs. Et il faudra former, "habiliter" des fonctionnaires comme Aurélie. D’ici là, s’interroge la jeune policière, comment fait-on face à un forcené ? "Entre hier, aujourd’hui et demain, nous aurons les mêmes personnes devant nous", soupire-t-elle.

La violence ne va pas s’arrêter demain. Les personnes en haut de notre hiérarchie, ou plus haut, ne sont pas confrontées tous les jours à cette violence à laquelle nous devons faire face.

Aurélie

à franceinfo

Depuis 2006, le moment où le Taser est entré dans la police, son utilisation n’a cessé de croître. L’an dernier, la police l'a utilisé 2 350 fois, soit six fois par jour en moyenne. Une arme que ni David ni Aurélie ne critiquent vraiment, mais qui comporte des risques : l’an dernier, à Tarascon, un homme est mort d’un arrêt cardiaque. Deux policiers lui avaient simultanément tiré dessus au Taser.

Paroles de policiers de terrain : écoutez le reportage de Stéphane Pair
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