Méthode d'étranglement, sanctions, formation... Ce qu'il faut retenir des annonces de Christophe Castaner contre les violences policières

Le ministre de l'Intérieur s'est exprimé lundi après la multiplication des manifestations contre le racisme et les violences policières. Il a notamment annoncé l'abandon de la méthode controversée d'interpellation dite de "l'étranglement". 

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Le ministre de l'Interieur, Christophe Castaner, lors d'une conférence de presse sur le racisme et la mise en cause des forces de l'ordre, le 8 juin 2020, à Paris. (ISA HARSIN/SIPA)

"Le racisme n'a pas sa place dans notre société et encore moins dans notre police." La mise en garde est signée Christophe Castaner qui a annoncé lundi 8 juin plusieurs mesures pour lutter contre les violences policières et le racisme au sein d'une institution ébranlée ces derniers mois par la multiplication des affaires.

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Le ministre de l'Intérieur s'est exprimé alors qu'Emmanuel Macron a demandé au gouvernement "d'accélérer" dans ses propositions pour améliorer la déontologie des forces de l'ordre. Voici les principales annonces de cette allocution.

Suspension "envisagée" pour chaque "soupçon avéré" de propos racistes

"Le racisme n'a pas sa place dans notre société, et encore moins dans notre police républicaine", a averti le ministre de l'Intérieur qui a reconnu l'existence d'affaires liées au racisme, à l'antisémitisme et à l'homophobie, au sein des forces de l'ordre. Contre ces "maux", Christophe Castaner a plaidé pour une "tolérance zéro". "J'ai demandé à ce qu'une suspension soit envisagée pour chaque soupçon avéré d'acte ou de propos raciste", a-t-il ainsi annoncé. Le ministre a par ailleurs dévoilé la création d'une mission sur les actes et les propos racistes au sein de la police, diligentée par Christian Vigouroux, référent déontologue ministériel auprès du ministère de l'Intérieur.

Le ministre a toutefois de nouveau récusé le terme de violences policières "Je refuse l'amalgame qui consiste à penser qu'une profession globale porterait l'infamie de ces violences.""Je refuse de dire que l'institution est raciste, mais oui, il y a des policiers racistes", a-t-il ajouté. Christophe Castaner a par ailleurs tenu à rappeler que "la France, ce n'est pas les Etats-Unis", en référence à la mort de George Floyd, un Afro-américain de 46 ans, le 25 mai, après son arrestation par un policier blanc.

Abandon de la méthode de la "prise par le cou"

La méthode d'interpellation policière controversée de la "prise par le cou, dite de 'l'étranglement', sera abandonnée", a par ailleurs officialisé le ministre. Elle "ne sera plus enseignée dans les écoles de police et de gendarmerie. C'est une méthode qui comportait des dangers". Cette décision est l'une des conclusions de la mission d'information menée après la mort de Cédric Chouviat, un livreur décédé à Paris en janvier au cours d'une interpellation.

"Si un policier ou un gendarme doit maintenir quelqu'un au sol lors de son interpellation, il sera désormais interdit de s'appuyer sur sa nuque ou son cou", a également annoncé le ministre, sans mentionner explicitement la pratique controversée du plaquage ventral qui, selon lui, n'est pas "une technique" en soi. Policiers et gendarmes devront également unifier leurs pratiques d'intervention. En outre, ils suivront une formation annuelle "sans quoi, ils ne pourront plus intervenir sur la voie publique".

Un rappel sur le cadre des contrôles d'identité

Tous les services de police et de gendarmerie recevront une instruction rappelant le cadre des contrôles d'identité, a également annoncé le ministre de l'Intérieur.

Par ailleurs, Christophe Castaner a rappelé l'obligation pour chaque policier de porter sur son uniforme son numéro d'identification RIO (référentiel des identités et de l'organisation), ajoutant que des contrôles auront lieu pour y veiller. De plus, l'usage des caméras-piétons devra être "renforcé".

Une réforme des services d'inspection pour plus d'"indépendance"

Christophe Castaner a appelé à une réforme "en profondeur des inspections du ministère de l'Intérieur", comme l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) et l'Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), pour plus de "transparence". Il s'agit de "permettre plus de cohérence, plus de collégialité entre ces inspections et surtout plus d'indépendance dans leur action vis-à-vis des services", a expliqué le ministre.

Celui-ci souhaite que l'Inspection générale de l'administration (IGA) dirige "les enquêtes administratives les plus difficiles et les plus complexes concernant les forces de police et de gendarmerie".

Renouer la confiance envers les membres des forces de l'ordre

"La confiance doit être le maître-mot de la relation entre les forces de l'ordre et les citoyens", a martelé Christophe Castaner. Il a notamment évoqué une enquête publiée par le ministère, dimanche, qui avance que 84,9% des personnes interrogées ont une image positive des forces de sécurité intérieure. "Je ne serai satisfait que lorsque 100% des Français répondront favorablement à ces questions."

"Je ne serai satisfait que lorsque nous pourrons cesser de nous demander comment nous sommes passés de 'Vive la police !', scandés lors des manifestations suivant les attentats de Charlie, aux slogans et horreurs de ces derniers jours", a-t-il poursuivi.

"La lumière sera faite" dans l'affaire Gabriel

Le ministre de l'Intérieur s'est dit "troublé" par les "témoignages" autour de l'arrestation à Bondy (Seine-Saint-Denis), le 25 mai, du jeune Gabriel, 14 ans. Ce dernier accuse les policiers de l'avoir frappé, le blessant gravement à l'œil. "La lumière sera faite et les déclarations des policiers sont en ce moment confrontées aux expertises médicales", a indiqué Christophe Castaner.

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