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Les parents de Bastien, mort dans un lave-linge, apathiques et distants à leur procès

Article rédigé par
A Melun (Seine-et-Marne) - Violaine Jaussent
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Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min.
Christophe Champenois, au centre, et Charlène Cotte, à droite, les parents du petit Bastien, jugés devant la cour d'assises de Seine-et-Marne, le 8 septembre 2015. (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCETV INFO)

Le père, jugé pour meurtre aggravé, dit ne se souvenir de rien. La mère, jugée pour complicité, accuse son compagnon. La cour d'assises de Seine-et-Marne examine cette affaire sordide du mardi 8 au vendredi 11 septembre.

"Papa a mis Bastien dans la machine à laver car il fait des bêtises à l'école." Marie (le prénom a été changé) raconte l'atrocité d'un geste avec ses mots d'enfant. Elle a 5 ans. Son petit frère ne parle plus, elle ne comprend pas. La petite fille s'adresse au médecin du Smur. Ce dernier vient d'arriver au domicile familial, à Germigny-l'Evêque (Seine-et-Marne), un gros village en bord de Marne, près de Meaux. Dehors, il fait nuit noire.

Le médecin constate le décès de Bastien, 3 ans et demi, à 19h20, le vendredi 25 novembre 2011. Il l'annonce à son père. Celui-ci reste sans réaction. Des hématomes dans les poumons, qui correspondent à des mouvements d'accélération et de décélération, sont retrouvés sur le corps de l'enfant. Ils sont compatibles, selon le médecin légiste, avec une mort dans une machine à laver.

"Je ne me souviens de rien du tout de cette journée"

Quatre ans plus tard, les parents de Bastien sont jugés pour la mort de leur petit garçon. Le procès, qui doit durer quatre jours, s'est ouvert mardi 8 septembre devant les assises de Seine-et-Marne. Christophe Champenois est poursuivi pour meurtre sur mineur de moins de 15 ans en état de récidive, Charlène Cotte pour complicité de meurtre. 

"Je ne me souviens de rien du tout de cette journée du 25 novembre", commente le père au premier jour du procès, après la lecture de l'acte d'accusation. Cet homme de 36 ans, très grand, blond et barbu, articule à peine. Il est parcouru de tremblements causés par un méningiome, une tumeur du cerveau, bénigne mais qui récidive. Ce méningiome lui a causé une paralysie du côté gauche.

"Certaines choses sont vraies et d'autres sont fausses", ajoute Christophe Champenois. Son regard est glacial. Il est seul dans le box des accusés. La mère comparaît libre. Elle a été libérée sous contrôle judiciaire en novembre 2014, après trois ans de détention provisoire. Elle nie toute complicité et affirme avoir tenté de sauver son fils.

Un scénario fantaisiste

L'enquête révèle que le père a appelé les secours à 18h20. Il explique alors avoir un "petit souci" avec son fils : il est tombé dans les escaliers. Il l'a mis dans la baignoire "pour le rafraîchir". Puis s'est absenté. Et a constaté à son retour qu'il était inanimé, la tête sous l'eau. La mère livre à peu près la même version. Mais il y a le récit de Marie. Bref, éloquent et spontané. Son père décoche un coup de pied à Bastien, puis le force à entrer dans la machine à laver et la fait tourner, raconte-t-elle. Elle entend son frère pleurer. Elle est à côté. Sa mère fait un puzzle avec elle.

Charlène Cotte change de version en garde à vue. Elle affirme que son conjoint, avec lequel elle est en couple depuis ses 15 ans, a mis leur fils dans le lave-linge. Longtemps amoureuse et soumise, au point de tolérer des relations extraconjugales au sein même de leur appartement insalubre de 30 m2, Charlène Cotte en veut aujourd'hui au père de ses enfants, cet homme qu'elle appelle "monsieur" devant la cour d'assises.

Bastien, un enfant non désiré

Charlène Cotte le dit : c'est la naissance de son fils qui a fait voler son couple en éclats. La jeune femme de 29 ans, petite et ronde, enveloppée dans un gilet noir, raconte son histoire à la présidente de la cour d'assises, Catherine Katz. Sixième d'une fratrie de huit enfants, dont cinq placés, elle grandit avec un père alcoolique, dans une famille précaire mais "soudée". Elle a peu travaillé. Elle souhaitait faire "un CAP petite enfance, mais on l'a orienté vers une filière entretien / nettoyage des locaux".

"J'ai toujours été heureuse, jusqu'à ce que Bastien arrive au monde", lâche l'accusée. Ce deuxième enfant n'était pas désiré, contrairement à sa sœur aînée. "Mes proches me disaient : 'Va voir le médecin, t'es peut-être enceinte'. Monsieur ne voulait qu'un seul enfant et je ne voyais pas de signe, donc j'ai peut-être refusé en moi-même la grossesse", explique-t-elle d'une petite voix, en détachant chaque syllabe. Un jour de mai 2008, prise de maux de ventre, elle se rend à l'hôpital et accouche de Bastien. 

"J'étais un papa de l'extérieur"

Christophe Champenois n'assiste pas à l'accouchement. "Savoir une naissance à la dernière minute, ça m'a mis un aller-retour", explique-t-il avec ses mots, toujours d'une voix monocorde. Lorsqu'il apprend la nouvelle, il est chez lui, en train de faire la fête avec des amis. "Je n'étais pas dans mon état normal." Trois jours après, il reconnaît l'enfant. C'est lui qui choisit le prénom. "J'étais très étonné car Marie est née sans cheveux alors que lui est né avec une petite touffe, il ressemblait à sa mère, il était potelé", se souvient-il. A l'évocation de sa fille, il fond en larmes. Lui comme Charlène Cotte s'accordent à dire que Marie est "une petite fille sage", en avance pour son âge.

"Allez, un peu de courage, lui lance la présidente. On va parler de Bastien, il était comment ? Comment vous décririez cet enfant ?" Plutôt que de son fils, Christophe Champenois parle de lui. "J'étais beaucoup un papa de l'extérieur, j'étais pas un papa de l'intérieur", répond-il. Son avocat, Jean-Christophe Ramadier, l'invite à préciser cette formule maladroite : "A l'intérieur de chez moi, je suis dans une petite bulle, c'est mon ordinateur, mon alcool, mon joint, la musique très fort, mais quand j'étais à l'extérieur je jouais avec Bastien." "Je ne le rejetais pas complètement, je lui ai donné des biberons, des bains", ajoute-t-il.

"C'était un enfant turbulent"

"C'est typique des affaires de maltraitance quand les parents parlent d'eux, de leurs difficultés. Ils passent avant leur enfant", déclare à une suspension d'audience Isabelle Steyer, avocate de l'association La Voix de l'enfant, partie civile. Au cours de l'enquête, Christophe Champenois a reconnu qu'il enfermait son fils dans le placard de l'entrée pour le punir. Sa compagne a affirmé qu'il attachait ses mains avec du "gros scotch marron".

Le couple était suivi depuis 2009 par les services sociaux. Des professionnels avaient notamment signalé des errances de l'enfant. Son école avait effectué un signalement en février 2010. Il y a aussi ce message, laissé sur un répondeur vers 17 heures, le 24 novembre 2011. La veille de la mort de Bastien. "Je vous le dis d'avance, si vous ne faites rien je vais le balancer du deuxième étage et tant pis s'il faut faire quinze ans de prison." Il est adressé au travailleur social qui suit la famille. Mais, ce jour-là, il est en arrêt maladie.

"C'était un enfant turbulent", lâche l'accusé à l'audience. Comme lui-même. Christophe Champenois a perdu son père, alcoolique, à 7 ans. Il est mort d'un délirium trémens. Sa mère le lui a dit six mois plus tard. Scolarisé dans un internat, Christophe Champenois bénéficie régulièrement d'un suivi psychiatrique. Il est condamné à six reprises entre 1999 et 2010. La dernière fois à deux mois d'emprisonnement pour violences conjugales. Cette fois, la peine maximale qu'il encourt est la réclusion à perpétuité, tout comme sa compagne.

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