Mort de Thomas à Crépol : où en est l’enquête après les cinq nouvelles mises en examen ?

Le parquet précise que l'auteur du coup de couteau mortel n'a toujours pas été identifié. Au total, 14 personnes sont poursuivies dans cette affaire.
Article rédigé par franceinfo avec AFP
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La salle des fêtes devant laquelle Thomas, 16 ans, a été tué dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023, à Crépol (Drôme). (NICOLAS GUYONNET / HANS LUCAS / AFP)

Près de quatre mois après la mort de Thomas, 16 ans, poignardé dans la nuit du 18 au 19 novembre lors d'un bal de village à Crépol (Drôme), les investigations se poursuivent. Cinq nouveaux suspects ont été mis en examen, jeudi 14 et vendredi 15 mars, a annoncé la procureure de Grenoble. Ils font partie des onze personnes arrêtées lundi lors d'un nouveau coup de filet dans cette affaire sensible, qui avait créé une agitation politique en novembre. A ce stade, quatorze personnes sont mises en examen dans cette affaire, mais le parquet précise que l'auteur du coup de couteau mortel n'a toujours pas été identifié. Franceinfo fait le point sur l'avancée de l'enquête, qui n'est pas encore parvenue à lever toutes les zones d'ombre.

Cinq nouvelles mises en examen après une série d'interpellations

Lundi, les enquêteurs ont arrêté onze personnes "soupçonnées d'avoir été présentes lors de ce drame" pour "confronter les propos des uns et des autres et savoir quelles sont les vraies responsabilités", comme l'a expliqué à l'AFP le directeur de la gendarmerie nationale, Christian Rodriguez. Six ont été remises en liberté et cinq ont été présentées aux juges d'instruction entre jeudi soir et vendredi matin et mises en examen.

Parmi ces cinq personnes, deux ont été placées en détention provisoire, comme l'avait demandé le parquet : l'une a 18 ans, l'autre 20 ans. Trois personnes ont été placées sous contrôle judiciaire alors que le parquet avait aussi demandé la détention.

Le coup de filet de lundi a été effectué dans le cadre d’une opération de police judiciaire "menée par les militaires de la section de recherche de gendarmerie de Grenoble, assistés de militaires d'autres unités", a précisé le parquet de Valence, dans un communiqué. "Mon client a été interpellé chez lui à 6 heures du matin et a fait 78 heures de garde à vue avant d'être relâché sans poursuites", indique à franceinfo l'avocate d'un des interpellés, Elise Rey-Jacquot, précisant que "la famille" de ce jeune majeur, "diplômé, travailleur, respectueux et courtois", "n'est pas connue des services de police".

Neuf autres personnes déjà poursuivies dans ce dossier

Dix jeunes de la région, suspectés d'avoir participé aux violences, avaient été interpellés deux jours après les faits, le 21 novembre, dans la ville voisine de Romans-sur-Isère (Drôme) ou en fuite à Toulouse. Au terme de 96 heures de garde à vue, neuf d'entre eux, dont trois mineurs, avaient été mis en examen pour "meurtre en bande organisée", "tentatives de meurtre" ou "violences volontaires commises en réunion". Six ont été placés en détention provisoire.

Cinq d'entre eux n'ont pas de casier judiciaire, deux ont déjà été condamnés à des amendes ou des travaux d'intérêt général pour des petits délits. Les plus âgés (21 et 22 ans) étaient sous le coup d'une peine d'un an de prison avec sursis pour d'autres faits, l'un pour des violences aggravées et l'autre pour des faits d'outrage.

Le scénario de la soirée du 18 au 19 novembre reste à déterminer

Selon France Bleu Drôme Ardèche, les derniers interrogatoires ont permis de préciser qui était présent lors de la soirée du 18 au 19 novembre. Les enquêteurs de la gendarmerie tentent toujours de déterminer le déroulé exact des évènements. 

A ce stade, il est établi que le coup de couteau mortel a été porté à l'extérieur de la salle des fêtes de Crépol, qui accueillait environ 400 personnes pour le "bal de l'hiver" du village. La soirée avait tourné à la bagarre quand des jeunes, certains jugés "hostiles" par des témoins, ont été mêlés à une altercation à l'intérieur de la salle. La situation a dégénéré en affrontements devant le bâtiment. Touché à l'arme blanche, Thomas, un lycéen scolarisé à Romans-sur-Isère, capitaine de l'équipe junior du club de rugby de la ville, est mort sur la route de l'hôpital.

Lors de ses dernières communications, le parquet de Valence avait indiqué que les circonstances exactes du drame restaient à élucider, aucun des mis en examen ne reconnaissant avoir porté le coup mortel au jeune rugbyman.

La thèse d'une expédition liée à des motifs racistes s'éloigne à ce stade

L'enquête laisse penser que les participants du bal n'ont pas été visés du fait de leur appartenance à une "prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée", souligne le procureur de Valence auprès de l'AFP. "Je souscris parfaitement à la clairvoyance du procureur sur cette question", réagit l'avocate Elise Rey-Jacquot, qui défend également un des mis en examen du mois de novembre, placé en détention provisoire. "On doit particulièrement faire preuve de prudence et de modération dans ce dossier, ajoute l'avocate auprès de franceinfo. Cette affaire est dramatique, mais ne doit pas être instrumentalisée pour alimenter les fantasmes de l'extrême droite."

L'ultradroite, mais aussi l'extrême droite et la droite parlementaire, s'étaient emparées de l'émoi suscité par le décès de Thomas pour rebondir sur le thème de l'insécurité et du "racisme anti-blanc". Le président des Républicains, Eric Ciotti, avait parlé d'une "tuerie commise par des racailles". Le 25 novembre, une centaine de militants d'ultradroite avaient convergé à Romans-sur-Isère dans l'intention d'en découdre avec les habitants d'un quartier de la ville, et des affrontements avaient éclaté avec la police. Plusieurs ont été jugés et condamnés depuis, tandis que le gouvernement a engagé une procédure de dissolution visant deux groupuscules déjà dans son viseur, la Citadelle et la Division Martel.

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