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Affaires Nordahl Lelandais : "Il n'y a pas de modèle unique du serial killer"

Jean-Pierre Bouchard, psychologue et criminologue, décrypte le concept de tueur en série et les idées reçues qu'il véhicule.

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Propos recueillis par Louise Hemmerlé - franceinfo
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Lors d'une nouvelle perquisition au domicile de Nordahl Lelandais, à Domessin (Savoie), le 18 décembre 2017. (MAXPPP)

La piste du tueur en série est-elle crédible ? La mise en examen de Nordahl Lelandais pour l'assassinat du jeune caporal Arthur Noyer, alors qu'il est déjà le principal suspect dans la disparition de la petite Maëlys, a soulevé cette piste. D'autant que les enquêteurs s'intéressent maintenant à d'autres affaires de disparitions survenues dans la région, et ont rouvert plusieurs cold cases

Cet ex-militaire pourrait-il avoir tué de sang-froid à plusieurs reprises ? Son comportement face aux enquêteurs et sa personnalité pourraient-ils être ceux d'un serial killer ? Franceinfo a interrogé Jean-Pierre Bouchard, psychologue et criminologue. S'il ne souhaite pas s'exprimer sur le cas spécifique de Nordahl Lelandais "car l'affaire est en cours", il décrypte toutefois le concept de tueur en série et les idées reçues qui y sont associées.

franceinfo : D'où vient le concept de tueur en série ? 

Jean-Pierre Bouchard : Ce n'est pas un concept juridique mais un terme du registre de la communication. Il a été inventé par les Nord-Américains dans les années 1970. Dans la définition la plus classique, les tueurs en série sont des personnes qui commettent au moins trois homicides distincts, séparés par des intervalles de temps. C'est différent d'une tuerie de masse, où au moins quatre personnes sont tuées en même temps.

Aux Etats-Unis, il a pu y avoir de longues séries d'homicides car les Etats ne communiquaient pas suffisamment entre eux et pouvaient perdre la trace du tueur s'il se déplaçait. Cela permettait aux criminels de récidiver plus longtemps. Mais il y a eu des séries encore bien plus longues en Amérique du Sud, où un homme a fait plus de 300 victimes. 

Les tueurs en série utilisent-ils systématiquement le même mode opératoire ? 

C'est un des mythes qui ont été colportés sur les tueurs en série : ils tueraient de la même façon le même type de victimes. Cela a pu être vrai pour certains, mais il peut y en avoir d'autres qui tuent des personnes diverses pour les mêmes mobiles, ou pour des mobiles différents.

Le mobile peut être de nature sexuelle, comme dans le cas de sadiques qui aiment infliger des violences morales et physiques, qui en jouissent. Il existe aussi des personnes qui commettent des agressions sexuelles et qui tuent leurs victimes pour ne pas être identifiées. Mais il y a également des gens qui peuvent tuer à plusieurs reprises pour des raisons crapuleuses, ou parce qu'ils ont une forte aversion envers un type de personnes. 

Les enquêteurs doivent rester très ouverts vis-à-vis des hypothèses de travail. Il faut se méfier du stéréotype, parce qu'il risque de faire rater certaines affaires. Si le tueur n'est pas interpellé, il peut prendre confiance en lui et améliorer son mode opératoire. Jusqu'au jour où il se sent trop à l'aise et commet l'erreur qui permettra de l'identifier. 

Quel est le profil psychologique des tueurs en série ? 

La très grande majorité d'entre eux ne présentent pas de troubles mentaux. Lorsque c'est le cas, on les appelle des tueurs en série "désorganisés". Les tueurs en série "organisés", par contraste, peuvent souffrir de troubles de la personnalité, mais on ne peut pas parler de maladie mentale. 

On trouve des tueurs en série peu intelligents, moyennement intelligents et très intelligents. Ils peuvent aussi avoir des niveaux d'insertion sociale très différents. Pensez par exemple à Francis Heaulme, "le routard du crime", ou, à l'opposé, à Harold Frederick Shipman, un médecin généraliste britannique. 

Il y a souvent des cas de violences régulières préexistantes, en famille ou ailleurs, mais ce n'est pas systématique. Il y a aussi, même si cela reste très rare, des gens qui ont des doubles vies parfaites, et qui dans leurs vies parallèles commettent des atrocités. Mais il n'y a pas de moule ou de modèle unique du serial killer. 

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