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Reportage "La communauté se serre les coudes" : de Vénissieux à Pontoise, de nombreux rassemblements organisés en soutien aux maires victimes de violences

Après l'attaque du domicile du maire de l'Haÿ-les-Roses, des rassemblements de soutien étaient organisés un peu partout en France lundi midi, devant les mairies. Reportages à Vénissieux et à Pontoise.
Article rédigé par Mathilde Imberty, Boris Loumagne
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min
Prise de parole de la maire de Vénissieux Michèle Picard, lundi 3 juillet. (MATHILDE IMBERTY / RADIOFRANCE)

"L'inquiétude domine toutes nos nuits, de peur qu'il arrive un drame humain", lance la maire de Vénissieux Michèle Picard à la tribune. Devant une cinquantaine de personnes rassemblées sur le parvis de la mairie de cette commune de la banlieue de Lyon, un peu après midi, lundi 3 juillet, l'élue communiste condamne les violences et leurs conséquences, vues comme une "double peine" pour les Vénissians. A Vénissieux comme dans d'innombrables communes de France, des rassemblements de soutien au maire de L'Haÿ-les-Roses se sont tenus à la mi-journée devant les hôtels de ville, y compris à Nanterre où le jeune Nahel est mort.  

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"Je condamne toutes ces violences, poursuit la maire de Vénissieux, quelles qu'elles soient, sur les bâtis publics, sur nos habitants. Parce que finalement, les premières victimes sont nos habitants. Alors, oui, il y a une violence extrême. Par exemple, les mortiers, moi ça fait trois ans que je demande l'interdiction de leur vente aux particuliers". 

Dans la foule, on retrouve des habitants fatigués après les nuits d'émeutes et scandalisés par l'attaque du domicile du maire de l'Haÿ-les-Roses. "Le maire qui a été agressé chez lui, c'est inadmissible, lance l'un des participants, ça dépasse tout. Il y a un moment, il faut que le peuple se réveille". Une autre habitante explique qu'elle ne "pouvait pas dormir parce que ça pétaradait partout. J'ai entendu une explosion, il y avait ma voiture en bas, elle était assez proche des voitures brûlées, mais elle n'a pas été brûlée."

"Au bout d'un moment, on se dit qu'il faut que ça s'arrête. Ce n’est pas possible, il faut que ça s'arrête."

Une habitante de Vénissieux

à franceinfo

Les stigmates sont toujours visibles dans la commune : le goudron fondu, les poubelles éventrées et brûlées, le verre qui jonche les rails du tram ou les abribus. Hakima habite le quartier des Minguettes, elle est en fauteuil roulant et a dû se débrouiller sans transports : "Il n'y avait plus de tramways, ça ne pénalise que nous. Surtout des gens comme moi ou des mamans avec les poussettes, ça a pénalisé beaucoup de gens. Mais bon... moi j'ai l'habitude, j'ai grandi aux Minguettes. C'est rituel, mais c'est dommage."

Malgré une fin de week-end plus calme, la maire de Vénissieux estime qu'il faut, selon ses termes, "se méfier de l'eau dormante".

"Du baume au cœur", pour la maire de Pontoise

A Pontoise aussi, on s'est réuni à la mi-journée. Après avoir été agressée par des émeutiers jeudi dernier, Stéphanie Von Euw, la maire de cette commune du Val d'Oise, a pris la parole devant une centaine de personnes, pour "saluer les forces de l'ordre, la gendarmerie, la police nationale et les pompiers. On peut les applaudir". En plus des pompiers et des forces de l'ordre, nombreux sont ceux qui viennent apporter leur soutien à l'élue, encore choquée après son agression. Elle a été légèrement blessée après des tirs de mortiers d'artifice sur sa voiture.

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"Je vous souhaite un bon rétablissement", lance l'une des participantes. "Merci infiniment de votre présence, merci de vous soucier de ma petite santé", lui répond la maire. Et Stéphanie Von Euw poursuit : "Humainement et à titre personnel, ça donne vraiment du baume au cœur. Après, en tant que maire, au titre de l'institution, ça montre qu'une ville, c'est une communauté au sens large. Et de montrer que cette communauté se serre les coudes, elle est mobilisée pour condamner ce qu'il se passe." Parmi les habitants présents, quelques parents comme Lazare sont venus avec "toute la famille" : "Mes trois enfants et ma femme... Pour montrer notre soutien à la maire, parce qu'on trouve ça révoltant de s'attaquer à elle et aux personnes qui incarnent l'autorité, ça a été un peu trop loin".

Plus globalement, c'est l'incompréhension qui domine face à de telles violences urbaines. "Je ne comprends pas, lance Ghislaine, retraitée. C’est affreux, je ne sais pas ce qu'il se passe dans la tête de ces gens qui cassent tout gratuitement. Je peux comprendre qu'ils soient en colère, mais casser tout, c'est inadmissible". Le rassemblement s'est terminé avec une Marseillaise entamée par les habitants de Pontoise.

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