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Violences après la mort de Nahel : L'Haÿ-les-Roses, Charleville-Mézières, Pontoise... Quels maires ont été directement ciblés par des émeutiers ?

Depuis mardi, plusieurs maires ont été pris pour cible lors des violences qui embrasent les villes françaises. Certains ont été physiquement visés. D'autres ont vu leur voiture brûlée ou leur domicile attaqué.
Article rédigé par franceinfo
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Une photo d'illustration d'un maire, prise à Valence (Drôme), en novembre 2022. (NICOLAS GUYONNET / HANS LUCAS / AFP)

"Un cap a été franchi dans l'horreur". Le maire Les Républicains de L'Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne), Vincent Jeaubrun, a été pris pour cible dans la nuit du samedi 1er au dimanche 2 juillet. "Des individus ont lancé une voiture-bélier sur mon domicile avant d'y mettre le feu pour incendier ma maison, dans laquelle dormaient ma femme et mes deux jeunes enfants", a-t-il partagé, tôt dimanche, sur Twitter.

Logeant ce soir-là à l'hôtel de ville, après plusieurs nuits d'émeutes, le maire n'a pas été physiquement attaqué, mais son épouse et l'un de leurs deux enfants ont été blessés en fuyant les agresseurs, comme l'a confirmé le procureur de Créteil, dimanche matin. La femme de Vincent Jeanbrun souffre d'une probable fracture du tibia, selon le procureur, tandis que l'un de ses enfants "s'est fendu l'arcade (sourcilière)", a détaillé l'édile.

Le nom de Vincent Jeaubrun vient s'ajouter à la liste des édiles visés lors des violences qui embrasent les rues chaque nuit depuis la mort du jeune Nahel, mardi 27 juin. Certains ont vu leur domicile brûlé, d'autres ont été la cible de jets de pierres. 

"Ils sont montés sur la voiture, puis l'ont incendiée"

Du côté de Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire), le logement du maire a été épargné, mais sa voiture est en mauvais état. "Vers minuit, je crois, je suis sorti pour voir ce qui se passait dans la ville. Il y avait des feux de poubelles qui barraient les rues. Il a fallu s'arrêter. Quand je suis descendu de voiture, on m'a invectivé. Ils [les émeutiers] sont montés sur la voiture, puis l'ont incendiée", raconte l'édile Emmanuel François (DVD), à La Nouvelle République.

Ses agresseurs ont également pris son téléphone pour appeler son épouse. "Il n'y a plus de maire, c'est fini", ont-ils lâché dans le combiné. Le maire précise ne pas avoir été agressé physiquement.

Le premier édile d'une ville voisine a subi le même sort dans la nuit de samedi à dimanche. Filipe Ferreira Pousos, élu de La Riche (Indre-et-Loire), assure avoir "peu dormi" à La Nouvelle République. Son véhicule de fonction a été incendié, vers 1h15, par un groupe de personnes qui se sont introduites dans son jardin. "J'étais chez moi. J'ai entendu du bruit et vu de la lumière. C'était la voiture qui prenait feu", rapporte-t-il. "L'intervention rapide des forces de l'ordre a permis d'éviter des dégradations", a assuré sur Twitter la préfecture du département. 

Déjà mercredi dans la nuit, Filipe Ferreira Pousos avait reçu des menaces de mort et des pierres jetées dans son jardin, ce dont il avait fait part à la police.

"J'ai entendu : 'C'est la maire, on va se la faire !'"

D'autres maires ont, eux, directement été pris pour cible. C'est le cas de Stéphanie von Euw, maire de Pontoise (Val-d'Oise). Elle raconte à Europe 1 que l'attaque s'est déroulée dans la nuit de jeudi à vendredi, alors qu'elle tentait d'accéder à un quartier de la ville bloqué par des barricades. La voiture s'est arrêtée et "là, ils m'ont reconnue", relate Stéphanie von Euw (LR).

"Ils m'ont littéralement bombardée. Ensuite, deux émeutiers ont sauté sur la voiture et ont commencé à la cabosser. J'ai entendu : 'C'est la maire, c'est la maire, on va se la faire !'", poursuit-elle. Elle raconte avoir pu se dégager en passant la marche arrière. "C'est l'instinct de survie. Dans ces cas-là, vous ne réfléchissez pas. Je ne suis même pas sûre de pouvoir dire que j'ai eu peur", confie la maire, qui dit souffrir, depuis, d'acouphènes et d'une cheville brûlée.

"Des pierres ont brisé la vitre arrière de la voiture"

Le maire de Charleville-Mézières (Ardennes), Boris Ravignon (LR), s'est aussi fait agresser par certains émeutiers, vendredi dans la nuit. "Nous étions plus d'une vingtaine d'élus à être mobilisés et répartis en six ou sept équipages", explique-t-il à L'Ardennais. En déplacement dans le quartier de la Ronde-Couture pour "effectuer une veille", Boris Ravignon raconte avoir vu un groupe de jeunes "visiblement drogués" se rapprocher de lui. Non loin, le maire et les élus voient une poubelle incendiée, qu'ils décident d'éteindre avec des extincteurs, emportés par l'édile dans sa voiture. C'est à ce moment-là qu'ils deviennent la cible de projectiles.

"Au départ, les pierres tombaient à côté de nous et puis, les tirs se sont faits plus précis."

Boris Ravignon, maire de Charleville-Mézières

à "L'Ardennais"

"On a décidé d'effectuer un repli, on a rejoint la voiture. C'est à ce moment-là que des pierres ont brisé la vitre arrière de la voiture", détaille Boris Ravignon, précisant que cette attaque n'avait fait aucun blessé.

"Tout a été détruit gratuitement"

Le domicile du maire de Cholet (Maine-et-Loire), Gilles Bourdouleix (Divers droite), a, lui, été pris pour cible plus tôt dans la semaine. Les assaillants ont investi sa maison, inoccupée depuis six mois, dans la nuit de jeudi à vendredi. "C'est une maison du XIXe avec une dépendance, nous sommes en cours de déménagement et tout a été saccagé. Dans la dépendance, les cloisons ont été défoncées à coups de masse", a-t-il détaillé à franceinfo : "C'est un carnage, c'est épouvantable. Il restait plein de choses, des souvenirs, des jouets de ma fille."

Sur Twitter, l'édile a partagé des photos des lieux, saccagés, et son exaspération : "Tout a été détruit gratuitement". Ces dégradations sont directement liées aux émeutes de ces derniers jours, selon l'élu. "La maison est inoccupée depuis six mois, il n'y a jamais eu aucun problème et là, ce n'est pas un hasard si, la nuit de ces émeutes, la maison a été vandalisée. Il y avait une vraie volonté de saccager une maison clairement identifiée comme celle du premier magistrat de la ville", a-t-il dénoncé sur franceinfo. Tous les maires cités ont partagé leur intention de porter plainte, ou l'ont déjà fait.

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