Violences après la mort de Nahel : ce que l'on sait de l'attaque à la voiture-bélier au domicile du maire de L'Haÿ-les-Roses

Le parquet de Créteil a ouvert une enquête pour tentative d'assassinat après les faits survenus tôt dimanche matin, lors de la cinquième nuit consécutive de violences urbaines depuis la mort de Nahel.
Article rédigé par franceinfo avec AFP
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Publié Mis à jour
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Le pavillon du maire de L'Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne), le 2 juillet 2023. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

"Je n'ai pas de mots assez forts pour décrire mon émotion face à l'horreur de cette nuit." Le domicile de Vincent Jeanbrun, maire Les Républicains (LR) de L'Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne), a été vandalisé dans la nuit du samedi 1er au dimanche 2 juillet. Plusieurs personnes ont forcé le portail du pavillon à la voiture-bélier. Sur Twitter, l'édile a dénoncé une "tentative d'assassinat d'une lâcheté incroyable".

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Dimanche à la mi-journée, la Première ministre Elisabeth Borne s'est rendue sur place avec le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, celui de la Cohésion des territoires Christophe Béchu et la ministre déléguée chargée des Collectivités territoriales, Dominique Faure. Le président Emmanuel Macron doit faire un point de situation dimanche soir, après une réunion qui se tiendra à 19h30 à l'Elysée. Franceinfo fait le tour de ce que l'on sait sur cette attaque. 

Le domicile du maire attaqué à la voiture-bélier 

A 1h30 du matin dans la nuit de samedi à dimanche, plusieurs personnes ont forcé le portail du domicile de Vincent Jeanbrun à la voiture-bélier, raconte-t-il dans un communiqué. Ils ont mis le feu à ce véhicule, puis au sien ainsi qu'à ses poubelles, dans le but "d'incendier la maison dans laquelle dormaient sa femme et ses deux jeunes enfants", assure-t-il. L'épouse du maire et ses enfants de 5 et 7 ans étaient à l'intérieur de la maison en l'absence de l'édile, qui se trouvait alors à l'Hôtel de ville de sa commune de plus de 30 000 habitants, "comme depuis trois nuits". La mairie de L'Haÿ-les-Roses a été attaquée dès le début des violences urbaines qui ont suivi la mort de Mahel mardi. Elle a été renforcée dans la semaine par des fils barbelés et des barrières de sécurité pour empêcher les dégradations. 

"Selon les premières constatations, le véhicule a été lancé pour brûler le pavillon (...) et un accélérant a été découvert dans une bouteille de Coca-Cola", a précisé le procureur de la République de Créteil Stéphane Hardouin, qui s'est rendu sur place dimanche matin. 

L'épouse du maire et un de ses enfants blessés

Les assaillants n'ont pas réussi à pénétrer au domicile, mais ont suivi l'épouse et les enfants de Vincent Jeanbrun, réveillés en pleine nuit, jusque dans leur jardin, derrière la maison, a appris franceinfo de l'entourage du maire. Sous les tirs de mortiers, son épouse a fait passer ses deux enfants par-dessus le mur qui sépare leur jardin de celui de leur voisine. L'un des enfants a été blessé : "Il s'est fendu l'arcade (sourcilière)", a détaillé l'édile lors de sa rencontre avec Elisabeth Borne. La femme de Vincent Jeanbrun, elle, souffre d'une probable fracture du tibia, selon le procureur de Créteil.

Une enquête ouverte pour tentative d'assassinat

Le parquet de Créteil a annoncé dimanche matin l'ouverture d'une enquête pour tentative d'assassinat, "compte tenu de la gravité extrême" des faits, a insisté le procureur. "Tout sera mis en œuvre pour confondre les auteurs et les traduire devant la justice", a-t-il assuré. La police judiciaire est saisie de l'enquête. Pour l'heure, personne n'a été interpellé dans cette affaire. Vincent Jeanbrun va, lui, porter plainte pour tentative d'homicide volontaire avec préméditation, a appris franceinfo auprès de son entourage. Il a été placé sous protection policière, selon les informations de franceinfo.

Des condamnations politiques unanimes

La Première ministre Elisabeth Borne s'est élevée contre des "faits intolérables", en qualifiant les actes commis d'"inacceptables". "On a tous été très choqués par ce qu'il s'est passé (...) On est venus pour vous adresser tout le soutien du gouvernement (...) on est à vos côtés", a-t-elle assuré à Vincent Jeanbrun lors de son déplacement à L'Haÿ-les-Roses dimanche en début d'après-midi. La Première ministre a tenu à rassurer les élus en assurant que le gouvernement serait "mobilisé jusqu'au retour de l'ordre républicain". "Je veux dire à tous les élus qui sont en plein désarroi, avec des flambées de violences à leur égard, que nous ne laisserons rien passer. Nous avons demandé à la justice, au procureur, la plus grande fermeté, vis-à-vis des auteurs de ces violences", a-t-elle déclaré. 

Dans la majorité présidentielle aussi, les messages de soutien ont afflué. "Bravo pour ton courage et ta détermination à servir nos concitoyens ! Ne laissons passer aucune violence, verbale ou physique", a écrit le ministre de l'Economie Bruno Le Maire (ex-LR) sur Twitter. "S'attaquer à un maire, c'est s'en prendre à nous tous, à tous les citoyens. Toute la communauté nationale doit dire stop", a plaidé le ministre délégué à la Ville Olivier Klein. "L'engagement public ne devrait jamais être synonyme de danger, ni pour soi ni pour ceux que l'on aime", pour la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet (Renaissance).

"S'en prendre à la vie d'un élu et à celle de sa famille, c'est s'en prendre à la Nation", a tweeté de son côté le président du Sénat Gérard Larcher (LR). Sur Twitter, le patron des Républicains Eric Ciotti a lui aussi condamné "des faits d'une extrême gravité qui doivent conduire leurs auteurs en cour d'assises". "Un nouveau cap a été franchi", a tweeté la cheffe de file des députés Rassemblement national Marine Le Pen.

A gauche aussi, Marine Tondelier, cheffe d'Europe-Ecologie-les-Verts, a assuré que "les écologistes apport[ai]ent leur soutien le plus total à Vincent Jeanbrun". "Ce qu'il a vécu est inqualifiable", a-t-elle tweeté. Commentant les faits, la députée La France insoumise Clémentine Autain a souligné l'"urgence absolue à dégager des réponses politiques de justice et d'égalité pour apaiser".

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