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Affaire Grégory : les questions qui se posent après l'interpellation de Murielle Bolle

Agée de 15 ans à l'époque de la mort du petit Grégory Villemin, Murielle Bolle avait mis en cause Bernard Laroche avant de se rétracter.

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Murielle Bolle, belle-sœur de Bernard Laroche et témoin-clé dans l'affaire Grégory, en 1985. (MAXPPP)

Trente-trois ans après le meurtre du petit Grégory, Murielle Bolle va être déférée, jeudi 29 juin, à Dijon (Côte-d'Or) devant le parquet général avant d'être présentée à la juge qui instruit le dossier, en vue d'une possible mise en examen. Témoin-clé dans cette affaire, elle avait été placée en garde à vue mercredi. Ce nouvel interrogatoire par les enquêteurs constituait en fait une reprise de sa première garde à vue, les 2 et 3 novembre 1984, durant laquelle cette femme de 48 ans, adolescente à l'époque des faits, avait été entendue pour "complicité d'assassinat" et "non dénonciation de crime" pendant 23 heures. Les gendarmes ne disposaient donc plus que de 25 heures cette fois-ci, sur le total de 48 heures prévu par la loi. Franceinfo revient sur trois questions posées par cette garde à vue.

Quelles sont les suites possibles après cette garde à vue ?

"Le magistrat instructeur décidera de la suite", a expliqué Jean-Paul Teissonnière, son avocat, au terme de la garde à vue de sa cliente. Présentée à Claire Barbier, la juge d'instruction en charge de l'affaire Grégory, Murielle Bolle pourrait être mise en examen ou placée sous le statut de témoin assisté, qui permettrait aux enquêteurs de l'entendre à nouveau. Selon l'avocat, le seul "élément nouveau" abordé lors de sa nouvelle garde à vue, reprise plus de 32 ans après les faits, sont les déclarations d'un cousin éloigné à qui Murielle Bolle aurait affirmé que la version incriminant Bernard Laroche était vraie.

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Qu'avait dit Murielle Bolle lors de sa première garde à vue ?

Le témoignage de Murielle Bolle est une des zones d'ombre de l'affaire Grégory. Lors de sa garde à vue en 1984, deux semaines après la mort de l'enfant, la jeune fille alors âgée de 15 ans avait expliqué qu'elle se trouvait en voiture avec Bernard Laroche le jour du meurtre. Selon elle, son beau-frère était passé chercher un enfant, qu'elle ne connaissait pas, avant de s'absenter pendant une durée indéterminée pour, croyait-elle, le déposer chez un ami, avant de revenir seul.

Répété deux jours plus tard devant le juge d'instruction, ce témoignage avait conduit à l'inculpation de Bernard Laroche. Mais le lendemain, Murielle Bolle s'était rétractée, affirmant avoir menti sous la contrainte des gendarmes. Libéré quatre mois plus tard, Bernard Laroche avait été abattu par le père de Grégory, Jean-Marie Villemin, convaincu de sa culpabilité.

Quels sont les soupçons qui justifient qu'elle soit de nouveau entendue ?

Les enquêteurs n'ont pas communiqué sur les raisons du placement en garde à vue de Murielle Bolle, ni sur celles qui les ont conduits à prélever son ADN le 14 juin, jour de l'arrestation des époux Jacob qui a relancé l'affaire. Selon son avocat, elle est entendue "essentiellement pour complicité d'assassinat, non-dénonciation de crime", comme en 1984.

Mais selon Le Figaro, qui a consulté la synthèse remise à la justice par les enquêteurs fin mai après leur important travail sur les archives de l'affaire, ces derniers estiment qu'elle "fournit des déclarations fluctuantes avec des informations imprécises et variables", qu'ils pourraient tenter d'éclairer avec cette nouvelle garde à vue.

Ainsi, en 1984, la jeune fille déclare, au sujet de l'enfant qui accompagnait Bernard Laroche : "Je ne connaissais pas ce petit garçon." Pourtant, elle dit aussi : "J'ai pensé qu'il l'emmenait chez un ami de Jean-Marie. L'ami en question, je ne le connais pas". Les enquêteurs y voient une contradiction :

Comment ne peut-elle pas connaître l'enfant et penser que Bernard l'emmenait chez un ami de Jean-Marie [Villemin]? Elle savait donc qu'il était le fils de Jean-Marie.

Les enquêteurs de l'affaire Grégory

cités par "Le Figaro"

Toujours selon la synthèse consultée par Le Figaro, les enquêteurs ont deux scénarios sur le rôle de Murielle Bolle dans l'affaire. Le premier est que la jeune fille a eu un rôle plus actif qu'elle ne veut bien le dire dans la mort du petit Grégory. Par le passé, ils avaient notamment exploré une piste selon laquelle elle avait pu injecter une dose d'insuline à l'enfant – obtenue auprès de sa mère, Jeanine Bolle, diabétique – pour le plonger dans le coma. Un flacon et une seringue avaient été retrouvés sur les bords de la Vologne. Mais la piste avait été abandonnée.

Quel est l'autre scénario envisagé par les enquêteurs ?

Les enquêteurs notent toutefois que "plusieurs éléments tendent à faire douter de la culpabilité du duo formé par Bernard Laroche et Murielle Bolle". Ils estiment ainsi que Bernard Laroche n'a pas de lien avec Docelles, la commune où Murielle Bolle dit qu'il dépose l'enfant. Le comportement de Bernard Laroche dans les jours qui suivent n'est pas non plus celui "de quelqu'un qui vient de commettre un crime sur un membre de sa famille", écrivent les enquêteurs. Il semble notamment "tout retourné" par la nouvelle de la mort de Grégory, selon le témoignage de son épouse. Enfin, Murielle Bolle, selon les enquêteurs, connaît mal Grégory et ses parents, et n'a pas de mobile.

Ce qui pousse les enquêteurs vers un second scénario, décrit par Le Figaro : celui selon lequel les époux Jacob auraient demandé à Bernard Laroche de leur amener le petit Grégory, sans que ce dernier ni Murielle Bolle ne sachent quel sort serait réservé à l'enfant.

Lorsqu'elle croit que Bernard Laroche emmène Grégory chez un ami de son père, Murielle laisse entendre qu'elle se doute de l'existence d'une ou plusieurs personnes chargées de récupérer l'enfant. C'est peut-être Bernard qui le lui apprend, ce qui tend à expliquer que Bernard non seulement ne pensait pas que du mal serait fait à l'enfant mais qu'il y avait bien un relais derrière lui.

Les enquêteurs de l'affaire Grégory

cités par "Le Figaro"

Autant de pistes que les enquêteurs tentent sans doute d'éclairer lors de la garde à vue de Murielle Bolle.

Le message retrouvé dans une église est-il lié à cette interpellation ?

Mercredi, L'Est républicain a révélé qu'un message troublant avait été retrouvé, fin mai, sur un cahier dans l'église de Lépanges-sur-Vologne, et qu'il avait été analysé par les enquêteurs. Dans ce registre, dans lequel les fidèles peuvent laisser des messages, on pouvait lire : "C’est bien Bernard L. qui a tué Grégory, j’étais avec lui." Une note signée "Murielle Bolle".

Selon le quotidien régional, la professeure de catéchisme qui a découvert le message a pensé à un canular, mais les enquêteurs ont effectué une analyse ADN sur la page du cahier. Résultat : six ADN différents y ont été retrouvés, dont celui de Murielle Bolle. Son ADN avait été prélevé par la justice en 2009, et a ainsi pu être comparé.

Mais le 14 juin, quand l'affaire est relancée par plusieurs interpellations, l'ADN de Murielle Bolle est prélevé une nouvelle fois, et à nouveau comparé aux échantillons récoltés sur la page de cahier. Et cette fois, ils ne correspondent plus. Selon L'Est républicain, qui n'explique pas comment une telle incohérence est possible, la piste a donc été abandonnée, et Murielle Bolle ne devrait pas être interrogée sur ce message.

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