Trois avancées technologiques qui ont permis la poursuite de l'enquête dans l'affaire Grégory

Les trois interpellations survenues dans l'affaire Grégory, du nom de l'enfant retrouvé mort dans la Vologne en 1984, ont été rendues possibles grâce à plusieurs évolutions des techniques criminelles, notamment dans les analyses ADN ou les logiciels.

Photo non datée du petit Grégory Villemin, retrouvé noyé le 16 octobre 1984 alors qu\'il avait 4 ans, pieds et poings liés dans la Vologne (Vosges).
Photo non datée du petit Grégory Villemin, retrouvé noyé le 16 octobre 1984 alors qu'il avait 4 ans, pieds et poings liés dans la Vologne (Vosges). (AFP)

Plus de trente-deux ans après les faits, l'interrogatoire de cinq membres de la famille Villemin et le placement en garde à vue de trois d'entre eux ont relancé l'emblématique affaire Grégory. Le 16 octobre 1984, le cadavre de Grégory Villemin, âgé de 4 ans, avait été retrouvé dans la Vologne, une rivière vosgienne.

La nouvelle impulsion donnée à cette affaire, qui avait déjà été rouverte en 1999 et 2008, a notamment été rendue possible grâce à des avancées technologiques. Franceinfo vous détaille trois d'entre elles. 

Des recherches ADN poussées

"Ce qu'on ne pouvait pas voir il y a 10 ans, on peut le voir aujourd'hui. (...) Les évolutions de la police scientifique et des techniques permettent de découvrir des choses qu'on ne trouvait pas auparavant", explique Didier Seban, avocat pénaliste, sur franceinfo. Il affirme également sur BFMTV qu'il est désormais possible de "faire parler une fibre de vêtement et découvrir des choses à l'analyse microscopique qu'on ne pouvait pas découvrir il y a trente ans".

L'enquête avait été rouverte en 1999 et en 2008 pour tenter d'analyser d'hypothétiques traces d'ADN sur les scellés, notamment sur le pantalon de Grégory. Cela a permis d'isoler des mélanges génétiques et de les comparer avec des prélèvements effectués sur des personnes figurant au dossier. Mais le procureur général de Dijon (Côte-d'Or) a affirmé dans un communiqué, publié mercredi, que devant l'absence de concordance de traces ADN, dont le constat a été fait en 2014, "d'autres axes d'enquêtes ont été explorés".

L'utilisation du logiciel AnaCrim

L'exploration d'autres axes a été rendue possible par AnaCrim, un super-logiciel utilisé par le Service central du renseignement criminel (SCRC) et des sections de recherche de la gendarmerie depuis une dizaine d'années. Son but est d'aider les enquêteurs à résoudre des affaires complexes ou les cold cases, ces dossiers non élucidés.

Ce logiciel rassemble tous les éléments et indices recueillis sur le terrain ou pendant les auditions sur une même affaire et les analyse. Une aide indispensable pour les enquêteurs, selon le colonel Didier Berger, chef du Bureau des affaires criminelles de la gendarmerie. "Le cerveau humain a ses limites et n'est pas toujours capable d'analyser de manière objective des faits parfois anodins. AnaCrim permet surtout de ne pas passer à côté d'une hypothèse de travail", explique-t-il au Parisien.

BFMTV explique que, selon ses informations, l'utilisation de ce logiciel a permis de reconstituer la chronologie des jours précédant et suivant le crime du petit Grégory, de façon à positionner dans l’espace et dans le temps l’ensemble des témoins et des éléments qui sont alors apparus intéressants.

La comparaison des écritures

Pour justifier les récentes interpellations, les enquêteurs ont expliqué avoir eu recours à une expertise graphologique sur les lettres manuscrites. "Des comparaisons d’écritures, menées au regard des évolutions les plus récentes dans la discipline, ont été effectuées sur certains documents offrant un intérêt plus marqué", explique le parquet dans son communiqué. 

D'abord contestée, la graphologie a connu de nombreuses évolutions. "Légitimés par ses succès, aiguillés par ses échecs, ses pratiquants techniciens ou experts ont su refonder cette activité", décrit l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale sur son site internet. Il est aussi expliqué que des experts sont formés à cette discipline pendant quatre ans. "De cette façon, bien qu'entourée de pratiques qui ont l'avantage d'être basées sur des sciences 'dures', la comparaison d'écritures garde toute sa place au sein de la criminalistique", indiquent-ils.