VIDEO. Affaire Grégory : AnaCrim, ce logiciel qui permet "de faire le puzzle" plus de 30 ans après les faits

Trois personnes ont été placées en garde à vue mercredi dans l'affaire du petit Grégory, assassiné en 1984. Les avancées technologiques sont notamment à l'origine de ce nouveau rebondissement dans l'enquête, 32 ans après le crime.

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franceinfoRadio France

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L'affaire du petit Grégory, assassiné en 1984, a été relancée mercredi 14 juin avec l'interrogatoire de cinq membres de la famille Villemin, dont trois ont été placés en garde à vue. Un énième rebondissement dans l'enquête qui s'appuie forcément sur "des éléments sérieux", a expliqué Didier Seban, avocat spécialiste des affaires criminelles non résolues, jeudi 15 juin sur franceinfo. Selon lui, les gendarmes ont pu profiter des progrès technologiques, et notamment du logiciel AnaCrim, qui permet de croiser les données recoltées pour repérer d'éventuelles incohérences dans les témoignages.

franceinfo : Avec les arrestations de mercredi, peut-on espérer que l'affaire Grégory soit résolue ?

Si les gendarmes se permettent de mettre en garde à vue des membres de la famille Villemin, c'est qu'ils ont beaucoup travaillé et qu'ils ont des éléments dans leur dossier. Aujourd'hui, les méthodes d'enquête ont changé. Elles demandent un travail de fourmi. On peut imaginer qu'ils n'ont pas fait cela au hasard. C'est un acte grave de placer en garde à vue des membres de la famille. Cela veut dire qu'on est dans une phase d'enquête chaude. Les gendarmes ont réuni des éléments suffisamment sérieux pour se permettre placer des gens en garde à vue. Je crois savoir qu'ils ont utilisé un logiciel qui s'appelle AnaCrim, qui ne va pas résoudre le meurtre mais qui permet de mettre en rapport un certain nombre d'évènements et de voir les failles et les difficultés.

Comment utilise-t-on AnaCrim ?

On va rentrer, par exemple, les horaires déclarés par chacun des membres de la famille, par chacun des témoins et voir ce qui ne colle pas. Ce sont des dizaines de milliers de pages, de procès-verbaux, de témoignages, d'auditions, de vérifications qui ont été faits dans le dossier. Quand on a commencé à lire le dossier et qu'on le termine, on a oublié le début. La mémoire humaine n'est pas en mesure de mettre en rapport l'ensemble de ces éléments. C'est ce que va faire le logiciel. Cela permet de faire le puzzle, de voir les contradictions, les évolutions des déclarations.

Les études graphologiques semblent avoir été aussi déterminantes...

Il y a un autre élément scientifique qui permet aujourd'hui aux gendarmes d'avancer : le foulage. Quand vous écrivez un texte sur une feuille, vous laissez des traces sur le support, sur la feuille d'en dessous. Avec des techniques scientifiques beaucoup plus modernes, des microscopes, on peut trouver des traces qu'on ne trouvait pas il y a 10, 15 ou 20 ans. On peut ainsi se repencher sur les lettres du corbeau.

L'ADN peut-il encore jouer un rôle dans cette affaire criminelle ?

On peut identifier les conditions de la mort de quelqu'un 3 000 ans après. L'ADN ce n'est jamais fini. Ce qu'on ne pouvait pas voir il y a 10 ans, on peut le voir aujourd'hui. Nous avons défendu des affaires qui ont été élucidées 30 ans après. Les évolutions de la police scientifique et des techniques permettent de découvrir des choses qu'on ne trouvait pas auparavant.

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Portrait du petit Grégory Villemin, 4 ans, dont le corps est découvert dans la Vologne le 16 octobre 1984.
Portrait du petit Grégory Villemin, 4 ans, dont le corps est découvert dans la Vologne le 16 octobre 1984. (MARCEL MOCHET / AFP)