Affaire Grégory : pourquoi Murielle Bolle, interpellée mercredi, est un témoin-clé

Agée de 15 ans à la mort de Grégory Villemin, elle avait témoigné contre Bernard Laroche, son beau-frère, avant de se rétracter.

Murielle Bolle, alors âgée de 15 ans, entourée de policiers à Epinal (Vosges), le 5 novembre 1984.
Murielle Bolle, alors âgée de 15 ans, entourée de policiers à Epinal (Vosges), le 5 novembre 1984. (JEAN-CLAUDE DELMAS / AFP)

Après les époux Jacob, c'est une autre protagoniste de l'affaire Grégory qui est à nouveau dans la lumière, trente-trois ans après les faits. Murielle Bolle, 48 ans, a été interpellée à son domicile, mercredi 28 juin. Le visage de cette jeune fille rousse sera familier des connaisseurs de l'affaire : au moment des faits, alors qu'elle avait 15 ans, elle avait mis en cause son beau-frère Bernard Laroche, avant de se rétracter. Franceinfo vous explique pourquoi elle est un témoin-clé pour la résolution de cette affaire.

Parce qu'elle avait mis en cause Bernard Laroche

Le 16 octobre 1984, deux semaines après la découverte du corps du petit Grégory, Murielle Bolle, 15 ans, est une première fois placée en garde à vue. Elle est la belle-soeur de Bernard Laroche, qui est lui-même le cousin de Jean-Marie Villemin, le père de l'enfant. Elle explique que, le jour du meurtre, elle se trouvait en voiture avec Bernard Laroche. Selon son récit, celui-ci était d'abord passé chercher le petit Grégory chez ses parents avant de sortir avec l'enfant pour, lui dit-elle, déposer l'enfant chez un ami, pendant qu'elle restait dans le véhicule.

Deux jours plus tard, elle réitère cette affirmation face au juge d'instruction, Jean-Michel Lambert. Sur la base de ce témoignage, ce dernier inculpe Bernard Laroche pour assassinat. Ecroué pendant quatre mois, il est finalement libéré, mais sera abattu d'un coup de fusil, le 29 mars 1985, par Jean-Marie Villemin, convaincu de sa culpabilité.

Parce qu'elle était revenue sur sa version

Le témoignage de Murielle Bolle est entouré de doutes. En effet, au lendemain de l'inculpation de Bernard Laroche, la famille de la jeune fille convoque les médias chez elle. Devant les caméras, celle-ci se rétracte : elle affirme avoir parlé sous la contrainte, que les gendarmes l'auraient menacée de l'inculper pour complicité et de la placer en maison de correction. A-t-elle subi des pressions des gendarmes pour parler, ou au contraire, de sa famille pour changer son récit ? Le retrait de ses aveux contribue, en tout cas, à faire libérer Bernard Laroche quatre mois plus tard.

Parce que l'enquête ne se limite pas aux époux Jacob

L'enquête est relancée depuis le 14 juin, avec l'interpellation du grand-oncle et de la grand-tante de Grégory, Marcel et Jacqueline Jacob, depuis mis en examen pour enlèvement et séquestration suivie de mort, écroués puis libérés sous contrôle judiciaire. Ils n'avaient jamais été inquiétés auparavant, mais la piste suivie par les enquêteurs n'est pas pour autant totalement détachée des théories précédentes.

Les époux Jacob, soupçonnés d'avoir été les "corbeaux" de l'affaire, étaient proches de Benard Laroche. Et les enquêteurs ont expliqué qu'ils considéraient le meurtre comme un "acte collectif". "Vous avez le corbeau, vous avez les guetteurs, vous avez celui qui enlève l'enfant, vous avez celui qui va tuer l'enfant", estimait l'avocat des parents de Grégory.

Murielle Bolle, elle, avait déjà été convoquée, le 14 juin, pour que son ADN soit prélevé. Avec son interpellation, les enquêteurs laissent penser que la première piste d'explication dans l'affaire Grégory pourrait être revisitée.