"On punit les parents et les enfants" : en Seine-Saint-Denis, les habitants du Blanc-Mesnil privés de plage urbaine cet été

Après les violences urbaines qui ont suivi la mort de Nahel, tué par un policier fin juin à Nanterre, des dégradations ont été recensées au Blanc-Mesnil en Seine-Saint-Denis. Pour "réparer les dégâts", le maire de la commune explique vouloir faire des économies. Il a décidé de ne pas installer de plage urbaine cet été.
Article rédigé par France Info - Louison Leroy
Radio France
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La plage urbaine du Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis, ne sera pas ouverte pendant l'été 2023. (Louison Leroy / Radiofrance)

La plage urbaine du Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis, évoque beaucoup de jolis souvenirs à Yanni, six ans. "Tout le monde était sur la plage, il y avait la piscine. Je plongeais dedans, c'était trop bien", se rappelle-t-il. Pourtant cette année, le petit garçon, assis au pied des barrières attachées avec de la rubalise qui encerclent le sable blanc, ne pourra pas en profiter. Les habitants du Blanc-Mesnil sont privés de plage, et cela fait suite aux émeutes qui ont éclaté fin juin-début juillet, après la mort de Nahel, ce jeune de 17 ans tué par un policier, à Nanterre. 

>> Emeutes après la mort de Nahel : les assureurs estiment que les violences urbaines ont fait 650 millions d'euros de dégâts

Le maire de cette commune de Seine-Saint-Denis a décidé d'annuler l'installation, qui était en cours, de la plage urbaine "Beach Mesnil". Elle rafraîchissait les habitants tous les étés depuis bientôt dix ans. En annulant, l'élu souhaite faire des économies pour, dit-il, "réparer les dégâts des émeutiers". Malgré tout, sur place, de nombreuses familles qui n'ont pas les moyens de partir en vacances ont le sentiment d'être punies.

La tante de Yanni par exemple, Clarisse aurait, elle aussi aimé profiter de la plage. "Ce n'est pas seulement dommage pour les enfants, mais pour les adultes aussi. Nous aussi, ça nous aurait fait plaisir de nager. On voulait en faire profiter les enfants, surtout pour ceux, comme nous, qui n'ont pas les moyens", estime-t-elle. Mamadou est travailleur social au Blanc-Mesnil et pour lui, cette décision d'annuler la plage urbaine, cet été, en raison des émeutes est incompréhensible. "Je pense qu'on punit les parents et les enfants", dit-il. Ce n'est pas très démocratique. Personnellement, je ne trouve pas le lien."

"Il aurait mieux fallu identifier les émeutiers. À eux de réparer leurs bêtises, quitte à les faire travailler tout l'été, plutôt que punir ceux qui n'ont rien fait."

Mamadou, travailleur social au Blanc-Mesnil

à franceinfo

Des sorties maintenues pour une cinquantaine de jeunes

La décision provoque un tollé, y compris chez les habitants qui n'avaient pas pour habitude de se rendre à cette plage urbaine, comme deux retraitées, croisées par franceinfo, qui y voient surtout une punition : "Je comprends qu'il y ait eu de nombreuses destructions, des feux... C'est honteux, mais je ne comprends pas qu'on prive la population et des gosses qui ne vont pas en vacances. Il y a beaucoup de familles qui n'ont pas beaucoup d'argent et c'est une joie pour elles de venir ici. Elles l'attendent vraiment"

Contactée, la mairie n'a pas souhaité s'exprimer. Des sorties au Parc Astérix ou en base de loisirs, organisées par la commune, sont tout de même maintenues cet été pour une cinquantaine de jeunes.

Les habitants du Blanc-Mesnil privés de plage urbaine cet été - le reportage de Louison Leroy

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