Régionales : le coup de sang de Bartolone contre le sondage qui le donne perdant est-il justifié ?

Un sondage publié par "Valeurs actuelles" donne à la candidate de droite sept points d'avance sur son rival socialiste. Lequel veut saisir la commission des sondages.

Le candidat PS à la présidence de la région Ile-de-France, Claude Bartolone, le 2 novembre 2015 à Paris.
Le candidat PS à la présidence de la région Ile-de-France, Claude Bartolone, le 2 novembre 2015 à Paris. (GEORGES DARMON / CITIZENSIDE.COM / AFP)

Valérie Pécresse "écrase-t-elle" Claude Bartolone en Ile-de-France, ou les deux candidats sont-ils "au coude-à-coude" ? Pas facile d'y voir clair après la publication, lundi 9 et mardi 10 novembre, de deux sondages contradictoires sur les intentions de vote aux élections régionales.

Premier acte : le site du magazine Valeurs actuelles, fortement marqué à droite, publie lundi soir une enquête de l'institut Opinionway, qui fait état d'une forte avance de la candidate des Républicains. "Je n'ai aucune confiance en ce sondage. Il est donné par une véritable presse militante. (...) Je saisirai la commission des sondages", s'insurge immédiatement Claude Bartolone, en marge d'un meeting à Mantes-la-Ville (Yvelines).

Le lendemain, son équipe de campagne préfère mettre en avant un autre sondage, réalisé par l'Ifop et publié sur le site de Paris Match, qui promet un duel beaucoup plus serré : 32% contre 25% au premier tour, et 39% en faveur de Valérie Pécresse contre 38% pour Claude Bartolone au second.

Le président de l'Assemblée nationale a-t-il raison de douter de la légitimité du sondage paru dans Valeurs actuelles ? Francetv info livre quelques éléments de réponse.

Oui, car c'est le seul sondage qui donne un tel écart

Les résultats de l'enquête d'Opinionway, donnant Valérie Pécresse gagnante au second tour avec sept points d'avance, ont de quoi étonner. Et pour cause : aucun autre sondage publié sur la région Ile-de-France ne fait état d'un tel écart.

Jusqu'à présent, le plus optimiste pour Valérie Pécresse (réalisé par Odoxa pour Le Parisien, publié le 4 octobre) ne lui octroyait qu'une avance de trois points. Soit un écart égal à la marge d'erreur du sondage. Un sondage BVA publié le 23 octobre lui donnait, cette fois, deux points d'avance. Entre-temps, elle était donnée gagnante avec un petit point d'avance dans un sondage Ifop pour le JDD, fin septembre. Enfin, deux enquêtes moins récentes plaçaient les deux candidats à égalité au second tour (BVA le 8 septembre et Ifop le 10 juin).

Non, car la méthode utilisée est classique

Contacté par francetv info, le directeur de campagne de Claude Bartolone met en cause la méthodologie utilisée pour ce sondage, "réalisé par internet". Ce qui, selon Luc Carvounas, "a pour effet de gonfler les résultats dans le sens voulu par le commanditaire du sondage", en l'occurrence Valeurs actuelles. Opinionway confirme que son enquête a été menée grâce au système Cawi (computer assisted web interview), c'est-à-dire un questionnaire auto-administré en ligne. Mais ce qu'oublie de dire l'équipe de Claude Bartolone, c'est que cette même méthode a été utilisée pour tous les sondages sur les régionales en Ile-de-France, tous instituts confondus !

Luc Carvounas remarque aussi que le sondage de Valeurs actuelles a été publié lundi, "comme par hasard le soir où nous tenions un meeting à Mantes-la-Ville, seule commune FN d'Ile-de-France". Une coïncidence troublante, selon le camp Bartolone, alors que la version papier de ce magazine paraît le jeudi. Mais là encore, l'argument ne tient pas la route : le sondage Ifop-Paris Match brandi par l'équipe du président de l'Assemblée est paru un mardi, alors que le magazine paraît lui aussi le jeudi…

Peut-être, car on ne sait pas comment les instituts traitent leurs données

Aucun sondeur ne livre au grand public les chiffres bruts obtenus à l'issue de l'interrogatoire. Ces données sont pondérées, corrigées, redressées, en fonction de plusieurs paramètres mis au point par chaque institut de sondage. Il est donc tout à fait possible que deux instituts qui recueillent les mêmes données brutes, mais qui n'utilisent pas les mêmes algorithmes de redressement, publient des sondages qui se contredisent.

"On a tout de même été surpris des résultats de notre enquête, concède Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d'Opinionway, car nous avions évidemment connaissance des enquêtes réalisées par nos concurrents." Il assure en outre que le client, Valeurs actuelles, n'est en rien intervenu dans le résultat du sondage.

La façon dont les instituts passent des données brutes aux résultats du sondage proprement dits reste cependant très floue. "Ce sont des données qui relèvent du secret industriel des instituts", commente-t-on à la commission des sondages, sollicitée par francetv info. Début novembre, cette très discrète instance, qui contrôle tous les sondages publiés, a retoqué trois enquêtes de l'institut BVA en raison de biais méthodologiques contestés, mais sans préciser les griefs.

Devant la polémique déclenchée par Claude Bartolone, Bruno Jeanbart promet, une fois que la commission des sondages aura statué, de mettre en ligne la totalité de la méthodologie utilisée par son institut pour parvenir à ces résultats controversés.