Elections régionales : en Occitanie, le triomphe de Carole Delga, symbole d'une gauche "qui ne transige pas avec les valeurs de la République"

Carole Delga, 49 ans, a facilement remporté le second tour du scrutin régional face au RN et à la droite. Elle est la présidente de région la mieux élue de l'Hexagone.

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La tête de liste PS-PRG-PC Carole Delga, après le second tour de l'élection régionale en Occitanie, le 27 juin 2021 à Toulouse (Haute-Garonne). (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

"Ce résultat m'honore et m'oblige." Plus jeune présidente de région en 2015, Carole Delga est devenue en 2021 la présidente de région la mieux élue de l'Hexagone. Après la large victoire de sa liste PS-PRG-PCF (57,78%), la responsable politique de 49 ans doit être formellement réélue à la tête de l'Occitanie, vendredi 2 juillet, lors de la séance inaugurale du conseil régional.

Pendant la campagne, tous les regards étaient braqués sur l'emblématique région Paca, convoitée par le RN, ou sur l'avenir des ténors de la droite, tentés par la présidentielle. Le large succès de la présidente sortante d'Occitanie a cependant marqué le second tour des élections régionales. Au pupitre, sur la place du Capitole à Toulouse, Carole Delga a tout de même évoqué la forte abstention venue assombrir le scrutin. "Notre pays ne va pas bien, il s'interroge sur son avenir."

Un peu plus tard, des éclairs crèvent le ciel toulousain. Carole Delga patiente au "Florida" avec la presse, le temps d'une violente averse. Elle rejoint ensuite le reste de son équipe et des militants dans un autre café, à quelques centaines de mètres. En attendant, les félicitations pleuvent. Jean Castex l'appelle pour la féliciter. Manuel Valls, dont elle était jadis proche, salue la clarté de son "discours républicain". Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, célèbre "le meilleur score de France, bien mieux que n'importe quel résultat de droite".

Carole Delga reçoit un appel du Premier ministre, Jean Castex, après sa victoire au second tour des élections régionales, le 27 juin 2021 à Toulouse (Haute-Garonne). (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

La native du pays de Comminges, dans les Pyrénées, est au sommet d'une carrière entamée en 2008 à la mairie de Martres-Tolosane (Haute-Garonne). Après une première victoire en 2015, en succession de Martin Malvy, elle débute un nouveau mandat de sept ans, décroché au terme d'une campagne bâtie autour du triptyque "éducation, santé et culture". Dès le lendemain du second tour, elle a d'ailleurs reformulé sur France Bleu ses promesses aux six millions d'habitants de sa région : gratuité du transport scolaire pour les treize départements, aides aux entreprises, aide à la garde d'enfants pour les parents seuls qui retrouvent l'emploi…

Tous ceux qui l'ont côtoyée reconnaissent ses capacités de travail, mais certains de ses adversaires politiques sont agacés par une forme d'hyperprésidence. "Son action est parfois trop superficielle ou trop dans la communication", juge l'écologiste Guillaume Cros auprès de France 3 Occitanie. Le maire LREM de Rodez, Christian Teyssèdre, dénonce son "omniprésence" dans la presse locale, notamment dans les titres du groupe La Dépêche du Midi, propriété du patron du PRG, Jean-Michel Baylet. Cette "incarnation" est le fruit de "ses compétences", plaide la conseillère régionale Claire Fita, soutien de Carole Delga. "C'est un objet politique assez détonant dans le paysage national."

L'intéressée, pour sa part, se targue d'être un "pur produit de l'ascenseur social et de la méritocratie républicaine", dans La Dépêche du Midi. Elle veut lutter "contre le "communautarisme" et "pour la sécurité, qui est un droit". Son programme insiste sur la vidéosurveillance dans les trains et l'aménagement des abords des lycées. La présidente sortante demande également au gouvernement la création d'une "zone de défense" propre à sa région, dotée d'un état-major, comme à Marseille.

Une "gauche du réel" comme mantra

Incarner une "gauche du réel". C'est devenu son mantra. Comprendre : une gauche "écologiste et citoyenne, qui ne transige pas avec les valeurs de la République et notamment la laïcité". La sociale-démocrate vante "une région qui refuse la fatalité et le déterminisme social qui gangrènent les fondements de notre République". A cet égard, elle se sent proche des positions de Bernard Cazeneuve, ancien ministre de l'Intérieur de François Hollande, et rejette d'éventuelles alliances avec LFI. Après le premier tour, Carole Delga a refusé de discuter avec la candidate Myriam Martin. "Mélenchon n'est plus un républicain", tranche-t-elle fin mars dans un entretien à L'Obs.

"Pour moi, les choses sont claires, la gauche réformiste et écologiste ne comprend pas Jean-Luc Mélenchon et ses proches."

Carole Delga, présidente de la région Occitanie

à "L'Obs", fin mars

En retour, les Insoumis ont taclé Carole Delga sur la thématique de l'emploi et n'ont pas donné de consigne de vote au second tour. Peu importe, la présidente de région souhaite remettre le Parti socialiste au premier plan à gauche. En position de force, elle n'a pas non plus eu besoin de nouer un accord avec Europe Ecologie-Les Verts. Des discussions ont bien eu lieu après le premier tour, sans grande conviction. Elles ont vite buté sur le programme (la LGV Toulouse-Bordeaux, l'autoroute Toulouse-Castres…) et le nombre de postes de conseillers régionaux que la socialiste aurait dû céder aux écologistes. Carole Delga a donc les coudées franches à gauche, contrairement aux têtes de liste PS en Centre-Val de Loire ou en Bourgogne-Franche-Comté, qui ont noué des alliances avec les écologistes avant de l'emporter.

"Mon avenir, c'est la région Occitanie"

Surtout, Carole Delga a savouré sa victoire sur le Rassemblement national, son "principal adversaire", avec lequel un bras de fer est engagé depuis le début de son mandat. En 2017, elle avait notamment arraché le micro à un élu Front national. En mars, huit militants du groupuscule d'extrême droite Action française ont tenté d'envahir l'hôtel de région. La présidente sortante évoque aussi des pancartes, des insultes, des intimidations dans l'hémicycle et une visite de militants devant son domicile.

Ce duel politique lui a valu, en septembre 2020, une condamnation pour "discrimination" et "entrave à l'exercice d'une activité économique". Le maire RN de Beaucaire (Gard), Julien Sanchez, lui reprochait de ne pas avoir signé le contrat de la ville et de ne pas l'avoir choisie pour accueillir un lycée général. Carole Delga doit verser 2 500 euros à la commune.

Une victoire sans grandes alliances à gauche, contre la droite et le RN… Il n'en faut pas davantage à certains pour lui prêter un destin national. Carole Delga a déjà travaillé sous la responsabilité d'Emmanuel Macron, à Bercy, comme secrétaire d'Etat au Commerce (2014-2015). Elle n'a pas apprécié son ministre de tutelle et a exposé, sur RTL, de nombreuses "divergences politiques" entre eux, comme sur la question du travail le dimanche. Est-elle désormais en mesure de l'affronter dans la course à l'Elysée ? "J'ai des ambitions pour mon pays", répond-elle sur France Bleu, avant de corriger : "Mon avenir, c'est la région Occitanie." Carole Delga soutient pour le moment la candidature d'Anne Hidalgo. La maire de Paris, dit-elle, en "a les qualités".

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