Ce que l'on sait de l'intrusion d'un groupe d'extrême droite dans le siège du conseil régional d'Occitanie

Une dizaine de militants d'Action française ont fait irruption, jeudi, dans le bâtiment de la région, à Toulouse. Ils ont été rapidement maîtrisés, mais ont pu déployer une banderole "Islamo-gauchistes, traîtres à la France".

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Le siège du conseil régional d'Occitanie, à Toulouse, le 9 septembre 2017. (PASCAL PAVANI / AFP)

Une intrusion aux cris de "Action française !" condamnée unanimement, y compris sur les bancs du Rassemblement national. Une dizaine de militants d'extrême droite ont fait irruption dans le bâtiment du conseil régional d'Occitanie à Toulouse, où se tenait une assemblée plénière, jeudi 25 mars. Rapidement interrompue par les agents de sécurité, leur action n'a pas fait de blessés, ni de dégâts matériels, mais a choqué les élus.

Une intrusion brève, mais violente

Huit personnes sont entrées subitement dans la salle de l'hémicycle en scandant "Action française !" "Nous n'avions aucune idée de ce qui se passait, raconte Gérard Onesta (EELV), vice-président du conseil régional, à France 3 Occitanie. Nous avons cru un instant au pire. Ils auraient pu être armés. Durant 10 à 15 secondes, nous avions les mêmes images en tête. C'était un moment de frayeur collective."

"Cela a duré 20 secondes, mais j'ai pensé à la tuerie de Nanterre", confesse-t-il à Médiacités, en référence à l'irruption d'un forcené au sein du conseil municipal de cette ville des Hauts-de-Seine, le 27 mars 2002, qui avait abattu huit conseillers municipaux. 

La région Occitanie a fait savoir dans un communiqué qu'aucun salarié ou élu n'avait été blessé. Le service de sécurité a réagi "très rapidement, avec calme et sang-froid", souligne l'administration. Des images montrent les militants d'Action française être expulsés de la salle par les agents de sécurité.

Les militants ont laissé derrière eux une banderole photographiée par plusieurs conseillers régionaux, sur laquelle on pouvait lire : "Islamo-gauchistes, traîtres à la France". Deux personnes ont été interpellées par les forces de l'ordre. 

Une action revendiquée par un groupe d'extrême droite

L'action a été revendiquée par l'Action française, un mouvement nationaliste et royaliste animé "par une double préoccupation : préparer la restauration de la monarchie et, dans l’attente du retour du roi, œuvrer pour la défense de l’intérêt national", comme l'indique le groupe dans son manifeste.

Ce mouvement, qui a multiplié ces dernières années les actions coups-de-poing,"a tenté de participer à la session du conseil régional d'Occitanie, dirigé par Carole Delga, pour manifester [son] opposition radicale à sa politique régionale islamo-gauchiste qui dure depuis des années", revendique l'Action française dans un communiqué de presse.

L'organisation cible nommément Carole Delga (PS) qui préside la région Occitanie depuis 2016 et brigue un nouveau mandat lors du scrutin prévu en juin. L'élue entretient des relations houleuses avec l'extrême droite. En 2017, elle avait arraché le micro à un élu Front national qui invectivait la gauche, rappelle France Bleu Occitanie. Après cet incident, la présidente avait reçu des menaces de mort et avait porté plainte. Carole Delga a, par ailleurs, été condamnée en 2020 pour discrimination à l'encontre de la mairie RN de Beaucaire (Gard).

La présidente de la région a annoncé qu'elle allait porter plainte. "Face à l'extrême droite, je le répète : je ne lâcherai rien et ne céderai à aucune pression, d'où qu'elle vienne", a-t-elle affirmé dans un communiqué.

Une intrusion sans effraction

Après cet incident, des questions restent en suspens : les élus s'interrogent notamment sur les moyens employés par les militants d'extrême droite pour entrer dans le siège du conseil régional, puisque aucune effraction n'a été observée. 

L'accès se serait fait par les sous-sols en utilisant le pass d'une personne accréditée, explique France 3. Mais il se pourrait également que les militants aient eu accès à un plan détaillé ou aient été guidés par une personne connaissant les lieux. Une vidéo est en cours d'étude pour déterminer quel parcours les militants ont emprunté à l'intérieur du bâtiment, a fait savoir la région.

Un acte unanimement critiqué

Ce coup de force a déclenché une avalanche de réactions politiques. Emmanuel Macron a dénoncé une action qui reflète, selon lui, "le vrai visage de l'extrême droite" et sa "volonté de bâillonner la démocratie".

Plusieurs élus du Rassemblement national ont également condamné l'action : le maire de Perpignan, Louis Aliot, a estimé dans un tweet que "l'intrusion violente d'extrémistes" était inquiétante "pour l'atteinte démocratique qu'elle représente". Le candidat du Rassemblement national (RN) aux régionales en Occitanie, Jean-Paul Garraud, a également condamné cette action.

À gauche, les critiques ont été plus virulentes, accusant le gouvernement : "Que cette intrusion violente puisse déciller les yeux des pyromanes Darmanin et consorts : vous nourrissez la violence et fracturez le pays", a tweeté le patron d'EELV, Julien Bayou. "Merci à Macron, Darmanin et consorts d'avoir mis une cible sur nos poitrines", accuse Myriam Martin, conseillère régionale et membre du groupe La France insoumise.

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