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Crise climatique : on vous explique comment on a évalué les programmes des candidats à l'élection présidentielle

A quelques jours du premier tour et de la publication du troisième volet du rapport du Giec, franceinfo réalise une opération spéciale : en collaboration avec l'association Les Shifters, nous publions des articles d'analyse sur la compatibilité des programmes des candidats avec les objectifs de l'accord de Paris.

Article rédigé par Camille Adaoust, Thomas Baïetto, Louis San
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min
En collaboration avec Les Shifters, franceinfo.fr publie une analyse des programmes des candidats à la présidentielle en fonction des objectifs climatiques de la France.
 (JESSICA KOMGUEN / FRANCEINFO)

La crise climatique inquiète les Français. Selon l'étude annuelle (PDF) de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) sur les représentations sociales du changement climatique, l'environnement et la transition écologique arrivent en troisième place dans le classement des enjeux les plus importants aux yeux de la population.

Le sujet a toutefois peu été abordé lors de cette campagne pour l'élection présidentielle, comme l'ont déploré quelque 1 400 scientifiques dans une tribune publiée sur franceinfo.fr. "Nous constatons avec inquiétude l'absence de débat démocratique sur les graves bouleversements en cours et à venir", écrivaient-ils.

Si les candidats ont peu débattu sur le sujet, ils l'abordent souvent dans leur programme. Mais ces derniers sont-ils compatibles avec les objectifs climatiques de l'accord de Paris ? Franceinfo publie mardi 29 mars, en partenariat avec l'association Les Shifters, une analyse détaillée des programmes des prétendants à l'Elysée. Voici comment la rédaction numérique de franceinfo a travaillé.

1Pourquoi faire cette analyse ?

Selon le rapport du Giec publié en août 2021, le réchauffement de la température sur Terre devrait atteindre +1,5°C par rapport à l'ère préindustrielle entre 2021 et 2040, bien plus tôt que les précédentes estimations. "Le changement climatique est une menace pour le bien-être de l'humanité et la santé de la planète. Tout retard dans la mise en œuvre d'une action concertée (...) nous fera rater la courte fenêtre d'opportunité, qui se referme rapidement, pour garantir un avenir vivable et durable pour tous", alertaient encore les experts dans le deuxième volet de leur rapport en février. Les décisions de la prochaine ou du prochain président de la République s'annoncent donc cruciales.

Aujourd'hui, nombre de candidats parlent d'écologie. Favoriser le local, œuvrer à la transition énergétique, investir dans les "technologies vertes"... Longtemps boudé, le sujet a trouvé sa place dans tous les partis, avec différentes nuances de vert. "Concrètement, comment fait-on pour aboutir aux objectifs fixés par les traités internationaux ou à ce que préconise le Giec ? La neutralité en 2050, comment on y arrive ? Il ne suffit pas de faire de la poésie sur le local", notait auprès de franceinfo le politologue Daniel Boy, spécialiste en écologie politique, estimant qu'"un programme écologiste doit être technique". C'est ce qu'a voulu vérifier franceinfo, en collaboration avec l'association Les Shifters.

2Qui sont Les Shifters ?

Les Shifters sont les bénévoles d'une association créée en 2014. Elle compte plus de 9 000 membres, dont une majorité d'ingénieurs, selon son dernier rapport de gestion. Elle a été créée pour soutenir The Shift Project, un groupe de réflexion spécialisé sur la transition énergétique de notre économie, dirigé par l'ex-journaliste Matthieu Auzanneau, spécialiste des questions pétrolières, et présidé par Jean-Marc Jancovici, membre du Haut Conseil pour le climat. The Shift Project est financé par des dons d'entreprises comme EDF, la SNCF ou Bouygues. Ce n'est pas le cas des Shifters, qui sont eux principalement financés par les cotisations de leurs adhérents.

L'association Les Shifters a déjà travaillé par le passé sur des projets de suivi des propositions énergie-climat des candidats à la présidentielle. Cette année, environ 70 bénévoles ont été mobilisés pour ce travail minutieux. Pour réaliser cette analyse, l'association défend une "exigence scientifique et technique" et une approche non-partisane, raisons pour lesquelles franceinfo a fait appel à eux. On peut ainsi noter que, s'il est régulièrement reproché au Shift Project et à son fondateur de défendre l'énergie nucléaire, les deux candidats les plus proches des objectifs climatiques selon l'analyse des Shifters sont tout deux des opposants historiques de l'atome.

3Comment avons-nous travaillé ?

Cette analyse a nécessité plusieurs mois de travail aux parties prenantes. Pour publier ces analyses, franceinfo et Les Shifters se sont basés sur les programmes écrits des candidats. Nous avons pu constater que ces textes évoluaient discrètement au fil du temps – nous précisons donc que nous avons utilisé les programmes à jour en date du 23 mars.

Toutes les mesures susceptibles d'avoir une influence (positive ou négative) sur les émissions de gaz à effet de serre ont été prises en compte et comparées avec les orientations de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC). Ce document est la feuille de route de la France pour conduire la politique de diminution de ses émissions et ainsi respecter l'accord de Paris dont l'objectif est de limiter le réchauffement global à +2 °C. Jusqu'à présent, la France a échoué à respecter les engagements qui y sont inscrits.

L'intégralité des résultats de ce travail est publiée sur le site des Shifters et une synthèse, plus courte, sur franceinfo.fr. Ces deux approches se distinguent sur deux points : Les Shifters n'ont pas effectué d'évaluation globale des candidats mais, dans un souci de lisibilité et de concision, franceinfo.fr a décidé de les regrouper en six catégories : très proche des objectifs climatiques de la France, proche, éloigné, très éloigné, très éloigné voire contraire et trop peu de mesures. Cette évaluation est particulièrement sensible aux éléments positifs (catégorie "proche") ou très négatifs (catégorie "très éloigné voire contraire"). Malgré un programme très éloigné des objectifs climatiques sur de nombreux points, Emmanuel Macron se trouve par exemple dans la catégorie "éloigné" parce qu'il est jugé "proche" sur le secteur de la production d'énergies. Nicolas Dupont-Aignan est lui "plombé" par ses mesures contraires à la SNBC dans deux secteurs.

Autre différence, nous avons fait le choix, pour notre infographie par secteurs, de nous concentrer principalement sur les sept "orientations sectorielles" (transports, bâtiments, agriculture, forêt-bois, industrie, production d'énergie et déchets) de la SNBC, plus concrètes, là où Les Shifters ont aussi représenté les orientations transversales. Ces dernières sont évoquées dans nos articles par candidat et ont été prises en compte pour la classification globale.

A noter que ces analyses traitent exclusivement de la possible réduction des émissions de gaz à effet de serre, responsables de la hausse des températures globales, et non des mesures d'adaptation de nos sociétés proposées par les candidats ou encore de celles visant à réduire l'impact sur la santé. Les autres questions environnementales, comme la baisse de la biodiversité, ne sont pas traitées.

4Quels articles allez-vous pouvoir lire ?

Franceinfo vous propose d'abord un bilan global de cette analyse et un entretien avec trois membres des Shifters et Jean-Marc Jancovici. Ils permettent de réaliser qu'aucun candidat n'est tout à fait dans les clous mais que deux d'entre eux, Yannick Jadot (Europe Ecologie-Les Verts) et Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), s'en rapprochent.

>> On a épluché les programmes des candidats à la présidentielle pour voir s'ils respectent l'accord de Paris

Un article est ensuite consacré à chaque candidat, détaillant où il ou elle se positionne par rapport à la SNBC, ses principales propositions en matière d'agriculture, de logement, de transports ou encore d'énergies, et enfin si elles sont jugées faisables au regard du calendrier exposé, des acteurs que cela implique ou encore des technologies à inventer.

>> Présidentielle : les programmes de Nathalie Arthaud, Nicolas Dupont-Aignan, Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Jean Lassalle, Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Valérie Pécresse, Philippe Poutou, Fabien Roussel et Eric Zemmour sont-ils dans les clous des objectifs climatiques de la France ?

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