Présidentielle 2022 : comment Emmanuel Macron peut-il avoir ses 500 parrainages alors qu'il n'est pas encore officiellement candidat ?

Alors que certains candidats font la course aux parrainages, Emmanuel Macron, qui ne s'est pas encore déclaré candidat, en compte déjà 529, officiellement validés par le Conseil constitutionnel.

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Emmanuel Macron quitte le musée du Louvre de Lens après une visite, le 2 février 2022. (PASCAL ROSSIGNOL / AFP)

Emmanuel Macron en a "envie", mais il se fait attendre. A neuf semaines du premier tour de l'élection présidentielle, le chef de l'Etat ne s'est toujours pas officiellement déclaré candidat à un second mandat. Le président de la République dispose tout de même déjà des parrainages d'élus nécessaires pour participer au scrutin. Il a même été le premier à franchir le seuil des 500 signatures, avec 529 parrainages validés par le Conseil constitutionnel jeudi 3 février.

Il devance ainsi la candidate des Républicains, Valérie Pécresse, qui en compte 324, et la candidate socialiste, Anne Hidalgo, avec 266 signatures. D'autres, comme Yannick Jadot ou Marine Le Pen n'en comptent officiellement que quelques dizaines validées par les Sages. Philippe Poutou admet être lancé dans une "course de vitesse" pour obtenir les siens.

Plusieurs internautes se sont étonnés qu'Emmanuel Macron puisse déjà être parrainé sans s'être déclaré candidat. Cela s'explique.

Une course lancée avant "la période des parrainages"

Le décret convoquant les électeurs à l'élection présidentielle a été publié le 27 janvier. Sa publication ouvre la période dite des parrainages. Conformément à la loi relative à l'élection du président de la République au suffrage universel, la convocation des électeurs – et donc le début du recueil des parrainages – doit débuter "au moins dix semaines avant la date du premier tour de scrutin", qui se tient le 10 avril. Cette période s'achève "au plus tard le sixième vendredi précédant le premier tour de scrutin à 18 heures". Les élus qui souhaitent parrainer des candidats ont ainsi jusqu'au 4 mars pour envoyer au Conseil constitutionnel "par voie postale" leur formulaire de parrainage dûment complété. Sur le terrain, les militants s'activent donc en amont de la période des parrainages pour convaincre les élus.

Ces parrainages sont l'une des conditions sine qua non pour participer à cette élection. Ce système permet "à tout citoyen d'exercer son droit fondamental d'être candidat tout en garantissant le sérieux de l'élection en question afin d'éviter une multiplication des candidats", expliquait Sophie Lamouroux, maître de conférences en droit public à l'Université d'Aix-Marseille, dans la Revue française de droit constitutionnel, publié en 2008.

Les Sages recueillent et vérifient les signatures reçues, les comptabilisent et les publient sur le site du Conseil constitutionnel, tous les mardis et jeudis, depuis le 1er février. Cette publication au fil de l'eau des parrainages (avec les noms des élus parrainant et du candidat parrainé) est une nouveauté instaurée depuis la dernière élection présidentielle de 2017.

Pas besoin d'être déclaré pour être parrainé

Environ 42 000 élus peuvent apporter leur "présentation", nom officiel du parrainage, au candidat de leur choix. La majorité de ce collège de parrains est composée des quelque 36 000 maires de France. Sénateurs, députés, eurodéputés, conseillers départementaux, régionaux et territoriaux, présidents de communautés d'agglomération ou de communautés de communes complètent cet effectif.

Chaque élu ne peut parrainer qu'un seul candidat, de son choix. Celui-ci est irrévocable, explique le site vie-publique.fr. Si le candidat parrainé renonce à se présenter, l'élu ne peut pas parrainer un autre candidat. Un élu a aussi le droit de donner sa signature à un candidat non déclaré. En effet, "le droit de présentation n'est subordonné à aucune déclaration officielle du candidat présenté", précise à Libération Jean-Christophe Ménard, avocat en droit public et spécialiste du droit électoral. C'est pourquoi 526 élus ont déjà pu parrainer Emmanuel Macron. Un citoyen qui recueillerait malgré lui 500 parrainages d'élus ne serait pas pour autant contraint de se présenter à l'élection. "Le Conseil constitutionnel doit s'assurer du consentement des candidats ayant franchi le seuil des 500 signatures", relève le juriste.

Les présidents sortants se déclarent souvent tard

Le nombre de 500 signatures atteintes "ne préjuge pas de la validité" de la candidature, prévient le Conseil constitutionnel. La "décision finale" revient aux Sages, qui officialisent la liste définitive des candidats à l'élection présidentielle. Les parrainages de chaque candidat doivent en effet respecter plusieurs conditions. Afin d'éviter la défense d'intérêts purement locaux par les candidats, une clause de représentativité nationale est prévue par la loi du 6 novembre 1962. Les parrainages doivent provenir d'élus d'au moins 30 départements ou collectivités d'outre-mer différents et un même territoire ne peut fournir plus du dixième des signatures. La liste définitive des candidats sera publiée le 8 mars au Journal officiel.

Emmanuel Macron n'est pas le premier président sortant de la Ve République dont la déclaration de candidature tarde à être annoncée. En 1965, le général de Gaulle s'est déclaré officiellement un mois seulement avant le premier tour, le 4 novembre pour un scrutin le 5 décembre. En 1981, Valéry Giscard d'Estaing est même le dernier candidat à se déclarer : le 2 mars 1981, sept semaines avant le premier tour du 26 avril. Même scénario pour François Mitterrand déclaré le 22 mars 1988, un mois avant le premier tour, le 24 avril. Quant à Nicolas Sarkozy, il a attendu le 15 février 2012 pour se annoncer sa candidature, pour un premier tour le 22 avril. Tous avaient commencé à recevoir leurs parrainages en amont, mais à l'époque ceux-ci n'étaient pas publiés au fil de leur réception par le Conseil constitutionnel.

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