Municipales 2020 : Lyon, Strasbourg, Bordeaux… Ces villes où LREM s'allie avec la droite pour le second tour

Dans plusieurs villes importantes, les candidats de La République en marche nouent des alliances avec la droite. A l'inverse, aucune union avec la gauche n'a été scellée.

Le maire de Lyon, Gérard Collomb (2e à gauche), entouré de son adjoint Yann Cucherat et des élus LR François-Noël Buffet et Etienne Blanc.
Le maire de Lyon, Gérard Collomb (2e à gauche), entouré de son adjoint Yann Cucherat et des élus LR François-Noël Buffet et Etienne Blanc. (JEFF PACHOUD / AFP)

Où est passé le "en même temps" de la campagne d'Emmanuel Macron ? Après le dépôt des listes pour le second tour des élections municipales, un constat s'impose : le parti présidentiel a conclu des alliances à sens unique, privilégiant les fusions avec des candidats de droite plutôt qu'avec la gauche ou les écologistes. Le slogan "et de droite, et de gauche" est-il en train de se transformer en "et de droite, et de droite" ?

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Après le cas très commenté de Lyon, où l'ancien socialiste Gérard Collomb a préféré s'allier à la droite pour empêcher une victoire de la gauche et des écologistes, les exemples se sont multipliés : Strasbourg, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Tours… Dans ces grandes villes tenues ou gagnables par la gauche, les candidats macronistes ont invariablement choisi de s'allier à la droite. Et hormis le cas particulier de Dreux (une fusion divers droite-PS-LREM face au maire sortant LR), La République en marche ne s'est alliée à aucun candidat de gauche durant l'entre-deux-tours. Un paradoxe, alors que, pendant la crise du coronavirus, le président de la République a promis de se "réinventer" pour une deuxième partie de quinquennat plus sociale et écologique. Entre LREM et LR, "il n'y a qu'un pas et il a été franchi", a ainsi taclé le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, voyant dans ces alliances "un moment de clarification".

Pour justifier ces alliances avec la droite, certains candidats LREM n'hésitent pas à dépeindre les prétendants écologistes en dangereux gauchistes inaptes à gérer une ville. "Le risque était trop grand pour Strasbourg", a ainsi lancé Alain Fontanel, ex-PS et tête de liste LREM à Strasbourg. Mais dans d'autres villes, c'est la gauche qui a fermé la porte à toute alliance avec LREM, en raison de la politique suivie depuis trois ans par l'exécutif. "L'impossibilité de nouer des accords avec le PS ou EELV − car ils ne le souhaitent pas  n'est pas une surprise. On a envoyé trop peu de signaux à la gauche pour espérer trouver des accords aujourd'hui", estime ainsi le numéro 2 de LREM, Pierre Person, cité par L'OpinionA droite, le secrétaire général de LR se félicite de la situation : "Manifestement, Les Républicains ont les meilleurs candidats, puisque ce sont nos candidats qui attirent le plus de monde depuis plusieurs semaines, a affirmé Aurélien Pradié sur franceinfo. (...) Je ne vais pas m'en plaindre." Focus sur ces villes où LR et LREM se retrouvent main dans la main au second tour.

A Lyon, le sauve-qui-peut de Gérard Collomb

Jeudi 28 mai, l'annonce d'une fusion des listes de Gérard Collomb et de celles des Républicains à la ville et à la métropole de Lyon a pris tout le monde de court, même si elle était déjà dans les tuyaux depuis plusieurs semaines. Au premier tour, l'ancien ministre de l'Intérieur avait subi une claque électorale, arrivant en quatrième position dans la course à la métropole (16,5%), pendant que son poulain Yann Cucherat n'émargeait qu'à la troisième place (14,96%) pour la ville de Lyon.

Tout objectif de victoire en son nom propre étant envolé, Gérard Collomb aurait pu décider de se rabibocher avec ses ex-proches, devenus adversaires, partis sous la houlette du marcheur dissident David Kimelfeld. Mais c'est bien vers la droite, qu'il avait toujours combattue jusqu'alors, qu'il s'est finalement tourné. Aux termes d'un accord conclu avec le vrai patron de la droite régionale, Laurent Wauquiez, il a ainsi décidé de se ranger derrière la candidature du LR François-Noël Buffet à la métropole, en échange du soutien de la droite à Yann Cucherat à la mairie.

Comment expliquer un tel revirement ? "Ce qui me guide, c'est le souci de mon territoire. Cette ville, je l'aime. Et si nous avons décidé de faire cette grande alliance, ce n'est pas pour des raisons politiciennes, mais de sorte à pouvoir faire face à la crise économique", a-t-il avancé sur France 3. Reste à savoir si les électeurs s'y retrouveront. Les instances nationales de LREM, elles, n'ont guère goûté ce rapprochement, retirant leurs investitures à Gérard Collomb et Yann Cucherat en vue du second tour.

Dans le 5e arrondissement de Paris, Florence Berthout de retour au bercail

Rare tête de liste du camp Agnès Buzyn à être arrivée en tête dans son arrondissement au soir du premier tour, Florence Berthout a décidé de faire alliance avec la représentante de Rachida Dati, Anne Biraben, afin de faire barrage à la gauche. Car avec 28,49% des voix, la maire sortante, ex-élue LR ayant rejoint les rangs de la macronie le temps d'une élection municipale, restait sous la menace de la candidate PS Marie-Christine Lemardeley (25,41%), alliée aux écologistes (11,41%).

En s'alliant avec Anne Biraben (17,27%), Florence Berthout espère conserver le 5e arrondissement. Mais la décision est diversement appréciée au sein du parti macroniste. "Je condamne fermement cet accord de boutiquier, destiné à sauver des places, si loin des valeurs que nous avons portées", a réagi le député LREM de Paris Hugues Renson, estimant que "les habitants du 5e méritent autre chose". La maire sortante du 5e apparaît donc désormais sur le site de campagne et d'Agnès Buzyn et de Rachida Dati (avec une faute d'orthographe rapidement corrigée).

A Strasbourg, une fusion surprise qui pourrait faire barrage à EELV

Coup de poker à Strasbourg. Dans la soirée du mardi 2 juin, alors que le dépôt des listes pour le second tour des élections municipales vient juste d'être clôturé, le candidat LREM, Alain Fontanel (19,86% au premier tour), révèle avoir conclu in extremis une alliance avec la liste menée par le Républicain Jean-Philippe Vetter (18,27%). Une annonce gardée secrète et qui pourrait bien faire basculer l'élection.

Il faut dire que les regards étaient plutôt tournés vers les deux autres candidates qualifiées à l'issue du premier tour. En tête, Jeanne Barseghian (27,88%). La jeune candidate écologiste pouvait légitimement se projeter dans le siège du maire sortant, Roland Riès. D'autant qu'une alliance semblait possible avec la troisième candidate, l'ancienne maire socialiste de la ville Catherine Trautmann (19,78%). Mais patatra : mardi après-midi, les deux têtes de listes de gauche annoncent avoir échoué à s'entendre.

Le jeu s'ouvre alors pour La République en marche. Si l'actuel premier adjoint du maire sortant, Alain Fontanel, assure s'être adressé aussi bien au PS qu'à LR pour trouver une alliance, c'est finalement à droite que celle-ci se concrétise. "Ça n'est pas le temps de l'idéologie et de la division, c'est le temps de l'union", a lancé son nouvel allié de droite, Jean-Philippe Vetter. L'inattendue triangulaire du second tour pourrait ainsi permettre à LREM de gagner sa plus grande ville.

A Bordeaux, une alliance encouragée par Edouard Philippe

Alain Juppé n'a jamais caché qu'il était "Macron-compatible". Son successeur à la mairie de Bordeaux depuis 2019, Nicolas Florian (34,55%), semble suivre la même ligne. A la veille du dépôt des listes du second tour de l'élection municipale, LREM a décidé de rallier la liste du Républicain. Il faut dire que le score de La République en marche au premier tour (12,69%), avec seulement un point de plus que l'anticapitaliste Philippe Poutou (11,77%), ne présageait pas un bon résultat au second.

C'est donc encore une fois avec la droite que LREM a décidé de s'allier pour faire barrage, encore une fois aussi, à un candidat écologiste, Pierre Hurmic (34,38%). Une alliance à droite rendue possible grâce à l'intervention du Premier ministre, proche d'Alain Juppé, selon Sud-Ouest. Un membre de l'entourage d'Edouard Philippe a confirmé à l'AFP que ce dernier avait bien œuvré au rassemblement, expliquant qu'il trouvait "logique que la ville d'Alain Juppé soit un symbole de rapprochement avec la droite modérée, d'autant que Nicolas Florian était déjà allié avec le MoDem avant le premier tour".

A Clermont-Ferrand, un accord pour s'attaquer à un bastion socialiste

Pas d'écolo dans le viseur à Clermont-Ferrand. Cette fois, La République en marche s'allie à la droite pour tenter de conquérir un bastion socialiste historique. A la dernière minute, le candidat LREM, Eric Faidy (15,54% au premier tour), a annoncé avoir conclu un accord avec le LR Jean-Pierre Brenas (20,74%) qui mènera la liste fusionnée face au maire PS sortant, Olivier Bianchi (38%).

Mais cette initiative locale commence à faire grincer des dents. Il s'agirait même de "basses manœuvres politiques ourdies dans le dos des représentants locaux du parti présidentiel", selon la députée LREM du Puy-de-Dôme Valérie Thomas. Il faut dire que dans la même région, La République en marche a déjà retiré son investiture à Gérard Collomb après son alliance à droite. "Je me suis inscrit dans le mouvement de refonte de la vie politique d'Emmanuel Macron. Je ne sais pas si l'investiture de cette liste [par LREM] sera confirmée au second tour", a reconnu Eric Faidy. Les alliances avec la droite ne connaissent pas partout le même accueil par le parti…

A Tours, une "union naturelle" face à la gauche

Il y a des alliances qui se font plus facilement que d'autres. C'est le cas à Tours, où le candidat LREM, Benoist Pierre (12,3% au premier tour), a décidé de rejoindre le maire sortant, le centriste Christophe Bouchet (25,62%), aussi soutenu par la droite. Une "union naturelle, chacun avait envie", selon les mots du candidat LREM. "Nous avons des listes voisines, cousines", ajoute son nouvel allié de droite, dans La Nouvelle République. Leur objectif commun est en tout cas tout trouvé : faire barrage au candidat d'union de la gauche, Emmanuel Denis (35,46%), déjà soutenu par le PS, les écologistes et le PCF.

A Aurillac, LREM choisit la droite plutôt que la gauche alliée au MoDem

Dans la préfecture du Cantal, le second tour verra s'affronter deux candidats : l'un de gauche, Pierre Mathonier (48,01% au premier tour), et l'un de droite, Jean-Antoine Moins (42,35%). Un match moins "classique" qu'il n'y paraît, puisque d'un côté, le maire socialiste sortant d'Aurillac est soutenu par le MoDem et de l'autre, le candidat Les Républicains vient de sceller une alliance avec la liste de La République en marche (9,64%). Le match s'annonce serré.