Vrai ou fake Investitures pour les législatives 2022 : la parité femmes-hommes est-elle mieux respectée par Ensemble ! que par les autres partis ?

Le parti de la majorité présidentielle est bien la formation qui a investi le plus de femmes dans ses 100 circonscriptions considérées comme "gagnables". Mais elle n'est pas celle qui respecte le mieux la parité stricto sensu.

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France Télévisions
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Des députés dans l'Hémicycle de l'Assemblée nationale, à Paris, le 1er mars 2022. (XOSE BOUZAS / HANS LUCAS / AFP)

Quelle formation politique respecte le plus la parité entre les candidates et les candidats qu'elle a investis pour les élections législatives des 12 et 19 juin prochains ? D'après le président du MoDem, François Bayrou, la majorité présidentielle sortante présente "l'équilibre femmes-hommes dans les investitures (...) le plus précis et le plus parfait de tous les partis français". Mais le proche d'Emmanuel Macron a-t-il dit vrai ou fake au micro de franceinfo, lundi 16 mai ?

Pour répondre à cette question, franceinfo a étudié les listes des investitures rendues publiques par les principales formations politiques et compilées dans la base de données collaborative sur les élections NSPPolls. Ont ainsi été examinées les candidatures de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), qui regroupe La France insoumise, Europe Ecologie-Les Verts, le Parti communiste et le Parti socialiste ; celles d'Ensemble !, composée notamment de La République en marche, du MoDem et d'Horizons ; celles du Rassemblement national ; celles de Reconquête ! ; enfin, celles des Républicains.

La gauche plus paritaire que la droite

Il apparaît que, contrairement à ce qu'affirme François Bayrou, les investitures de la majorité présidentielle sortante ne sont pas les plus paritaires, avec 269 femmes et 287 hommes investis, soit 48,4% de candidates. Le RN se rapproche de la parité, avec 268femmes et 279 hommes investis, soit 49% de candidates. Du côté de LR, on compte 166 femmes sur 419 candidats listés, soit 39,6% de candidates. Le parti d'Eric Zemmour, Reconquête !, ferme la marche : il n'a investi que 31 femmes pour 54 hommes, soit 36,5% de femmes et 63,5% d'hommes.

A l'inverse, la Nupes va au-delà de la stricte parité femmes-hommes. En l'état actuel des investitures, l'union de la gauche est le camp qui a investi la plus forte proportion de femmes : 282 candidates sur 546 personnes investies, soit un taux de candidatures féminines de 51,6%.

Si la Nupes dans son ensemble présente davantage de femmes que d'hommes, les partis qui la composent ne sont individuellement pas tous aussi bons élèves. Le PS a investi 35candidates contre 39 candidats, soit 53% d'hommes. Le PCF, lui, respecte parfaitement la parité, avec 25 femmes et 25 hommes investis sur ses listes. EELV a pour sa part investi davantage de femmes que d'hommes : 51 candidates pour 48 candidats, soit 51,5% de prétendantes à la députation. Enfin, LFI a également investi plus de femmes que d'hommes : 171 contre 152, soit 52,9% de candidatures féminines. 

Ne pas respecter la parité n'est pas sans conséquences pour les partis politiques. Depuis le 6 juin 2000, une loi prévoit une sanction financière pour les formations qui ne présentent pas 50% de candidats de chaque sexe aux législatives. En 2014, la pénalité a même été renforcée. Si les listes des investitures présentent plus de 2% d'écart par rapport à la parité, la loi prévoit que les dotations publiques calculées en fonction du nombre de voix obtenues au premier tour des législatives soient diminuées "d'un pourcentage égal à 150% de l'écart" à la parité. 

Certains partis ont ainsi été sanctionnés à l'issue des précédentes législatives. En 2022, le montant de la "modulation parité" pour Les Républicains s'est ainsi élevé à 1,8 million d'euros. Et pour cause, le parti de droite n'avait présenté que 182 femmes pour 278hommes en 2017, soit un peu moins de 40% de candidates. La France insoumise avait également été sanctionnée de 252 000 euros pour ne pas avoir investi suffisamment de femmes : 262 sur 547 candidats, soit 47,9% de candidates, juste en dessous du seuil légal.

Un sanction financière pas assez dissuasive ?

En dépit de cette sanction financière, "certains partis font un calcul coût-bénéfice et préfèrent payer des pénalités pour obtenir plus de sièges car les dotations des partis dépendent aussi de leur nombre de sièges, relève Mariette Sineau, politologue et coautrice d'un livre sur la place des femmes en politique : Femmes et République (La documentation française, 2021)Si présenter moins de femmes, en reconduisant les sortants hommes, leur permet d'avoir plus de sièges, certains partis estiment qu'il vaut mieux avoir des moins-values sur la première partie des dotations, pensant que l'impôt parité coûte moins que ce que rapporte la rente législative."

"La parité est plus difficile à atteindre aux élections législatives, souligne Mariette Sineau, car c'est un scrutin uninominal", avec un seul élu par circonscription à l'issue du premier ou du second tour. A l'inverse des élections municipales et européennes, où les électeurs votent non pas pour un candidat et son suppléant, mais pour une liste de futurs élus. Aux législatives, si les femmes ne sont pas investies dans des circonscriptions considérées comme "gagnables" par leurs partis, peu d'entre elles ont donc une chance de siéger sur les bancs de l'Assemblée nationale.

Les circonscriptions "gagnables", un point-clé

En 2022, les principaux camps en lice pour les législatives ont-ils investi leurs candidates dans des territoires considérés comme "prenables" ? Afin de le savoir, franceinfo s'est intéressé aux 100 circonscriptions dans lesquelles Emmanuel Macron, Marine Le Pen et les candidats des partis alliés au sein de la Nupes sont arrivés en tête au premier tour de la présidentielle, y ont fait leurs meilleurs scores, et où Ensemble !, le RN et la Nupes ont investi des candidats pour les législatives.

Bien que ses investitures ne soient pas les plus paritaires, Ensemble ! apparaît comme la coalition qui a investi le plus de femmes : 51 dans ses 100 circonscriptions jugées les plus "gagnables". La Nupes, en revanche, présente certes davantage de femmes que d'hommes sur ses listes, mais n'a investi que 47 candidates sur la centaine de circonscriptions les plus "prenables". Le RN enfin a investi seulement 35 femmes pour 65 hommes dans ses 100 territoires les plus "gagnables". 

"Déjà, lors des législatives de 2017, le Front national avait investi un grand nombre de femmes dans des circonscriptions défavorables", rappelle Mariette Sineau. Résultat : sur les huit députés FN élus, on ne retrouvait que deux femmes : Marine Le Pen et Emmanuelle Ménard (qui n'était pas membre du parti, mais seulement apparentée). 

Cette pratique, répandue à droite comme à gauche, perpétue la sous-représentation des femmes à l'Assemblée, déplore la députée communiste Elsa Faucillon dans  Mediapart : "Comme dans d'autres vieux partis, traditionnellement, ce sont des hommes qui étaient en place et cela pèse jusqu'à aujourd'hui, puisque à l'Assemblée, jusque-là, nous étions neuf députés hommes et deux députées femmes."

Une féminisation en marche avec LREM

"Le mode de scrutin des élections législatives est favorable aux notables et aux sortants, confirme Mariette Sineau. Il y a eu pendant longtemps un cercle vicieux pour les femmes qui avaient un problème de notabilité locale du fait de ne pas être députées sortantes ou élues locales de la circonscription."

Les élections législatives de 2017, et leur vague de "dégagisme", ont marqué une rupture. "Le raz-de-marée LREM n'a pas reconduit beaucoup de députés sortants et a permis de propulser davantage de femmes à l'Assemblée nationale, rappelle Mariette Sineau. Comme LREM n'avait pas de députés sortants, c'était naturellement plus facile de respecter la parité." Le scrutin a ainsi vu un nombre record de femmes entrer à l'Assemblée, et LREM a fortement contribué à la féminisation de l'Hémicycle, avec 47% de députées élues dans son groupe.

Mais les électeurs sont-ils également responsables du manque de parité femmes-hommes de leur représentation nationale ? Selon Mariette Sineau, "aucune étude ne montre que les électeurs votent moins pour une femme parce que c'est une femme." 

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