Résultats des législatives 2022 : la majorité présidentielle peine à définir une consigne de vote claire en cas de duel Nupes-RN au second tour

LREM a annoncé dimanche soir qu'elle ne donnerait pas de consigne nationale pour le second tour, mais procéderait "au cas par cas". Il n'en fallait pas plus pour déclencher une polémique et voir finalement plusieurs membres du gouvernement, dont Elisabeth Borne, prendre une position différente.

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Une affiche électorale de la majorité présidentielle à Auch (Gers), le 8 juin 2022, à l'occasion du premier tour des législatives. (JEAN-MARC BARRERE / HANS LUCAS / AFP)

La consigne n'est pas très claire. La République en marche en a surpris (et fâché) plus d'un, dimanche 12 juin, au soir du premier tour des élections législatives, en évoquant sa stratégie en vue du second tour. Le parti présidentiel a expliqué qu'il ne donnerait pas de consigne nationale, mais qu'il procéderait "au cas par cas" dans les circonscriptions où ses candidats ne sont pas qualifiés et où s'opposeront des représentants du Rassemblement national (RN) et de la Nouvelle Union populaire écologiste et sociale (Nupes). La posture, qui a suscité de vives réactions, a évolué au fil de la soirée électorale. 

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La majorité présidentielle évoque un "front républicain contre les extrêmes" 

Dans une interview accordée à la presse régionale début juin, Emmanuel Macron avait lui-même renvoyé dos à dos le RN et la Nupes, en déclarant au premier jour de la campagne : "Le projet de Jean-Luc Mélenchon ou de Marine Le Pen, c'est le désordre et la soumission." Deux semaines après, au soir du premier tour, le mouvement qu'il a créé a répété le message présidentiel : pour le second tour des législatives, "c'est le front républicain contre les extrêmes", or "certains candidats de la Nupes sont extrêmes". 

Depuis sa circonscription du Calvados où elle est arrivée en tête, la Première ministre, Elisabeth Borne, a tenu cette ligne dans son discours dimanche soir. L'ancienne ministre du Travail a semblé mettre dans le même sac extrême gauche et extrême droite et dénoncé une "confusion inédite entre les extrêmes". 

Jean-Michel Blanquer, éliminé dès le premier tour dans le Loiret, est allé encore plus loin. "Il y a une volonté de détruire et il y a un danger de l'extrême gauche, comme il y a un danger de l'extrême droite", a lâché à la presse l'ex-ministre de l'Education nationale depuis Montargis, où il briguait un premier mandat de député. Il a aussi affirmé que "les radicalités poussent dans notre pays", déplorant que "la digue démocratique, parfois, semble s'effondrer".

Invitée à son tour à réagir sur le plateau de France 2, la porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire, a semblé gênée. "C'est une question qui concerne très peu de circonscriptions (...) peut-être une dizaine", a résumé celle qui est aussi candidate dans la 12e circonscription de Paris, ajoutant qu'il s'agit de "débats locaux" et non d'"un enjeu national". Elle a finalement exprimé une position différente lundi matin. 

Olivier Grégoire

Des membres de la majorité annoncent des décisions "au cas par cas"

Gabriel Attal, qui a pu un temps croire à une élection dès le premier tour dans sa 10e circonscription des Hauts-de-Seine, n'a pas été beaucoup plus bavard sur TF1. "Il faut qu'on attende de voir les cas de figure qui vont se présenter ou pas, a réagi le ministre des Comptes publics. On a toujours été très clairs sur notre opposition aux extrêmes et notamment au Rassemblement national. On verra les situations locales qui se présentent, quels sont les candidats qui sont en place et il y aura des positions qui seront prises"

"On n'est pas propriétaire de ces électeurs, a résumé Agnès Pannier-Runacher sur RTLNous examinerons au cas par cas."  Exactement la ligne de défense adoptée par le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, sur France 2. "Nupes, c'est composite, il y a les socialistes, les communistes, les écologistes et les 'insoumis'. Il y a une gauche radicale qui a absorbé la gauche traditionnelle. Entre un socialiste démocrate et un mélenchoniste pur et dur, entre quelqu'un qui appartient à une gauche de gouvernement et quelqu'un qui appartient à l'extrême gauche, peut-être faut-il que l'on réfléchisse." Certains candidats de la Nupes (PS ou EELV notamment) seraient jugés compatibles avec une consigne de vote de la majorité présidentielle, mais d'autres pas. 

EDM

L'opposition dénonce un choix "absolument scandaleux"

Dans l'opposition, cette stratégie du "ni-ni" ne passe pas. Dans un tweet, Yannick Jadot a tenu à rappeler qu'Emmanuel Macron avait demandé aux électeurs de gauche d'aller faire barrage à Marine Le Pen il y a tout juste deux mois, lors du second tour de la présidentielle"Les écologistes se sont massivement mobilisés pour faire battre Le Pen à la présidentielle. Entendre Olivia Grégoire et Gabriel Attal refuser de donner une indication de vote en cas de duel Nupes/RN est absolument scandaleux", s'est énervé l'ex-candidat écologiste. "LREM n'appelle pas à battre l'extrême droite. Cela marque une rupture des valeurs républicaines et démocratiques de notre pays", a de son côté écrit aussi sur Twitter l'ancien patron des Verts David Cormand.

Le premier secrétaire du PS a, lui, jugé "scandaleuse" l'intervention d'Elisabeth Borne. "Elle cherche maintenant à expliquer qu'il y aurait deux extrêmes contre lesquels il faudrait se battre (...). Franchement, ça sent beaucoup la panique", a dit Olivier Faure.

Des membres du gouvernement prennent position "à titre personnel"

Dans les rangs de la majorité présidentielle, des divergences apparaissent. L'absence de consigne de vote n'empêche pas plusieurs membres du gouvernement de dire ce qu'ils feront, eux, "à titre personnel". Ainsi, le ministre délégué de l'Europe, Clément Beaune, appelle à voter pour la Nupes, afin de faire barrage au Rassemblement national.

De son côté, Agnès Pannier-Runacher a rappelé sur RTL avoir "toujours été adepte du front républicain". "Moi, ma position en tant que personne, ça a toujours été de protéger le front républicain", a précisé la ministre de la Transition énergétique.

Elisabeth Borne, qui avait mis sur le même plan extrême gauche et extrême droite en début de soirée, a fini par éclaircir sa position quatre heures après. "Face à l'extrême droite, nous soutiendrons toujours les candidats qui respectent les valeurs républicaines", a expliqué la nouvelle cheffe du gouvernement. "Notre ligne : ne jamais donner une voix à l'extrême droite". Elle a répondu ainsi au communiste Fabien Roussel qui lui reprochait de "refuser d'appeler au barrage républicain face à l'extrême droite".

La porte-parole de Renaissance n'a pas attendu la mise au point de la Première ministre pour préciser les choses. "Je veux être extrêmement claire, a expliqué Maud Bregeon sur BFMTV.  Pas une voix ne doit aller au Rassemblement national. Et partout nous appelons à faire battre les candidats de l'extrême droite. Ça ne signifie en rien qu'on est en accord avec ce que porte la Nupes. Mais c'est notre ADN, on s'est construits là-dessus." Précision importante : celle qui est candidate Ensemble ! dans les Hauts-de-Seine assure s'exprimer au nom du parti présidentiel.

La porte-parole du gouvernement demande de ne pas donner "une seule voix pour le RN"

Après les atermoiements de la veille, la porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire, est revenue lundi matin au micro de RTL sur les consignes de vote de la majorité présidentielle concernant les 58 duels annoncés entre la Nupes et le RN. "Dans ce cas précis, soyons très clairs : pas une seule voix pour le Rassemblement national", a-t-elle assuré, materlant que la majorité "n'a jamais manqué de clarté à ce sujet". 

Si Olivia Grégoire a clarifié la position concernant le vote à apporter à certains candidats de la Nupes (comme Valérie Rabault, députée PS de la première circonscription de Tarn-et-Garonne), elle a nuancé son propos, insistant sur les "cinquante nuances de Nupes", une coalition composée notamment de "LFI radicaux", a-t-elle expliqué. "Est-ce que pour autant, nous appelons à voter pour les quelques candidats qui ont des positions anti-républicaines, les quelques candidats qui ont en suppléant des gens qui ont été condamnés pour avoir callaissé la police ?", a-t-elle questionné. La réponse est "non", prônant à nouveau le "cas par cas". "Nous nous en remettrons à la volonté des citoyens", a-t-elle-conclu. La majorité présidentielle ne sort donc pas complément de l'ambiguïté. 

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